Le meilleur (et le pire) de 2017
Le meilleur (et le pire) de 2017
Par un hasard du calendrier totalement lunaire, les plus grandes biennales (Venise, Istanbul…), quinquennale (Kassel / Athènes) et décennale (Münster) ont eu lieu en 2017. Qu’avons-nous retenu de l’année artistique écoulée, en France comme à l’étranger ? Palmarès des œuvres qui ont marqué la rédaction.
Par un hasard du calendrier totalement lunaire, les plus grandes biennales (Venise, Istanbul…), quinquennale (Kassel / Athènes) et décennale (Münster) ont eu lieu en 2017. Qu’avons-nous retenu de l’année artistique écoulée, en France comme à l’étranger ? Palmarès des œuvres qui ont marqué la rédaction.
Bilan
Retour sur une année haute en couleur
Le soleil ne se couche jamais sur le monde de l’art dont la caravane ne connaît aucun répit. Cette année particulièrement, qui vit s’enchaîner la biennale de Venise, la Documenta de Kassel (avec un crochet par Athènes), le Skulptur Projekte de Münster, la biennale de Lyon, sans oublier les foires qui harponnent les collectionneurs de Miami à Hong Kong tandis que la Fiac n’en finit pas de rougir de se voir si belle sous la nef du Grand Palais. C’est dire si les œuvres, des vertes et des pas mûres, des magnifiques et des médiocres, se sont poussées du coude sur les cimaises pour se faire (bien) voir… Beaux Arts Magazine a glané le pire et le meilleur de 2017. Chacun pourra y capter un air du temps ou des mouvements plus profonds témoignant des mutations de la création contemporaine.
Un univers sans l’homme ?
L’art contemporain n’est certes pas soluble dans une seule tonalité, mais a joué cette année, avec plus ou moins de bonheur, sur la corde du grotesque et de la farce macabre. Retrouvant (toutes proportions gardées) le rire jaune des peintures d’Otto Dix en même temps que l’émotion d’un poème de Rimbaud, le jeune Calvin Marcus dépeint ainsi d’un pinceau enfantin des visages de soldats tombés au champ de bataille, gisant au milieu des hautes herbes, tandis que la Lionne d’or Anne Imhof a représenté l’Allemagne à la biennale de Venise avec une troupe de performers aux corps étiques d’ados mutiques, bien décidés à se tenir loin du monde et des spectateurs.
Chloe Wise, Do not go gentle into that Hidden Valley, 2017
Huile sur toile • 182,9 x 152,4 cm • © Chloe Wise / Photo Rebecca Fanuele / Courtesy Chloe Wise et Almine Rech Gallery
Sous-tendues par la pensée de l’anthropocène (ou la hantise d’un univers sans l’homme), nombre d’œuvres mirent d’autre part en scène un paysage déserté et sens dessus dessous, chamboulé par des cataclysmes : la saisissante installation de Pierre Huyghe, à Kassel, les expérimentations telluriques d’Hicham Berrada, voire les tableaux fuligineux de Claudio Parmiggiani s’imprègnent de ce pressentiment que l’humanité a fini de présider à sa destinée et à celle de la planète. Par ailleurs, les questions d’identité et de genre (qui font débat jusque chez les grammairiens à travers l’adoption ou pas de l’écriture inclusive) ne laissent pas les artistes indifférents, ainsi qu’en témoigne le travail de Lili Reynaud-Dewar, de Chloe Wise, ou celui du peintre afro-américain Henry Taylor.
Antony Gormley, Another Time Bordeaux, 2017
© Frédéric Deval, maire de Bordeaux
Mais au-delà des thématiques abordées persiste chez les artistes la volonté d’œuvrer en malaxant la matière pour saisir le monde à bras-le-corps, le toucher du doigt plutôt qu’à distance. Le jeune Morgan Courtois pétrit le plâtre et le parfume, Caroline Mesquita plie le métal en souplesse tandis qu’Avery Singer transcrit en peinture les formes fluides des mondes virtuels. Vieux médiums, gestes ancestraux de l’artisan : en 2017, une pléiade d’artistes optent pour des manières de faire, de sentir et de penser qui ancrent leur travail dans le dur, le tangible et le concret, contrariant ainsi la dématérialisation des objets et des images, la dépossession de soi, la délocalisation de tout et le sentiment d’errance que peuvent induire les affres de la vie numérique.
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