Laurent Ballesta, La plaine des anneaux
© Laurent Ballesta / Gombessa Expéditions / Cap Corse
Il y a des images qui se méritent plus que d’autres. Lorsque Laurent Ballesta plonge à plus de 100 mètres de profondeur pour enfin admirer ces énigmatiques anneaux situés au large du cap Corse, il savoure chaque seconde. Cela fait plus de dix ans qu’il attend ce moment.
Apparue pour la première fois en 2011 sur le sonar de deux chercheurs en pleine campagne océanographique, cette formation aux allures extraterrestres éveille aussitôt la curiosité des scientifiques. En premier lieu celle de Laurent Ballesta, biologiste de formation devenu plongeur de l’extrême et photographe naturaliste multirécompensé – il a notamment reçu à plusieurs reprises le prestigieux prix Wildlife Photographer of the Year du Muséum d’Histoire naturelle de Londres.
Laurent Ballesta, Une grande diversité de gorgones et d’algues tapisse les récifs coralligènes
© Laurent Ballesta / Gombessa Expéditions / Cap Corse
« Photographier pour la première fois un animal, c’est fascinant. J’ai l’impression de revivre les grandes expéditions naturalistes d’autrefois ! »
Laurent Ballesta
Afin de percer le mystère de ces anneaux, Laurent Ballesta lance il y a quelques années l’expédition « Gombessa 6 » aux côtés d’Andromède Océanologie, la société qu’il a fondée pour étudier les fonds marins. De 2021 à 2024, quatre plongeurs et plus de 30 scientifiques de diverses disciplines (biologistes, géologues, paléoclimatologues…) se sont relayés dans cette aventure scientifique, humaine et technique hors norme. L’enjeu : comprendre la formation de ces structures circulaires vieilles de 21 000 ans, révélatrices de l’histoire climatique de la Méditerranée, et inventorier l’extraordinaire biodiversité qu’elles abritent.
Cette odyssée se dévoile aujourd’hui au musée des Confluences de Lyon à travers l’exposition « Le Mystère des anneaux, par Laurent Ballesta ». En parallèle, le documentaire « Cap Corse, le mystère des anneaux », réalisé par Yann Rineau et diffusé sur Arte, retrace en images l’enquête scientifique et les coulisses de l’expédition sous-marine. Une double programmation pensée en écho à la Troisième Conférence des Nations unies sur l’océan (UNOC3), qui s’est tenue à Nice du 9 au 13 juin dernier, alors que la préservation des fonds marins s’impose plus que jamais comme un enjeu mondial.
Exposition « Le mystère des anneaux par Laurent Ballesta », 2025
© musée des Confluences / Philippe Somnolet / ITEM
« Photographier pour la première fois un animal, c’est fascinant. J’ai l’impression de revivre les grandes expéditions naturalistes d’autrefois ! »
Au musée, le visiteur plonge littéralement dans les profondeurs du cap Corse. Scénographie tamisée, ambiance bleutée, composition sonore : tout est pensé pour recréer l’atmosphère de ce monde secret et inaccessible, où seule la lumière blanche apportée par les plongeurs révèle les véritables couleurs des créatures marines. « Très vite, à ces profondeurs-là, tout devient bleu. Mais les animaux, eux, gardent leurs couleurs », explique Laurent Ballesta. « Il faut amener un peu de lumière artificielle, juste ce qu’il faut pour révéler les rouges, les jaunes, ces couleurs improbables qui existent dans les profondeurs. »
Ces clichés dévoilent non seulement les fameux anneaux – d’étranges structures minérales formées par des réactions biochimiques liées à des émanations de méthane – mais, surtout, un écosystème fascinant construit par des espèces « bâtisseuses », capables de sécréter de la pierre et de façonner un habitat singulier. Explorateur dans l’âme, Laurent Ballesta n’en finit pas de s’émerveiller : « Photographier pour la première fois un animal, c’est fascinant. J’ai l’impression de revivre les grandes expéditions naturalistes d’autrefois ! ».
Laurent Ballesta, Sous la surface, une tourelle pressurisée et détachable de la station descend et remonte les quatre plongeurs de l’équipe : Laurent Ballesta, Thibault Rauby, Antonin Guilbert et Roberto Rinaldi
© Laurent Ballesta / Gombessa Expéditions / Cap Corse
Les clichés présentés dans l’exposition témoignent aussi des conditions extrêmes dans lesquelles ils ont été pris. Pour permettre aux plongeurs de rester longtemps à une telle profondeur, l’équipe a utilisé la plongée en saturation : ils ont vécu isolés pendant 21 jours dans un caisson de vie pressurisé d’à peine cinq mètres carrés, maintenu à la pression équivalente à 100 mètres sous la surface. Cette technique innovante leur a permis des sorties quotidiennes allant jusqu’à 4h30 voire 5h, sans avoir à subir les longs paliers de décompression habituels.
Au-delà de la prouesse technique comme artistique, le photographe revendique une démarche militante. À travers ses images, il cherche à révéler la beauté et la fragilité d’un patrimoine naturel menacé par certaines activités humaines comme le chalutage de fond ou l’extraction minière. « On sait très bien que les décisions se prennent souvent avec le cœur et pas avec la tête », résume-t-il. « L’image peut aider à provoquer ce petit déclic qui fera basculer vers la bonne décision politique. »
Exposition « Le mystère des anneaux par Laurent Ballesta », 2025
© musée des Confluences / Philippe Somnolet / ITEM
L’exposition du musée des Confluences s’inscrit ainsi à la croisée des disciplines, entre art et science. « L’ambition artistique touche à l’affect, la démarche scientifique à la raison. C’est très complémentaire », insiste Laurent Ballesta. Car derrière le mystère des anneaux se joue un enjeu bien réel : préserver les écosystèmes marins, alors que la crise de la biodiversité s’intensifie. « Si le visiteur est venu avec la curiosité de comprendre, il repart avec la volonté de protéger. »
Le mystère des anneaux, par Laurent Ballesta
Du 14 juin 2025 au 19 avril 2026
Musée des Confluences • 86 Quai Perrache • 69002 Lyon
www.museedesconfluences.fr
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