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Peter Stämpfli, Firebird, 1969
Film 16 mm couleur • Coll. Centre Pompidou, musée National d’Art Moderne/Centre de création industrielle, Paris • © Adagp, Paris, 2019/Photo Centre Pompidou, Mnam-CCI, dist. RMNGrand Palais.
Tania Mouraud, Sesos, 2019
Poèmes pour une ville
Elle a marqué de son écriture XXL un mur pignon de la ville et deux bacs situés sur le site Rubis Terminal du port. Tellement étirés qu’ils en sont presque devenus illisibles, les mots de Tania Mouraud, ou empruntés à William Shakespeare, inscrivent dans le paysage la beauté poétique de leur graphisme imposant, et soulignent la force de l’architecture urbaine. Visibles depuis la mer ou la route, ses inscriptions interpellent le promeneur pour le renvoyer à ses propres désirs, explique-t-elle, « tout en cassant la solitude inhérente à la pratique urbaine ».
Adhésif sur bac • Production rubis mécénat dans le cadre de GIGANTISME– ART & INDUSTRIE, Rubis Terminal, Dunkerque • © Tania Mouraud/Adagp, Paris, 2019/Courtesy Rubis Mécénat cultural fund, 2019/Mise en situation : Amandine Mineo.
Hera Büyüktaşçiyan, On Threads and Frequencies, 2019
Balises de communication
C’est un drôle de paysage qu’a imaginé l’artiste. Un no man’s land improbable fait de balises échouées à même la terre. Ces objets flottants, qui indiquent aux navigateurs les accès et les dangers à éviter en mer pour rejoindre le port, ont été détournés de leur fonction première, dessinant un étrange chemin de traverse entre le FRAC et le LAAC. Pour réaliser cette installation évoquant le voyage, ses hasards et prises de risque, il a fallu travailler en réseau avec différents acteurs des ports de la région. Un véritable travail d’équipe qui fait aussi écho à l’histoire européenne des télécommunications. D’anciens câbles découverts sur une plage de la Manche, servant jadis à transmettre les communications entre Calais et Douvres, ont en effet inspiré à l’artiste ces balises entourées de cordages de navigation, comme autant de liens symboliques, passés, présents et à venir, entre les hommes.
Balises trouvées et cordages • production GIGANTISME – ART & INDUSTRIE • Courtesy de l’artiste et Green Art Galerie, Dubaï/© Photo Aurélien Mole
Maya Hayuk, Future Past Sunrise, 2019
Peinture en action
Plus question de voir la ville en gris. La street artiste Maya Hayuk envahit l’espace urbain pour en couvrir les murs de ses formes géométriques aux couleurs psychédéliques. Habituée à peindre en grand format à l’extérieur comme sur de petites toiles en atelier, elle sculpte, photographie, filme. Rien n’arrête cette touche-à-tout effrontée et libre comme l’air, qui a imaginé pour Dunkerque une fresque à couper le souffle – en témoignent les coulures générées par le vent lors de sa réalisation !
Peinture murale • production GIGANTISME – ART & INDUSTRIE • Courtesy de l’artiste et Alice Gallery, Bruxelles/© Photo Aurélien Mole
Carlos Bunga, Cathédrale (Vue de l’installation dans le cadre de GIGANTISME – ART & INDUSTRIE, Halle AP2), 2019
Architecture fragile
De São Paulo à Los Angeles, de New York à Berlin ou San Sebastián, il a conquis le monde avec ses grandes installations architecturales, faites de matériaux périssables et fragiles comme le carton, qu’il n’hésite pas à détruire au cours de performances… Carlos Bunga débarque à Dunkerque. Structure éphémère, son œuvre crée un dialogue fécond avec le site environnant, où chacun peut projeter ses aspirations profondes.
Installation in situ, carton, scotch, colle et peinture latex • Production GIGANTISME – ART & INDUSTRIE • Courtesy de l’artiste/© Photo Aurélien Mole
Anita Molinero, Bouche-moi ce trou 2 (vue de l’œuvre dans le cadre de GIGANTISME – ART & INDUSTRIE, Halle AP2), 2019
Faire trou
Plastique utilisé dans un grand nombre d’industries, le polyuréthane est le matériau de prédilection d’Anita Molinero. Elle le crame, le fait fondre et le sculpte à foison pour donner corps à une structure fantastique, sorte de tour de Babel à l’envers jouant de la dichotomie entre son échelle gigantesque et l’équilibre improbable de sa composition. L’œuvre se révèle en majesté dans la friche industrielle de la Halle AP2, surnommée par les Dunkerquois « la Cathédrale ».
