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Les grandes expositions à ne pas manquer cet été dans le monde

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Faites vos bagages ! De Washington à Vienne, en passant par Casablanca, les expositions de cet été regorgent de surprises. Beaux Arts a fait le tour de la planète pour vous livrer ses coups de cœur. Garantis sans coup de soleil !

1. À Vienne, vertiges graphiques

Fut un temps où l’art faisait « Shebam ! Pow ! Blop ! Wiz ! »… Les sixties ? Bien sûr ! Mais la vague cinétique ne serait-elle pas née il y a bien plus longtemps, sur les rivages de la Renaissance ? Le musée d’art moderne de Vienne retrace cet été une audacieuse généalogie de l’op art. Avec « Vertigo », le Mumok convoque tous les anciens qui, eux aussi, mirent l’œil en mouvement, et le corps en déséquilibre. Dès que les peintres eurent la maîtrise de la perspective, ils se plurent à faire vaciller le regard, inventant les plus folles illusions d’optique. Piranèse, avec ses dédales d’architectures infinies et ses prisons aux escaliers tortueux, est l’un de ces pionniers. Mais aussi Guido Reni, qui invente une mise en scène insensée de Jésus et Marie, sur un tableau ondulé. On le regarde depuis la gauche : la Vierge apparaît. Depuis la droite ? Le Christ surgit. N’était ce motif religieux, on pourrait croire une toile piégeuse de Jesús-Rafael Soto. Il ne fallut donc pas attendre les révolutions des années 1960 pour prendre conscience de la nature ambiguë de la réalité, et mettre en doute l’image. Mais c’est bien cette décennie qui voit l’apogée du phénomène. Océan de lumière de Julio Le Parc, installations stroboscopiques dignes d’un night-club de Gianni Colombo… La rétine s’affole, incapable de se fixer sur les spirales de Bridget Riley ou les géométries cosmiques de Victor Vasarely. Go, vertigo !

Par Emmanuelle Lequeux

Marina Apollonio, Dinamica Circulare
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Marina Apollonio, Dinamica Circulare, 1968–2019

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Photo : Markus Wörgötter / © Mumok, Vienne / © Marina Apollonio.

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Vertigo. Op Art and a History of Deception (1520-1970)

Du 25 mai 2019 au 26 octobre 2019

2. À Bruges, la Passion au Siècle d’or

La bouche entrouverte, les yeux levés au ciel, elle ne peut retenir ses larmes ; son regard implorant exprime à la fois une insondable tristesse, le désespoir et la résignation. La Vierge polychrome sculptée par Pedro de Mena en 1680 saisit à la gorge le spectateur par le réalisme de son expression. Elle a d’ailleurs été créée très exactement pour cela : susciter l’émotion et marquer les esprits de façon indélébile, afin d’exalter la foi catholique dans l’Espagne de la Contre- Réforme. Dans ses monumentales salles des malades, l’ancien hôpital Saint-Jean de Bruges explore cette tradition hyperréaliste du Siècle d’or espagnol. Face aux statues de Pedro de Mena et Gregorio Fernández, les toiles du mystique Zurbarán et du touchant Murillo soulignent la façon dont peinture et sculpture se nourrissaient l’une l’autre pour engendrer des images plus vraies que nature. Et ce malgré les règles du Concile de Trente, qui stipulaient que les œuvres ne pouvaient être considérées comme des saints. En vain ! Les statues peintes étaient vénérées, adorées, suscitant une immense ferveur populaire lors des processions. Les artistes prenaient un malin plaisir à entretenir le trouble, n’hésitant pas à doter leurs créatures d’yeux et de larmes de verre, implantant de véritables cheveux pour leurs cils et sourcils, collant aux mains et aux pieds des ongles de corne animale… Résine rouge ? Ceci est mon sang !

Par Daphné Bétard

Pedro de Mena, Mater Dolorosa [détail]
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Pedro de Mena, Mater Dolorosa [détail], 1680

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Coll. MNHA, Luxembourg (prêt d’une collection privée) • Photo : Dominique Provost.

