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Vue de l’exposition, “Marinette Cueco. L’ordre naturel des choses” au LAAC de Dunkerque
© Cathy Christiaen, Ville de Dunkerque / ADAGP, Paris 2021
Marinette Cueco
©Helene Bamberger/Opale via Leemage
« Quand [Henri] Cueco est tombé malade, je lui apportais de petits bouquets à l’hôpital. C’était interdit mais ils étaient au fond de ma poche et les infirmières fermaient les yeux. Je lui disais : ‘Ce sont des petits bouquets de consolation pour que tu continues à voir le jardin.’ » Ainsi parle la grande Marinette Cueco (née en 1934), interrogée par la chaîne Arte à l’été 2021 : sa simplicité, sa poésie sont immédiatement sensibles dans cette interview de quelques secondes, réalisée à l’occasion de son exposition au Centre d’Art Contemporain de Châteauvert. Notre cœur se serre quand elle raconte ensuite avoir ramassé, à la mort de son mari, son partenaire depuis 65 ans, les petits pétales séchés, pour en faire un livre. Soit le neuvième cahier d’une collection qui en compte désormais dix, le dernier (Bris et débris) ayant été publié à l’occasion de la rétrospective de Dunkerque. Ces livrets d’une cinquantaine de pages sont peu bavards, ils ne comptent que quelques mots poétiques, mais leurs pages sont couvertes de graines, d’écorces, de graminées, d’étamines, de cosses, de pistils, de bris d’ardoises, de mousse…
Vue de l’exposition, « Marinette Cueco. L’ordre naturel des choses » au LAAC de Dunkerque
© Cathy Christiaen, Ville de Dunkerque / ADAGP, Paris 2021
Elle fait de simples pelures d’ail les écailles nacrées d’une composition hypnotique, sorte de all-over humble et naturel.
En deux mots comme en cent, Marinette Cueco a un protocole simple : elle glane toutes ces choses qui font la peau de la nature, et les agence en de subtiles compositions, parfois sur papier, parfois en sculpture. Sa commissaire Évelyne Artaud l’explique volontiers : lorsque Marinette cuisine (et il paraît qu’elle excelle ici aussi !), elle garde tout, toutes les pelures, les épluchures, en héritière de la culture paysanne où rien ne se perd. « Les enfants avaient interdiction de jeter ! » Puis, dans son atelier parisien ou dans sa maison familiale en Corrèze, elle les assemble, fait par exemple de simples pelures d’ail les écailles nacrées d’une composition hypnotique, sorte de all-over humble et naturel. Le matériau est modeste, mais pas anodin : il suffit de lire les légendes de ses herbiers pour comprendre l’attention délicate qu’elle accorde à chacun. Elle indique le nom en latin, le nom vulgaire, ainsi que le lieu et la date de sa trouvaille – « Pterocladia – algue rouge de la famille des Gelidiacées – plage des Sables d’Olonne à marée montante – janvier 2005 ». À la fin de son livret Bris et débris, elle énumère les personnages de ses pages : « Toile de l’araignée familière de mon atelier au Pouget », « Nos cheveux entremêlés », « Duvet d’oie échappé d’un vieux coussin du grenier ».
Vue de l’exposition, “Marinette Cueco. L’ordre naturel des choses” au LAAC de Dunkerque
© Cathy Christiaen, Ville de Dunkerque / ADAGP, Paris 2021
Pas question de rallier à un mouvement cette ancienne institutrice aux racines campagnardes, « venue à l’art par le tissage ».
Elle réalise également des tressages et des entrelacs de joncs, qui disent toute sa patience : en observant le fin travail de tricotage de ces éléments naturels dont on imagine la fragilité, le spectateur ne peut que songer au geste patient, répétitif, de l’artiste méticuleuse. De celle qui affirme qu’il faut « souvent oublier » le savoir-faire, on devine l’impulsion gracile, le travail instinctif, calme, lent. Ses grandes constellations n’en sont que plus impressionnantes ; même si, on l’avoue, ce sont surtout ces herbiers qui nous émeuvent, le geste étant si simple, si commun à tous, qu’il apparaît d’autant plus radical dans les mains d’une artiste riche de 50 années de pratique. L’araignée Cueco tisse des formes triangulaires (Trois triangles, 1991, ill. ci-dessus), rondes, rectangulaires, et semble par là même défier l’art concret, géométrique, cher à tant d’artistes (hommes, le plus souvent) ; mais peut-être pas, Marinette ne semblant s’être construite qu’en absolue autonomie, sans s’opposer à quoi ce soit, sans s’adosser non plus.
Marinette Cueco, Herbe du diable – Heraclum Spondyle, 2007
herbier, herbes de la Saint-Jean • 45 × 90 cm • © David Cueco / ADAGP, Paris 2021
Quelques pièces la montrent monumentale : des milliers de Feuilles et pelotes de buis (1995) rassemblées au sol en une installation riche de mille nuances de vert-brun, ou, dans une autre salle, des dizaines de pelotes et fagots d’ampelopsis, entourant une vaste couche de terre rouge (1980–2000) [ill. en une], tissent un lien très fort entre son travail et les préceptes du Land Art. Mais, encore une fois, pas question de rallier à un mouvement cette ancienne institutrice aux racines campagnardes, « venue à l’art par le tissage » comme l’explique la commissaire. Une artiste qui aime à résumer ainsi sa technique : « Je travaille avec mes mains. » De fait, elle travaille sans assistant, si ce n’est ses enfants qu’elle envoie parfois, maintenant qu’elle est un peu plus âgée, glaner pour elle les « pétales fanés, les feuilles brûlées, les brindilles, les racines, les écorces, les mousses desséchées, les cailloux brisés, les roches usées, les coquilles abandonnées, les moisissures » sur lesquels on marche sans les voir. Et qui, pourtant, « sont la terre » (Bris et débris, 2021).
Marinette Cueco. L’ordre naturel des choses
Du 16 octobre 2021 au 5 mars 2022
LAAC - Lieu d’Art et Action Contemporaine • 302 Avenue des Bordées • 59140 Dunkerque
www.musees-dunkerque.eu
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