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Art contemporain

À Toulouse, le Nouveau Printemps est-il convaincant ?

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Publié le , mis à jour le
Créé à Cahors en 1991 et transformé en Printemps de septembre en 2001, le rendez-vous d’art le plus célèbre de Toulouse a fait peau neuve cette année. Avec un nouveau calendrier (le mois de juin plutôt que septembre), un budget réduit de moitié et une réorientation totale de la ligne artistique. Lancé ce vendredi 2 juin sous le commissariat de la designer matali crasset, ce Nouveau Printemps s’avère plus politique, plus participatif… Une mue réussie ? Reportage, sur place.
Matali Crasset, “Dark Sky / Cielo Oscuro” au Paseo del Espolón pour le Festival international d’architecture et de design Concéntrico 08 de Logroño, en Espagne
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Matali Crasset, “Dark Sky / Cielo Oscuro” au Paseo del Espolón pour le Festival international d’architecture et de design Concéntrico 08 de Logroño, en Espagne, 2022

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Charpente métallique et bardage en bois • © Josema Cutillas

Rappelons-le : portée par le talent de l’un de ses commissaires historiques, Christian Bernard, la dernière édition du Printemps de septembre en 2021 avait été particulièrement réussie, avec ses expositions de Katinka Bock, Yves Bélorgey, Silvia Bächli. Depuis, Mathé Perrin, fondatrice de cet incontournable du calendrier artistique français, a transmis la direction à Eugénie Lefebvre. Le Printemps de septembre est devenu le Nouveau Printemps, la biennale se transforme en rendez-vous annuel. La période de la rentrée scolaire a été troquée contre celle des dernières semaines du printemps (à la façon de la Nuit Blanche parisienne). Le budget a été réduit de moitié. De toute la ville, il a été décidé de changer d’échelle pour se concentrer sur un seul quartier, Saint-Cyprien, sur la rive ouest de la Garonne. Et, plutôt qu’à un commissaire d’exposition, c’est à un artiste qu’est désormais confiée la direction artistique du rendez-vous. En l’occurrence, la designer-star matali crasset (dont le nom s’écrit sans majuscule).

Ceux qui venaient à Toulouse pour découvrir des artistes internationaux exposés dans divers lieux de patrimoine seront peut-être un peu déçus.

Tous ces changements vont de pair avec une philosophie renouvelée : désormais, le Nouveau Printemps veut prendre en compte les enjeux de société, de citoyenneté et bien sûr d’écologie, « comme mode de faire plutôt que comme thématique », explique Eugénie Lefebvre. Conclusion, après une journée entière de visites : ceux qui venaient à Toulouse pour découvrir des artistes internationaux exposés dans divers lieux de patrimoine seront peut-être un peu déçus. Il est désormais question d’assister à des séances de jardinage collectif, d’observer des étudiants en pleine confection de fanzines, de s’asseoir au sein de micro-architectures en bois récupéré ou de découvrir des sculptures textiles réalisées par des étudiants à partir de chutes de laine d’une fabrique de chaussettes. En deux mots, non plus une profusion d’expositions (qui étaient, rappelons-le, de grande qualité !), mais un ensemble de rendez-vous où sont mis en avant les vertus de la fabrication raisonnée et des ateliers participatifs.

Privilégier l’échelle ultralocale

Cornelia Hesse-Honegger, Punaise de feu de Séljony Mys, Ukraine
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Cornelia Hesse-Honegger, Punaise de feu de Séljony Mys, Ukraine

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Aquarelle • © Cornelia Hesse-Honegger

Côté expos traditionnelles (car il y en a tout de même), elles font, elles aussi, écho aux enjeux de société : aux Abattoirs, matali crasset a choisi de mettre en lumière des artistes femmes peu visibles de la scène artistique, comme Cornelia Hesse-Honegger, qui réalise des illustrations scientifiques d’insectes aux corps modifiés par les radiations de centrales nucléaires, la discrète céramiste Claudine Monchaussé ou Marinette Cueco, qui travaille à partir de joncs et d’herbes séchées. À la chapelle de La Grave, Camille Grosperrin et Julien Desailly ont réalisé une sculpture sonore en bois et céramique, évocation de la faune et de la flore de la Garonne toute proche.