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De Mena, Murillo, Zurbarán. Maîtres du baroque espagnol

Du 8 mars 2019 au 6 octobre 2019

3. À Málaga : méfiez-vous de Bruce Nauman

« Le véritable artiste aide le monde en révélant les vérités mystiques »… Le programme de Bruce Nauman clignote en spirale de néons. Mais celui qui est devenu l’une des grandes énigmes de l’art contemporain, reclus dans son ranch texan, s’avère habile comme personne à faire vaciller toute certitude. Il faut donc se méfier de chacune de ses assertions, comme le rappelle la centaine d’œuvres rassemblées cet été à Málaga. Ce touche-à-tout sait à tous les coups provoquer le vertige. Manèges morbides, oppressants couloirs qui finissent en impasse, cabanes irradiées, cacophonies d’images et de sons… le visiteur sort rarement indemne de ces expositions qui jouent de l’assaut sensoriel autant que de la recherche métaphysique. Effet recherché ? Celui d’une « batte de baseball reçue en plein visage. Ou, mieux encore, en pleine nuque, assume-t-il. Vous ne voyez rien arriver et vous vous retrouvez au tapis. J’aime beaucoup cette idée : une sorte d’intensité qui ne vous permet en rien de savoir si cela va vous plaire ou non ». Qu’il travaille sur la chorégraphie des corps, compose avec la contrainte du temps ou se lance dans une recherche réflexive sur le travail de l’artiste, Nauman n’a qu’un leitmotiv : la hantise de la disparition. Il la met en scène sous la forme d’un corps pensant, tour à tour clown, danseur ou prestidigitateur, mais toujours marionnette du destin.

Par Emmanuelle Lequeux

Bruce Nauman, À gauche, “Double Pole in the Eye II” et à droite “Black Stones Under Yellow Light”
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Bruce Nauman, À gauche, “Double Pole in the Eye II” et à droite “Black Stones Under Yellow Light”, 1985 et 1987

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À gauche, coll. Friedrich Christian Flick, Berlin / Photo Stefan Altenburger / © Adagp, Paris, 2019, et à droite coll. d’Arte Contemporáneo La Caixa, Barcelone / © Adagp, Paris, 2019.

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Bruce Nauman. Rooms, Bodies, Words

Du 18 juin 2019 au 1 septembre 2019

4. À Barcelone, Christian Marclay, face A, face B

Plasticien de la musique, musicien des arts plastiques, Christian Marclay se sert des images comme de notes, et vice versa. Il ne joue d’aucun instrument ? L’artiste suisse a donc choisi le film pour se faire compositeur. Ses expositions sont des concerts, où l’œil écoute. L’artiste vient une nouvelle fois de retourner la biennale de Venise avec son montage virtuose de films de guerre en mettant en scène la mémoire du cinéma à la manière d’un chef d’orchestre qui aurait des talents de DJ. Dans Video Quartet, acteurs hollywoodiens et joueurs de trompette, piano, violon, se mêlent en un extravagant bœuf monté avec la précision d’une horloge suisse. Une fanfare tour à tour bruitiste, jazzy, joliment chaotique. Le regard passe de Harpo (des Marx Brothers) à Jimi Hendrix, de Marilyn Monroe à Maria Callas en passant par Sid Vicious. Bref, un punk opera, pièce maîtresse de cette rétrospective essentiellement dévolue à son travail sonore. Libéré de tout complexe par les Sex Pistols autant que par Fluxus, élevé dans l’admiration de Marcel Duchamp et des performeurs genevois du collectif Ecart, Marclay se réinvente à chaque nouveau projet, mais toujours avec une sophistication enchanteresse. Il sait jouer du silence comme des mélodies fantômes, du bruit comme des harmonies. Son seul but : valoriser « tout ce qui rend l’auditeur conscient du médium ». Sa façon à lui de partager la leçon du Do It Yourself.

Par Emmanuelle Lequeux

Christian Marclay, Actions: Plish, Plip! Plap!!! Plop…(No. 2)
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Christian Marclay, Actions: Plish, Plip! Plap!!! Plop…(No. 2), 2013

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Coll. Fundación Helga de Alvear, Madrid-Cáceres.

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Christian Marclay. Composiciones

