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Fondation Opale

Au cœur des montagnes suisses, un havre pour l’art aborigène

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Publié le , mis à jour le
À deux pas de la luxueuse station de ski Crans-Montana, un peu du « Rêve » aborigène a élu domicile au sein de la Fondation Opale, nouvelle venue dans ce sublime paysage de montagnes bleutées et de chalets fleuris. Pour son exposition « Before Time Began », celle-ci écrit le premier chapitre d’une histoire méconnue en Europe, dédiée à l’art aborigène contemporain. Visite éblouie (et émue).
Œuvre collaborative d'hommes, APY Lands, Nganampa ngura manta milmilpatjara – Notre terre est sacrée
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Œuvre collaborative d'hommes, APY Lands, Nganampa ngura manta milmilpatjara – Notre terre est sacrée, 2018

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Acrylique sur toile • 290 x 550 cm • © ADAGP, Paris 2019 / © APY Art Centre Collective / © Copyright Agency / © TJala Arts / Photo Vincent Girier-Dufournier

« Nous avons une surprise pour vous », lance, malicieux, le directeur de la Fondation Opale, Gautier Chiarini, aux trois musiciens aborigènes venus jouer et chanter ce lundi 22 juillet 2019. Une jeune Suisse commence alors, contre toute attente, à jouer du cor des Alpes en introduction à leur concert, comme pour les mettre dans le bain – au cas où les heures d’avion et la montée zigzagante sur les routes du Valais n’auraient pas suffi. L’image est étonnante : face au lac du Louché et aux monts lointains, les musiciens, suisses et aborigènes, s’écoutent jouer à tour de rôle. Moment d’exception.

Fondation Opale, Lens (Suisse)
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Fondation Opale, Lens (Suisse)

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© Luciano Miglionico

La Fondation Opale emballe déjà un public qui, pourtant, avait déserté les lieux. Construit en 2013 par l’architecte local Jean-Pierre Emery, le bâtiment tout en panneaux photovoltaïques était celui, jusqu’en 2018, de l’exigeante Fondation Arnaud – qui, ruinée, a fini par fermer ses portes après cinq années de pertes amères. Cette disparition aurait chagriné la station de Crans-Montana si Bérengère Primat (sœur de Garance Primat, à la tête du somptueux Domaine des Étangs) n’avait pas, en quelques mois à peine, repris l’endroit et bouleversé son identité.

À gauche, Lofty Bardayal Nadjamerrek, “Sans titre – Kangourou”  (1972) et à droite, Mick Kubarkku, “L’ancêtre crocodile” (1973)
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À gauche, Lofty Bardayal Nadjamerrek, “Sans titre – Kangourou” (1972) et à droite, Mick Kubarkku, “L’ancêtre crocodile” (1973)

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Ocres naturelles sur écorce • © ADAGP, Paris 2019 / Photo Vincent Girier-Dufournier

Issue de la riche famille Schlumberger – qui a donné son nom à une entreprise de services pétroliers –, la mécène d’origine française a découvert l’art aborigène dans une exposition en 2003, et n’a plus jamais cessé d’y penser. « Les œuvres réapparaissaient dans ma tête comme pour me faire des clins d’œil », nous confie-t-elle. Leurs myriades de petits points, leurs lignes courbes et leurs couleurs sobres l’avaient hypnotisée… S’ensuivent alors de très nombreux voyages en Australie, parfois durant plusieurs mois, qui lui permettent de passer du temps auprès des communautés aborigènes et de réunir une collection d’œuvres, « construite comme un album de famille ».