Polystyrène extrudé, métal, fourrure • Adagp, Paris 2019/Courtesy de l’artiste, galerie Thomas Bernard et Cortex Athletico/© Photo FRAC Grand Large – Hauts-de-France
Liam Gillick, The View Constructed By The Factory After It Stopped Producing Cars (vue de l’œuvre dans le cadre de GIGANTISME – ART & INDUSTRIE, Halle AP2), 2005
Relief industriel
Une promenade au milieu de reliefs colorés érigés à même le sol, dont les cimes suivent les lignes évolutives d’un graphique de statistiques dont on ignore les tenants et les aboutissants… Bienvenue dans l’univers post-conceptuel de Liam Gillick, qui depuis les années 1990 s’est fait remarquer pour ses installations et sculptures, ses vidéos et créations informatiques. Déjà célébrées à la Tate Britain, à Londres, et au Museum of Modern Art, à New York, ses structures abstraites, réalisées par les ouvriers d’une usine qui ne fabrique plus de véhicules, offrent aux regardeurs un champ infini de nouveaux horizons.
Laque époxy sur acier • 220 × 900 × 3 000 cm • Coll. Centre National des Arts Plastiques, Paris • © Photo Aurélien Mole
De gauche à droite : Gérard Deschamp, Bâche de signalisation, Jacques Villeglé, AP16 – Rue Saint-Sauveur et Dennis Oppenheim, Tune towers (vue des œuvres dans le cadre de GIGANTISME – ART & industrie), 1961, 26 juin 1965 et 1979
De but en rouge
Membre fondateur du Nouveau Réalisme, le plasticien détourne ici les grandes bâches aux couleurs fluorescentes de l’armée américaine, interrogeant l’histoire, la notion d’œuvre d’art et le sens à donner aux étendards de nos sociétés de consommation. Marqué par son service en Algérie, il a régulièrement travaillé le matériau d’origine ou d’usage militaire : bâche de signalisation, tôles irisées, plaques de blindage…
Bâche textile, affiches lacérées sur toile, métal et matériaux divers • Coll. Art passion, Metz et Coll. Frac Grand Large – Hauts-de-France • © Adagp, Paris 2019/Photo Ville de Dunkerque – Vincent Bijan
Jean Dewasne, Cœur cinabre, XXe siècle
Couleur et matière
C’est une véritable plongée dans la mécanique des usines et les rouages de la machine que propose Jean Dewasne dans ses tableaux aux formes géométriques s’imbriquant les unes dans les autres selon un mécanisme complexe. Digne héritier de Fernand Léger et d’Amédée Ozenfant, il a insufflé son esprit nouveau sur la pratique picturale en adoptant les matériaux de l’industrie : peinture glycérophtalique, laque, émail à froid, Ripolin. Et n’hésitait pas à peindre au pistolet sur des supports comme le métal ou le contreplaqué.
Lithographie sur papier • 89 × 67,3 cm • Coll. Laac – Musée de France, ville de Dunkerque (donation de Mythia Dewasne à l’État, affectation de l’état en 2013) • © Adagp, Paris 2019/Photo E. Watteau
À gauche : Tetsumi Kudo, Translation Painting by Computer A / À droite : Jacques Villeglé, Alphabet de la guérilla, 1971 et 1983
Vocabulaire engagé
Les tags et les graffitis, l’écriture des rues, servent à lutter « contre le conditionnement social », notait l’artiste, qui juxtapose les signes les plus outranciers pour créer son « abécédaire sociopolitique, voire économico-religieux », afin de révéler « la violence qui encombre notre mémoire ». « Le A s’encercle anarchiquement », tandis que le « E devient les trois flèches barreuses de Tchakhotine, pour contre-attaquer le F du svastika, tourbillon créationnel funestement détourné par les nazis » avant que le V ne crie victoire !
Peinture sur toile réalisée par un ordinateur et peinture à la bombe sur toile synthétique • Coll. Centre National des Arts Plastiques, Paris et Coll. Musée d’art de Nantes • © Adagp, Paris 2019/ Photo Ville de Dunkerque – Vincent Bijan
Piotr Kowalski, Identité n° 2, 1973
Jeu de miroir
Trois cubes de néon de dimensions décroissantes ont été installés devant des miroirs – le premier convexe, le deuxième, plan, et le troisième, concave –, de façon que l’image reflétée soit, malgré leur différence de taille, la même pour chacun d’eux. L’œuvre de Kowalski joue avec notre perception du réel et fait basculer la vérité dans une autre dimension. Par cette énigme visuelle troublante, « machine à défaire les acquis » comme il la définit, il fait vaciller nos certitudes.