Du 12 avril 2019 au 24 septembre 2019

5. À Hernani : Eduardo Chillida, l’artiste devenu forgeron

Le destin est un animal étrange. Un jour, le sculpteur basque Eduardo Chillida (1924–2002) rêva d’« une utopie : un espace où pourraient se reposer [ses] sculptures et où les gens se promèneraient parmi elles, comme à travers un bois ». C’est à Hernani, près de San Sebastián, qu’il découvrit dans les années 1980, lors d’une promenade, ce havre de paix. Pendant plus de quinze ans, avec son épouse, il rénova patiemment le lieu, rachetant les terrains alentour pour accueillir ses sculptures monumentales, « comme on plante une forêt ». Devenu musée, Chillida Leku (le lieu de Chillida, en basque) ouvrit au public en 2000. En 2011, au plus fort de la crise économique, la famille fut contrainte de le fermer, faute de moyens. Huit ans plus tard, il reprend vie avec l’aide de la puissante galerie Hauser & Wirth, désormais en charge de la succession de l’artiste. Et la magie opère. Dans l’immense parc de 11 hectares, une quarantaine de sculptures d’acier et de pierre défient l’espace et la gravité, à l’instar de l’immense Buscando la luz ou de l’Arco de la libertad. À l’intérieur de l’ancienne ferme, réaménagée par l’architecte argentin Luis Laplace, l’exposition inaugurale, intitulée « Échos », retrace en 90 œuvres la carrière de l’artiste, des années 1940 à 2000. Ou comment un « sculpteur devenu forgeron », selon les mots de Gaston Bachelard, a su renouveler avec poésie l’art de la sculpture.

Par Françoise-Aline Blain

Eduardo Chillida, Lotura XXXII
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Eduardo Chillida, Lotura XXXII, 1998

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Courtesy Sucesión Chillida et galerie Hauser & Wirth / Photo Iñigo Santiago / © Zabalaga-Leku / Adagp, Paris, 2019.

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Eduardo Chillida. Échos

Du 17 avril 2019 au 30 novembre 2019

6. À Washington, plein d’autres soleils

Les États-Unis sont en guerre. Du moins le milieu de l’art américain, entré en rébellion contre Donald Trump. À l’heure où un mur se construit sur le Rio Grande, pas un musée qui n’ouvre grand ses frontières. Le projet de Massimilano Gioni n’est donc qu’un parmi tant d’autres ? Non, car le critique d’art et curator, brillant directeur de la biennale de Venise en 2013, dresse un panorama jamais vu d’un monde en déplacement. Venus d’Algérie, du Bangladesh, du Brésil, du Ghana, d’Irak, de Turquie ou du Vietnam, 75 artistes évoquent les raisons pour lesquelles on peut ou doit choisir « la chaleur d’autres soleils », pour reprendre le titre de l’exposition inspiré par l’écrivain Richard Wright. Comment reconstruire une géographie personnelle, comment faire le récit collectif de fuites qui relèvent avant tout de l’histoire intime ? John Akomfrah, Kader Attia, Tania Bruguera, Zoe Leonard ou encore Danh Vō donnent quelques clefs pour envisager ces questions du « déplacement global ». Parmi les premiers et les plus tragiques des exodes, la traite de dix millions d’Africains en Amérique est bien sûr également abordée dans ce planisphère mouvant. Cœur de l’exposition, les 61 panneaux de la Migration Series, à travers lesquels Jacob Lawrence dépeint au début des années 1940 le quotidien des travailleurs des champs de coton, hommage d’un enfant de Harlem à ses ancêtres déracinés.

Par Emmanuelle Lequeux

Adrian Paci, Centro di permanenza temporanea
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Adrian Paci, Centro di permanenza temporanea, 2007

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Courtesy Phillips Collection, Washington / © Adrian Paci.

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The Warmth of Other Suns. Stories of Global Displacement

Du 22 juin 2019 au 22 septembre 2019

7. À Délos, Antony Gormley beau comme l’antique

Depuis cinq mille ans, l’antique y est roi. Les ruines intouchables, les mythes immuables. Mais pour la première fois, l’île de Délos a accepté de laisser filer dans ses dédales de ruines un créateur contemporain. Et non le moindre : Antony Gormley, l’un des sculpteurs les plus cultivés de sa génération, est entré en dialogue avec le somptueux site cycladique, accessible en bateau depuis Mykonos. Dans ce règne minéral où dominent le blanc du marbre et le bleu de la mer Égée, il a imposé en douceur ses monumentales digressions d’acier rouille. Selon la mythologie, le nom de l’île viendrait du mot a-delos, « invisible », fable d’une terre furtive qui serait ensuite devenue delos, visible, quand Zeus y réfugia sa maîtresse Léto pour la protéger de la fureur d’Héra. Devenue mère d’Apollon et Artémis, Léto assura la prospérité de l’île, à la fois lieu de culte, de commerce et d’échanges culturels. Une terre sacrée, classée au patrimoine mondial de l’Unesco. Sur ce site inhabité, entre temples, amphithéâtre et terrasse des lions, sir Antony Gormley a installé une trentaine de ses fameuses silhouettes, qui semblent redonner vie aux mythes. Une sentinelle guette les arrivants sur le port, d’abstraites figures cherchent l’ombre sur le mont Cynthe, d’autres se cachent dans le musée. Jouant elles aussi du visible et de l’invisible, elles se chargent de récits millénaires sous la caresse du soleil et du vent.