John Mawurndjul, Ancêtres à Milmilingkan
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John Mawurndjul, Ancêtres à Milmilingkan, 1994

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Ocres naturelles sur écorce d’eucalyptus • 168 cm x 110 cm • © ADAGP, Paris 2019 / Photo Vincent Girier-Dufournier

De celle qui n’aime guère le mot « collectionneuse », on retient la sincérité et la générosité, qui imprègnent les lieux. Perspicace, elle a ouvert la programmation de sa fondation par une exposition consacrée au photographe star Yann Arthus-Bertrand – un ami. Bilan : un succès total, qui a réconcilié la région avec ce lieu oublié. Aujourd’hui, « Before Time Began » marque le début de l’aventure de l’art contemporain aborigène, qui dominera désormais l’agenda Opale. Avec une envie : le rendre le plus dynamique possible, et créer des dialogues avec d’autres artistes (en ce moment, avec une œuvre de la plasticienne suisse Pipilotti Rist) pour mieux le faire rayonner dans le milieu de l’art contemporain international. La réussite est parfaite – la diversité de la sélection relevant bien plus du centre d’art que du musée d’ethnologie. Les œuvres s’abordent en deux chapitres distincts : l’un débutant en 1971 et marquant l’adaptation de l’art aborigène à un contexte institutionnel, et l’autre réunissant des œuvres récentes, dont deux fresques réalisées expressément pour la Fondation (par un groupe d’hommes d’un côté, et de femmes de l’autre [ill. en une]).

Il faut revenir en 1971, donc. Une poignée de peintres aborigènes défie alors des millénaires de création en réalisant une fresque pour une école, puis en peignant sur des panneaux de bois : le mouvement artistique de Papunya est né, faisant entrer l’art aborigène dans l’ère contemporaine. Car celui-ci, plusieurs fois millénaire, ne se conserve pas, ne se déplace pas : il s’exprime sur le sol, sur les rochers, sur le corps, parfois sur des morceaux d’écorce (collectés par des chercheurs dès le début du XXe siècle).

À gauche, Long Jack Phillipus Tjakamarra, “Rêve d’eau à Kalipinypa” (1974) et à droite, artiste inconnu, “Tortue d’eau douce au long cou” (1960)
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À gauche, Long Jack Phillipus Tjakamarra, “Rêve d’eau à Kalipinypa” (1974) et à droite, artiste inconnu, “Tortue d’eau douce au long cou” (1960)

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Acrylique sur toile de coton / Ocres naturelles sur écorce • © ADAGP, Paris 2019 / Photo Vincent Girier-Dufournier. © DR / Photo Vincent Girier-Dufournier

Surtout, il est entièrement dédié au « Temps du Rêve », traduction imparfaite d’un récit fondamental qui retrace les voyages des Êtres ancestraux à travers les terres, chantant et créant sur leur passage les animaux, les plantes, les rivières… Autant d’empreintes retranscrites par les Aborigènes à travers des peintures, des danses et des poèmes chantés, qui sont comme des cartographies du territoire, enseignant aux Initiés des savoirs primordiaux – retrouver une source d’eau, un chemin perdu, un lieu… Une large somme de secrets, donc, dont la diffusion par le biais de peintures a rendu fous certains Initiés, qui empêchèrent les premières expositions.

Paddy Fordham Wainburranga, Le Début de la vie
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Paddy Fordham Wainburranga, Le Début de la vie, 1998

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Acrylique sur toile de coton • 175 × 130 cm • © ADAGP, Paris 2019 / Photo Vincent Girier-Dufournier

Depuis les années 70, les artistes aborigènes ont appris à transformer ce langage pictural unique, pour le rendre plus lisible au reste du monde : lignes par milliers pour créer des illusions d’optique, petits points qui peignent le paysage dans un mouvement perpétuel… Pourtant, certains secrets restent savamment dissimulés à la lecture des yeux, et ne peuvent être devinés que par un œil averti… En point d’orgue de ce parcours à travers les interprétations du « Rêve », une sculpture monumentale – faite de 1 500 lances semblant tourbillonner juste au-dessus du sol – témoigne de la rencontre entre l’art traditionnel et l’art contemporain : imprévisible, cet ouragan de bois symbolise un monde actuel troublé, incertain… On a alors en mémoire les mots de Bérengère Primat, lucide : « Ce sont eux qui vont nous aider à trouver des solutions pour l’avenir… Et c’est ce qui me donne de l’espoir ».

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Before Time Began

Du 9 juin 2019 au 29 mars 2020

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