Dans le Réfectoire de La Grave, trois artistes norvégiens veulent « sortir le paysage nordique de la dimension d’une carte postale » (Ivo Bonacorsi, le commissaire ici invité par matali crasset, cite l’érection toute récente du musée Munch à Oslo comme exemple d’une culture dominante qu’il s’agit ici de contrebalancer). Au Château d’eau, enfin, matali crasset a réuni de petites maquettes en bois réalisées durant le confinement, comme autant de « scenarii d’habitations » ; deux d’entre elles ont donné lieu à des constructions à grande échelle, installées dans le quartier (le Carrelet, justement dans le jardin du Château d’eau, et le Moulin à Nef, à deux pas des Abattoirs).

Marinette Cueco, À gauche : “Entrelacs Jonc capité et bris d’ardoise” de 2019. À droite, le détail d’ “Entrelacs de jonc festoné” de 1985
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Marinette Cueco, À gauche : “Entrelacs Jonc capité et bris d’ardoise” de 2019. À droite, le détail d’ “Entrelacs de jonc festoné” de 1985

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47 x 47 cm ; 250 x 300 cm • © David Cueco

« La véritable œuvre sera celle que les gens viendront  créer. »

Côté rendez-vous interactifs, au Bureau du Festival, on collecte les objets et récits des habitants du quartier Saint-Cyprien, pour en établir la mémoire vivante. Dans le jardin de Sainte-Monique, à l’hôpital de La Grave, vingt étudiants en architecture et dix membres du réseau européen Constructlab travaillent quotidiennement à un jardin expérimental où poussent sarriette et bourrache ; on y parle « soin » de la situation du lieu, repas collectifs, « bois de récupération » pour construire la serre ou encore agenda d’ateliers de jardinage, tout en souhaitant laisser de la place « aux propositions des patients et des soignants » qui fréquentent l’endroit.

Au théâtre Garonne, des étudiants de l’isdaT (Institut supérieur des arts et du design de Toulouse) travaillent en public avec un artiste (qui change chaque semaine, le bal étant ouvert par Pierre La Police) à la confection de fanzines ou d’affiches, dans un atelier d’impression improvisé. Dans une salle de répétition, trois artistes ont posé une « sculpture-outil », un plancher où se dérouleront des initiations de danse traditionnelle : « la véritable œuvre sera celle que les gens viendront créer », nous explique ici la danseuse Hélène Bertin.

Aucune proposition artistique conséquente

Constructlab, Le Jardin des Herbes de Sainte-Monique
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Constructlab, Le Jardin des Herbes de Sainte-Monique, 2023

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Installation de charpente en bois • © Arthur Bed Larroudé

Ainsi, c’est tout une façon de penser qui se dessine au fil des lieux et des rencontres. Au-delà de la scénographie, conçue pour être la moins polluante possible, le « site internet éco-conçu » et la sensibilisation à l’amélioration des transports des œuvres et des personnes (le tout est annoncé dans les premières pages du programme), un nouveau rapport à l’art et à la création est ici mis en avant. Qui veut privilégier l’échelle ultralocale, la jeunesse, les invisibles, le collectif. Reste qu’aucune proposition artistique n’est réellement marquante (y compris aux Abattoirs, où les mises en lumière de Cueco ou de Monchaussé, pourtant de formidables artistes, apparaissent un peu maigres).

La question du participatif reste aussi à poser : car qui participe, venant d’où, combien ? Il semble que ce Nouveau Printemps, aux intentions sympathiques car profondément actuelles et humaines, prend un risque majeur : perdre son envergure, par un manque paradoxal d’ambition artistique et de générosité dans ses propositions esthétiques. La force d’une œuvre, quoiqu’il se passe sur la Terre, restera sa portée sensible, sa poésie, la finesse de son regard sur le monde ; et non la provenance de ses matériaux ou l’inclusivité de sa fabrication. Les modèles de l’exposition et du festival d’art, s’ils sont à réinventer, ne sauraient l’oublier.

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Le Nouveau printemps

Du 2 juin 2023 au 2 juillet 2023

lenouveauprintemps.com

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