Art contemporain

Au Bicolore, le pluriel et le singulier à l’ère numérique

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Stine Deja & Marie Munk, Synthetic Seduction
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Stine Deja & Marie Munk, Synthetic Seduction, 2018

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© KH7 Artspace, Aarhus

Un miroir tourne sur lui-même, lentement ; ou, plus exactement, deux miroirs inclinés l’un vers l’autre, agencés ainsi par l’artiste contemporain danois Jeppe Hein. On s’y observe, intrigué puis stupéfait de se voir tourner avec l’œuvre, jusqu’à avoir la tête à l’envers… Coutumier des installations réalisées à partir de miroirs, l’artiste déploie ici un dispositif minimal pour une expérience extrêmement étonnante, qui retient les visiteurs et les captive. « J’aime les œuvres qui prennent leur temps », nous précise d’ailleurs le commissaire de « Multitude & Singularité », Dominique Moulon, spécialiste d’art numérique.

Jeppe Hein, 360° Illusion IV
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Jeppe Hein, 360° Illusion IV

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© Jeppe Hein, Collection du Frac des Pays de la Loire

Invité par le Bicolore, centre d’art contemporain de la Maison du Danemark, à concevoir un parcours d’œuvres en partenariat avec la biennale internationale des arts numériques Némo, le commissaire a eu envie de réfléchir à deux notions conjointes : la multitude (de points de vue, de données numériques…) et la singularité (des identités, mais aussi des machines, qui bientôt, nous affirme-t-on, dépasseront l’intelligence humaine). Pour ce faire, il explique avoir choisi de réunir « des œuvres qui ne sont pas strictement numériques, mais réalisées à l’ère digitale ». Telle une vaste installation de Jens Settergren, réalisée à partir de paravents de dissimulation utilisés par les chasseurs, de feuilles d’arbre en plastique et d’enregistrements sonores d’appareils électroménager. Un paysage étonnant, toxique, qui interroge l’individualité à l’ère de la surveillance, et invite à « reconsidérer les activités électromagnétiques avec lesquelles nous cohabitons sans même le savoir ».

À gauche : “GhostBlind Loading”, Jens Settergren ; À droite : Synthetic Seduction, Stine Deja & Marie Munk
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À gauche : “GhostBlind Loading”, Jens Settergren ; À droite : Synthetic Seduction, Stine Deja & Marie Munk

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À gauche : © Stine Deja ; © Annka Kultys Gallery

Autre œuvre frappante, celle de Stine Deja et Marie Munk, qui combine des sculptures à l’aspect de chairs humaines agglomérées et deux vidéos, dont une met en scène une étrange figure humaine chantant un tube des années 1980 (« I Want To Know What Love Is » de Foreigner) dans un hôpital. Si l’ensemble de cette étrange mise en scène veut questionner le post-humain et ses émotions, on décèle dans la démarche des deux artistes le début d’un éclat de rire, qui veut dédramatiser la crainte qu’un jour l’homme soit dépassé par la machine.

Cecilie Waagner Falkenstrøm, An algorithmic gaze II
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Cecilie Waagner Falkenstrøm, An algorithmic gaze II, 2023

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© Cecilie Waagner Falkenstrøm

Citons enfin la spectaculaire installation générative de Cecilie Waagner Falkenstrøm, qui a proposé à une intelligence artificielle d’imaginer un nu universel en rassemblant des milliers d’images de personnes de tous âges, aspects et couleurs de peau. L’IA échoue, et donne forme à un flux sans fin de corps monstrueux, sans bras, difformes… Preuve éloquente que la multiplicité de nos corps (et de nos points de vue) ne saurait se résumer en une seule image. Et résiste à quiconque voudrait la résumer.

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Multitude & Singularité

Du 8 décembre 2023 au 25 février 2024

lebicolore.dk

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Visite guidée par le commissaire de l’exposition

Dimanche 14 janvier à 16h

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Performance

Jeudi 25 janvier à 19h30

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