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Throbbing Gristle Promo Card A, 1980
© Cosey Fanni Tutti and Cabinet, Londres
Que vise donc l’art si ce n’est, au-delà d’un ravissement bourgeois, l’émancipation ? Une bouffée d’air craquelant chaque fois un peu plus les fondements arbitraires qui gouvernent les comportements et dressent les individus ? C’est en tout cas le propos de cette exposition, enjoignant l’humain à s’étendre au-delà de lui-même et à emprunter des voies qui échappent aux processus de normalisation de la société. Dans « A Study in Scarlet », véritable petit meuble aux mille tiroirs, règne un parfum contestataire gonflé d’un désir, celui de briser les carcans et libérer nos existences.
COUM Transmissions, Rectum As Inner Space, 1976
L’exposition fonctionne comme une constellation de 70 œuvres – chacune méritant qu’on s’y attarde –, celles d’artistes contemporains établis, émergents ou jeunes, voire très jeunes. Toutes gravitent autour du travail de Cosey Fanni Tutti, pionnière féministe et pro-sexe. Plus tôt cette année, l’artiste recevait la revue Mouvement dans son antre, une jolie maisonnette logée dans une bourgade paisible en Angleterre. On imagine la stupeur de ses voisins s’ils avaient appris que cette enfant terrible, mi-punk mi-hippie, participait, à partir des années 1970, au collectif COUM Transmissions, l’un des plus transgressifs de l’histoire de l’art et dont les performances impliquaient mutilation, ébats sexuels, rituels ésotériques et sculptures de tampons usagés…
« Feeling Cosey », Fiesta, Vol. 10 No. 7, 1976
© Cosey Fanni Tutti and Cabinet, Londres
En 1976, COUM Transmissions officialisait sa mutation en groupe de musique industrielle (Throbbing Gristle) et dévoilait les activités de Cosey Fanni Tutti dans l’industrie porno sur les murs de l’Institut d’art contemporain (ICA) de Londres. À l’instar de celles qui tapissent aujourd’hui le Frac à Paris, il s’agit de photos de revues porno où Cosey Fanny Tutti pose. Incarnant un joyeux panel de stéréotypes patriarcaux, de la secrétaire coquine à la jeune ingénue, l’artiste souligne les rapports de domination à l’œuvre dans l’industrie porno, et plus largement dans les sociétés. « Je n’étais pas une victime de l’exploitation. J’exploitais l’industrie du sexe à mes propres fins. Je la détournais et je l’utilisais pour créer ma propre forme d’art », explique-t-elle dans son livre Art Sex Music (2017). Véritable caméléon, Cosey Fanny Tutti est l’une des premières à renoncer à contrôler l’image de son corps, dans le but d’échapper à la chape des classifications : « Je transgressais les règles – y compris féministes. Je vis ma vie en tant que « personne », je considère que toutes les options nous sont ouvertes. »
Amalia Ulman, Privilege 2/24/2016, 2016
Courtesy galerie Arcadia Missa, Londres © Amalia ulman
Cette posture d’artiste à l’identité fluide, s’extrayant de l’art pour infiltrer des champs extérieurs, comme la com’, trouve aujourd’hui écho dans le travail d’autres créateurs contemporains. L’exposition en fait magistralement la démonstration, notamment avec la performance Excellences & perfections d’Amalia Ulman qui, sur Instagram, épousait successivement les stéréotypes de la jeune fille blanche. Ou encore avec Casey Jane Ellison, à l’origine d’une web-série féministe et humoristique sur le monde de l’art intitulée Touching the art. Et puis, il y a les peintures sur carton de Louise Sartor, les photos trash de Hendrik Hegray… On sort de cette expo habité.e par tous ces gestes d’artistes et rassuré.e dans ses positions, dans le désir d’être soi, mais aussi d’en sortir… pour l’être encore davantage.
A Study in Scarlet
Du 17 mai 2018 au 22 juillet 2018
Frac Île-de-France - Le Plateau • 22 Rue des Alouettes • 75019 Paris
www.fraciledefrance.com
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