3 cubes en néon rouge montés sur piètement d’acier ; 3 miroirs montés sur coquilles d’acier inoxydable sablé ; socle-plancher en bois laqué noir ; transformateurs haute tension • 85 × 300 × 200 cm • Coll. Centre Pompidou, musée National d’art moderne/Centre de création Industrielle, Paris • © Adagp, Paris 2019/Photo Centre Pompidou, Mnam-CCI, dist. RMN-Grand Palais/Philippe Migeat
Shirley Jaffe, Boulevard Montparnasse, 1968
Géométrie en mouvement
Comme Sam Francis ou Joan Mitchell, l’artiste américaine disparue en 2016 avait choisi de vivre à Paris. Elle s’installe au début des années 1950 dans le quartier de Montparnasse et expose à la galerie Jean Fournier à partir de 1966. Elle abandonne alors l’expressionnisme abstrait pour s’orienter vers une peinture plus géométrique, donnant naissance à des formes en mouvement dans des compositions au rythme affirmé, qui semblent répondre à une logique propre et qu’elle comparait à « un chaos organisé ».
Huile sur toile • 180 × 295 cm • Coll. Centre national des arts plastiques, Paris • © Adagp, Paris, 2019/Cnap/Photo Yves Chenot
Lili Dujourie, Zonder Titel (vue de l’œuvre dans le cadre de GIGANTISME – ART & INDUSTRIE, FRAC Grand Large – Hauts-de-France), 1969
Cache-cache
Sculpture, photographie, film, collage, dessin et installation : la plasticienne, qui, depuis les années 1960, explore les affres de l’ennui, de l’absence, de la perte et les abîmes du temps qui passe, ne connaît ni limites ni frontières entre les disciplines artistiques. Avec ces deux plaques en acier adossées contre un mur de façon à cacher (ou dévoiler) un bout de rectangle peint en bleu, elle s’amuse de notre perception d’une œuvre d’art : trop souvent regardée de façon frontale et superficielle, sans toujours chercher à comprendre ce qu’elle recèle.
Peinture, métal • Courtesy de l’artiste © Lili Dujourie
Nicola L., Pied, 1968
Prendre son pied
1968 libéra les esprits, les mœurs et la création, soudain prise d’une douce folie des grandeurs. Quand certains érigèrent des pouces gargantuesques (César) après que d’autres avaient déjà fait de même avec la bouche (Salvador Dalí), des designers s’attaquèrent au pied ! Qu’il fut désormais possible de prendre à pleines mains et de trimballer sous le bras selon son humeur du moment. Ou comment réinvestir l’espace domestique avec humour – et un brin d’érotisme.
Photographie • Nicola L. Studio
Niki de Saint Phalle, Papier peint (vue de l’installation dans le cadre de GIGANTISME – ART & INDUSTRIE, FRAC Grand Large – Hauts-de-France), 1972
Libres (et fières d’être)
Elles ne s’arrêtent jamais de courir, de danser et de clamer haut et fort leur liberté ! Dans les musées, les parcs, les fontaines et aussi sur les murs de nos habitats, rien ne retient les Nanas de Niki. Immédiatement identifiables par leurs formes généreuses et leurs couleurs bariolées, elles sont nées dans les années 1960 et ne cessent depuis de réjouir leurs admirateurs, qu’elles convient à une fête joyeuse, écrasant au passage les préjugés et clichés de la féminité.
Papier peint édité par Marburger Tapetenfabrik, Kirchhain, Allemagne • © 2019 Niki Charitable Art Foundation/Adagp, Paris/Photo Aurélien Mole
Gigantisme — Art & Industrie
Du 4 mai 2019 au 5 janvier 2020
Frac Nord-Pas-de-Calais • 503 Avenue des Bancs de Flandres • 59140 Dunkerque
www.fracgrandlarge-hdf.fr
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Abstraction mécanique
Influencé par le pop art, la publicité et le cinéma, Peter Stämpfli joue avec les éléments industriels du monde automobile, dont il grossit les détails pour aboutir à des œuvres presque abstraites et à des formes géométriques aux couleurs franches. Surtout connu pour ses peintures, il s’est aussi aventuré dans le cinéma. En 1969, il réalise son premier court métrage, intitulé Firebird, en 16 mm. Les plans serrés, comme les cadrages de ses tableaux, montrent des morceaux de voitures dans un mouvement quasi continu. « C’était la glorification de la couleur, du chrome, et cela me permettait de sortir de l’image statique », explique l’artiste.