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Anish Kapoor, Vue de l’exposition « My Red Homeland » au MAMC+ de Saint-Étienne Métropole, 2017
© Anish Kapoor / ADAGP, Paris 2017 / Photo Charlotte Piérot
Anish Kapoor, Hung, 2016
La chair sans mot(s)
Pour expliquer son parcours « My Red Homeland », Anish Kapoor parle d’une condition « pré-verbale » de ses œuvres, un état du monde sans culture, sans fiction. Il est vrai que ses sculptures s’imposent au spectateur sans avoir besoin d’explication, tant leurs formes sont éloquentes, intimes. Cette chose suspendue, lourde et sombre, qui s’intitule Hung (2016), n’indique que l’évidence, « pendue », et fait pourtant froid dans le dos… Datant des années les plus récentes de sa carrière, les œuvres choisies par Anish Kapoor pour le musée de Saint-Étienne témoignent d’un aspect nouveau et très important de son travail, tourné vers la notion d’intériorité et vers un certain mysticisme.
Silicone et fibre de verre • © Anish Kapoor / ADAGP, Paris 2017 / Photo Charlotte Piérot
Anish Kapoor, Red images in the red, 2016
Voilé/dévoilé
Accrochée au mur par on ne sait quel miracle technique, cet impressionnant volume irrégulier et évocateur est partiellement dissimulé derrière un voile, qui semble presque dérisoire. Pourtant celui-ci adoucit l’impact visuel de cette œuvre encore une fois particulièrement imposante : l’objet semble faire corps avec son ombre, entourée d’une toile d’araignée protectrice. On pense aux filets tendus sur les montagnes au bord des routes évitant que les pierres ne se précipitent sur les passants innocents ; on pense encore aux gazes tendues sur les blessures…
Silicone, fibre de verre et gaze • 315 x 335 x 225 cm • © Anish Kapoor / ADAGP, Paris 2017 / Photo Dave Morgan
Anish Kapoor, You instructed me oh mother, 2013
La silicone, nouveau corps ?
La plupart des sculptures présentées sont majoritairement composées de silicone, une matière dont Anish Kapoor rappelle qu’elle était utilisée pour fabriquer de faux corps et prothèses. Image du progrès technique et de ses dérives, la silicone correspond parfaitement à son idée d’un travail extrêmement physique, qui ramène toujours vers la façon dont on éprouve le corps, le sien, celui de la mère, celui des autres. Ainsi, cette toile recouverte de silicone et intitulée You instructed me oh mother (2013) est si grande qu’elle provoque, quand on s’en approche, une impression immersive ; à l’instar du Leviathan présenté en 2011 dans le cadre de Monumenta au Grand Palais, le spectateur est invité à refaire l’expérience de la vie in utero.
Silicone sur toile • © Anish Kapoor / ADAGP, Paris 2017 / Photo Charlotte Piérot
Anish Kapoor, My Red Homeland (Vue de l’installation au Kunsthaus Bregenz en 2003), 2003
La patrie spirituelle
Après la mère, la patrie. La pièce maîtresse de l’exposition est en effet My Red Homeland (2003), spectaculaire installation de cire rouge de 12 mètres de diamètre, dont le titre évoque le « pays d’origine ». Un bras en acier tourne sans fin, tout doucement, amassant petit à petit des tas de matière qui s’accumulent autour du rond central. Hypnotisante, magistrale, l’œuvre (si l’on se penche sur elle) a une odeur, convoquant une nouvelle fois le corps du visiteur. Surtout, son titre rappelle qu’Anish Kapoor, avant de venir vivre et travailler en Angleterre dans les années 1970, est né en 1954 à Bombay : il porte la trace de ses origines, rappelle son lien avec la spiritualité indienne. Il invite à la fluidité, au mouvement permanent. Mais notons que la violence très nette de cette série d’œuvres répond à cette inflexion méditative, laissant la spiritualité et le désarroi s’emmêler face au monde contemporain.
Peinture à cire et à l'huile, bras en acier et moteur • Ø 1200 cm • © Anish Kapoor / ADAGP, Paris 2017 / Photo Nic Tenwiggenhornacier
Anish Kapoor, My Red Homeland
Du 11 novembre 2017 au 8 avril 2018
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Une présentation inédite
Intitulée « My Red Homeland », la carte blanche offre l’occasion à Anish Kapoor de présenter une association de douze œuvres très impressionnantes, pour la plupart jamais montrées en France. À mi-chemin entre la sculpture et l’installation, elles ont en commun un rouge strident, qui inspire selon les regards des visions variées. Chairs meurtries, ventre ouvert d’une accouchée, sang coagulé, source de vie, de mort… La physicalité des œuvres est extrême, leur rapport au corps évident. De cet artiste que l’on connaît surtout pour son jeu avec les volumes, notamment grâce aux miroirs déformants, et avec l’architecture, où il installe de spectaculaires sculptures concaves, on n’attendait peut-être pas une telle noirceur… Et pourtant.