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MUSÉE DES CONFLUENCES

« Amazonies » à Lyon : quand le musée devient le porte-voix des peuples autochtones

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Entre immersion sonore, témoignages filmés et objets rituels, l’exposition « Amazonies » tisse un récit vibrant sur la forêt tropicale, né d’un dialogue étroit avec les peuples autochtones. Qui mieux que ses habitants pour la raconter ? Le musée des Confluences signe un accrochage inédit, où s’inventent de nouveaux rôles pour les musées : passeurs de voix et alliés des luttes.
Enfants du village d’Apiwtxa
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Enfants du village d’Apiwtxa, 2019

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Brésil, État de l’Acre, culture ashaninka • © Serge Guiraud / Jabiru Prod

Peut-on encore exposer l’Amazonie sans la figer dans l’exotisme ou la nostalgie ? C’est le pari de l’exposition « Amazonies », présentée jusqu’au 8 février 2026 au musée des Confluences, à Lyon. Conçue main dans la main avec quatre peuples autochtones – les Ashaninkas, les Mebêngôkres (aussi appelés Kayapos), les Wayanas et Apalaïs –, elle marque un tournant : celui d’un musée qui n’est plus seul à raconter, mais qui accueille des récits venus d’ailleurs.

Ce projet collaboratif, piloté par Marianne Rigaud-Roy et l’anthropologue Marie-Paule Imberti, également chargée des collections Amériques du musée, est né de plusieurs mois passés sur le terrain, dans trois villages du Brésil. Objectif : tisser un dialogue direct, loin des discours surplombants, pour coconstruire une exposition avec les premiers concernés. Plus de 500 objets ont été collectés, parmi lesquels 220 ont été sélectionnés en concertation avec les habitants pour être présentés à Lyon. Tuniques, coiffes, vanneries, objets rituels ou hybrides, parfois marqués par la mondialisation, témoignent d’un ancrage vivant et en constante évolution.

Vue de l’exposition « Amazonies » au musée des Confluences
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Vue de l’exposition « Amazonies » au musée des Confluences, 2025

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© musée de Confluences / Bertrand Stofleth

L’expérience est avant tout polyphonique. Ce sont les voix autochtones qui tiennent ici le premier rôle.

Cette démarche de coconstruction se révèle être la pierre angulaire de l’exposition. Shãtsi Piyãko, représentante ashaninka et participante active de l’exposition, le résume ainsi : « Pour moi, il est très important que la culture matérielle et l’histoire de mon peuple ashaninka aient été collectées et soient conservées dans un musée européen. Cela représente une reconnaissance et une conquête d’un espace extérieur, au-delà de notre monde. »

Un autre regard sur les peuples de l’Amazonie

Le parcours reflète cette volonté d’inversion du regard. L’exposition s’ouvre sur une projection immersive, presque cinématographique, d’une forêt perçue comme impénétrable. Mais ce mythe est rapidement déconstruit : l’Amazonie n’est ni vierge ni inhospitalière. Elle est, au contraire, profondément habitée et façonnée par les communautés humaines qui y vivent depuis des millénaires. Passée cette entrée en matière, le visiteur est guidé au cœur des trois villages partenaires, à travers une architecture inspirée des formes vernaculaires, des témoignages filmés sur place et des objets porteurs de mémoire.

Vue de l’exposition « Amazonies » au musée des Confluences
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Vue de l’exposition « Amazonies » au musée des Confluences, 2025

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© musée de Confluences / Bertrand Stofleth

L’expérience est avant tout polyphonique. Ce sont les voix autochtones qui tiennent ici le premier rôle : celle de Moisés da Silva Piyãko, leader spirituel ashaninka, qui affirme que les peuples autochtones résistent depuis plus de 500 ans ; celle de Bepkamrek Kayapo, membre de la communauté mebêngôkre, expliquant la fonction sociale des peintures corporelles ; celles des femmes ashaninka tissant la tunique kitharentsi, qui demande un an de travail. Une coiffe en plastique, fabriquée avec des pailles en remplacement de plumes brûlées dans un incendie, rappelle quant à elle les formes de résilience silencieuses face à un monde globalisé.

Transmettre les cultures autochtones et faire entendre leurs voix

Shãtsi Piyãko
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Shãtsi Piyãko, 2019

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© musée des Confluences – S. Guiraud / Jabiru Prod

Le musée, dans ce cadre, devient plus qu’un lieu d’exposition : il se fait relais, lieu de médiation et de sauvegarde. Les communautés partenaires ont exprimé le besoin que leurs objets soient conservés dans une institution capable d’en garantir la transmission, non seulement auprès du public occidental, mais aussi pour les futures générations autochtones. Une responsabilité que le musée des Confluences assume ici pleinement.

Dans un contexte où les questions de restitution, de décolonisation des savoirs et de justice environnementale prennent une ampleur nouvelle, « Amazonies » incarne un geste fort : celui d’un musée en transition – non plus vitrine d’un monde fantasmé ou disparu, mais plateforme vivante pour les voix de celles et ceux qui luttent pour exister, et pour être entendus.

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Amazonies

Du 18 avril 2025 au 8 février 2026

museedesconfluences.fr

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