Article réservé aux abonnés
Françoise Oklaga, Donner aux enfants le nom de la grand-mère, 1986
Pochoir, gravure et impression : Hattie Amit'naaq • 57,2 x 76,7 cm • Coll. musée des Beaux-arts, Montréal • © Public Trustee of Nunavut, succession Françoise Oklaga / Photo MBAM, Jean-François Brière
Ils s’appellent Annie Pootoogook, Françoise Oklaga, Couzyn van Heuvelen, Mattiusi Iyaituk, Siku Allooloo, Darcie Bernhardt, Lucassie Echalook, Charlie Inukpuk ou encore Joe Talirunili. Tous partagent un point commun : ils sont originaires des vastes étendues circumpolaires de l’Inuit Nunangat – « l’endroit où vivent les Inuits ». Aujourd’hui, leurs œuvres occupent une place de choix au musée des Beaux-Arts de Montréal (MBAM). Le 8 novembre dernier, le musée a inauguré un nouvel espace entièrement consacré à sa collection d’art inuit.
Située au rez-de-chaussée du pavillon Michal et Renata Hornstein, dans une salle de 200 m² autrefois dédiée à l’art gréco-romain, cette nouvelle présentation accueille, en rotation ces cinq prochaines années, 120 œuvres réalisées par 70 artistes inuits, datant de 1949 à nos jours.
Intitulée « Uummaqutik » (« essence de la vie »), l’exposition a été conçue par l’artiste et commissaire inuite Asinnajaq, en collaboration avec Léuli Eshrāghi, première conservatrice des pratiques autochtones au MBAM. Leur démarche se distingue par une volonté d’inclusion destinée à redonner la parole aux artistes.
Glenn Gear, Quatrième création présentée dans le cadre de la Toile numérique, ulitsuak | marée montante | rising tide, 2024
Première œuvre d’art autochtone conçue spécialement pour l’espace extérieur du MBAM
« C’est une manière de reconnaître le territoire sur lequel nous habitons. Placer l’art vivant des communautés inuites du Nunavut et du Nunavik au cœur du musée est un geste essentiel. »
Stéphane Aquin
Cette approche met en lumière la richesse et la diversité des pratiques artistiques inuites, allant de l’estampe à la sculpture sur pierre en passant par la photographie ou l’installation. Elle offre une immersion dans un univers à la fois intime et universel, abordant des thèmes tels que « la naissance, les soins prodigués aux enfants, la vie quotidienne et les travaux saisonniers réalisés en communauté ». Des figures emblématiques comme Annie Pootoogook et Mattiusi Iyaituk y côtoient de jeunes talents tels que Niap et Jessica Winters, illustrant un dialogue harmonieux entre tradition et modernité.
Longtemps cantonné à une perception ethnographique ou populaire, souvent accompagné de stéréotypes réducteurs, l’art inuit est désormais reconnu à sa juste valeur. Pour Stéphane Aquin, directeur général du MBAM, l’ouverture de cet espace marque une avancée majeure : « C’est une manière de reconnaître le territoire sur lequel nous habitons. Placer l’art vivant des communautés inuites du Nunavut et du Nunavik au cœur du musée est un geste essentiel. »
Depuis cinq ans, le MBAM consacre 12 % de son budget d’acquisitions à l’art autochtone, soit environ 88 000 € par an. Cette initiative a permis d’enrichir la collection – qui compte près de 900 pièces réalisées par 300 créateurs – avec 131 œuvres d’artistes inuits ou des Premières Nations (autochtones canadiens).
ᐆᒻᒪᖁᑎᒃ uummaqutik : essence de la vie au Musée des beaux-arts de Montréal, 2024
Photo MBAM, Jean-François Brière
Une démarche qui s’inscrit dans un mouvement de décolonisation des musées, visant à redonner aux peuples le contrôle sur la représentation de leur culture. Cette reconnaissance est le fruit d’un long processus de revendications mené par les Inuits, allié à une prise de conscience progressive des institutions muséales. Le MBAM n’est pas isolé dans cette démarche. Le musée McCord Stewart à Montréal, la Winnipeg Art Gallery (avec son pavillon « Qaumajuq »), le musée des Beaux-Arts du Canada à Ottawa ou le Musée canadien de l’histoire à Gatineau participent depuis plusieurs années à un mouvement de « rattrapage » visant à mieux intégrer les voix autochtones.
Exposer l’art inuit dans les musées soulève ainsi des questions complexes, mêlant enjeux de représentation, d’appropriation et de justice culturelle. Loin de se limiter à un témoignage du passé, cet art puissant résonne aujourd’hui avec intensité, dessinant les contours d’un avenir riche de sens.
Musée des Beaux-Arts de Montréal
Ouvert tous les jours de 10 h à 17 h
1380, rue Sherbrooke Ouest • H3G 1J5 Montréal
www.mbam.qc.ca
Une coopérative artistique inuite dans le Grand Nord canadien Kinngait, Nunavut La collection Claude Baud et Michel Jacot
Du 2 octobre 2024 au 17 janvier 2025
Centre Culturel Canadien • 130 Rue du Faubourg Saint-Honoré • 75008 Paris
canada-culture.org
Vous aimerez aussi
Carnets d’exposition, hors-série, catalogues, albums, encyclopédies, anthologies, monographies d’artistes, beaux livres...
Visiter la boutiqueÀ lire aussi
QUIZ
ARTIPS Reconnaissez-vous ces chefs-d’œuvre de l’Antiquité ? _ re Testez vos connaissances et défiez vos amis !_
DOSSIER
TEST ! Ses chefs-d’œuvre, son histoire, ses plus belles salles… Tout pour préparer sa visite au musée du Louvre
Abonnés
LA CHRONIQUE DE NICOLAS BOURRIAUD
« Face aux galeries hors sol, aux Shein de l’art contemporain, les petites échoppes intelligentes ont une carte à jouer » en RW