Mary Sully, Three Stages of Indian History : Pre-Columbian Freedom, Reservation Fetters, the Bewildering Present (panneau du milieu), 1938-1945
dessin • Photo de Scott Soderberg © University of Washington Press, Seattle
Portrait de l’artiste Mary Sully
Coll. de l’auteur S © University of Washington Press, Seattle
Son nom de naissance : Susan Mable Deloria. Fille du chef spirituel sioux Dakota Tipi Sapa et de Mary Sully, arrière-petite-fille du peintre renommé Thomas Sully, Susan est une femme intelligente, mais aussi d’une grande fragilité, qui passe sa vie sous la protection de sa grande sœur Ella Cara Deloria, ethnographe et anthropologue qui l’emmène dans ses voyages aux quatre coins des États-Unis, où elle se forge une culture artistique autodidacte.
Il n’est pas certain que la jeune Susan ait joui d’une véritable formation artistique au-delà de rares cours du soir à l’Université du Kansas et à Chicago. Lorsqu’elle commence à dessiner en 1927, c’est sous le nom de sa mère, Mary, brouillant un peu plus les pistes. Une éphémère carrière qui s’achève lorsque l’inspiration se tarit en 1945. Mary subsiste grâce à sa sœur. Puisque d’une timidité pathologique, elle se refuse à exposer et vendre ses dessins, et ne fréquente aucun cercle artistique malgré le succès que commence à connaître le modernisme natif américain auprès de la critique progressiste. Mary Sully décède en 1963 à Omaha dans le Nebraska.
Si sa sœur affirme qu’il arrivât à Mary de toucher à l’huile, sa production est presque exclusivement graphique, selon un système bien rôdé. Son œuvre est concentrée sur les « Personality Prints », 134 dessins de grand format en triptyque, dominés par une toile abstraite, évoquant tant les textiles Navajos que les motifs décoratifs du Bauhaus et de l’Art nouveau. Malgré leur économie de moyen (ils sont réalisés aux crayons de couleur parfois rehaussés d’encre et de gouache), ces dessins ne manquent pas de monumentalité, rendant hommage à des femmes illustres, comme la collectionneuse Gertrude Stein, à des figures de la culture populaire, telles que le joueur de baseball Babe Ruth, ou même à des concepts. Parmi les plus marquants, il faut relever Three Stages of Indian History : Pre-Columbian Freedom, Reservation Fetters, the Bewildering Present (1938–1945) dans lequel elle rend hommage à son identité native. Complexe, engagée en faveur du féminisme et de la cause amérindienne, il est difficile de réduire sa pratique à de l’Art outsider. Faut-il voir dans ses portraits modernistes aux accents féministes et indigènes un contrepoint à l’art académique de son arrière-grand-père qui a immortalisé sur la toile certains des pires génocidaires des Amérindiens ?
Mary Sully, Three Stages of Indian History : Pre-Columbian Freedom, Reservation Fetters, the Bewildering Present (panneau supérieur), après 1938
dessin • Photo de Scott Soderberg © University of Washington Press, Seattle
L’ensemble de l’œuvre de Mary Sully est encore la propriété de sa famille, et ne sort qu’occasionnellement lors d’expositions. Mais au vu de sa redécouverte qui est notamment le fait de son petit-neveu Philip J. Deloria, professeur d’histoire à l’Université d’Harvard, lequel a publié en 2019 une monographie consacrée à son aïeule, son nom commence à compter dans l’histoire de l’art moderne américain. Deloria affirme d’ailleurs que les dessins de Mary Sully devraient être versés dans plusieurs musées américains à partir de 2024… Affaire à suivre !
À lire
Becoming Mary Sully: Toward an American Indian Abstract
Par Philip J. Deloria • 2019 • Washington University Press (aperçu disponible sur Google Books)
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