Par Emmanuelle Lequeux

Antony Gormley, Another Time V
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Antony Gormley, Another Time V, 2007

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Courtesy Antony Gormley / Courtesy Neon /Courtesy Ephorate of Antiquities of Cyclades / Photo Oak Taylor Smith.

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Antony Gormley. Sight

Du 2 mai 2019 au 31 octobre 2019

8. À Turin, la confusion des âges

Rares sont les collections qui déploient une telle envergure, de la Renaissance à nos jours. La collection Cerruti ne pouvait donc trouver hôte plus adapté que le Castello di Rivoli. Perché sur son pic surplombant Turin, le havre de la famille Savoye mélange lui aussi comme personne les époques. L’art vivant y loge entre cabinet de porcelaine, boudoir à la chinoise et restes de boiseries rococo, sous des plafonds en coupole. La collaboration signée en 2017 entre la fondation Cerruti et le musée est donc mariage d’amour autant que de raison. Trois cents chefs-d’œuvre de la peinture (Pontormo, Wassily Kandinsky, Francis Bacon…), mais aussi 700 tapis, incunables, ébénisteries : le musée turinois a désormais tout cela sous sa coupe ! Quels trésors avait amassés le très secret Francesco Federico Cerruti, disparu en 2015, dans sa villa construite à l’ombre du Castello, et tout juste restaurée ? Les révélations sont doucement distillées, en plusieurs chapitres, entre la villa et le musée. Pour célébrer la nouvelle, commande a été faite à Anna Boghiguian, Camille Henrot, Seth Price, tandis que la délicate Susan Philipsz fait glisser le murmure du vent dans le jardin. Intention de la directrice du lieu, Carolyn Christov-Bakargiev : « Être le premier musée d’art contemporain à abriter une collection encyclopédique du passé, et créer ainsi un nouveau modèle d’institution, où l’art ancien est observé depuis une perspective contemporaine. »

Par Emmanuelle Lequeux

À gauche, Giovanni Boldini “Nudo sdraiato” et à droite, Pompeo Batoni “Apollo, la Musica e la Poesia”
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À gauche, Giovanni Boldini “Nudo sdraiato” et à droite, Pompeo Batoni “Apollo, la Musica e la Poesia”, 1893 et 1741

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À gauche, coll. Fondazione Francesco Federico Cerruti / Castello di Rivoli, Turin / Photo Archivio Collezione Cerruti et à droite, coll. Fondazione Francesco Federico Cerruti / Castello di Rivoli, Turin / Photo : Ernani Orcorte.

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Hommage à la collection Cerruti – chapitre 1

Du 3 mai 2019 au 6 janvier 2020

9. À Casablanca, la caravane d’art panafricaine

L’Afrique ? Une mine d’art. Étiquetés sous cette bannière tout en étant pluriels, nombre d’artistes du continent se sont fait un nom. Ils s’appellent El Anatsui, Ghanéen Lion d’or à la biennale de Venise en 2015, Mahi Binebine, Marocain dont les peintures figurent dans les collections du Guggenheim, Chéri Samba, incontournable Congolais aux tableaux acides, ou encore William Kentridge, Barthélémy Toguo, Abdoulaye Konaté… Ils sont aujourd’hui une trentaine de plasticiens, de quinze nationalités différentes, à faire le même rêve : « Voir l’art africain se déployer sur son propre continent », résume Brahim Alaoui. Historien d’art, ce dernier a conçu avec Yacouba Konaté, philosophe et plusieurs fois commissaire de la biennale de Dakar, une exposition itinérante à travers sept métropoles, de Casablanca au Cap en passant par Dakar, Abidjan, Lagos, Addis-Abeba, Marrakech. L’initiative, que l’on doit à la jeune Fondation pour le développement de la culture contemporaine africaine créée début 2019, est inédite sur ce vaste territoire. Douze mois pour révéler plus de 100 créations originales, réalisées par les artistes rêveurs au cours de résidences. À chaque étape, « Prête-moi ton rêve » rend hommage à un artiste local : à Casablanca s’exposent ainsi une trentaine d’oeuvres sur papier, sur cuivre et peau d’agneau (les plus fameuses) de Farid Belkahia, regretté Marrakchi. Preuve que l’on peut rêver en gardant l’œil ouvert.

Par Malika Bauwens

Abdoulaye Konaté, Alep
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Abdoulaye Konaté, Alep, 2017

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Courtesy Primo Marella Gallery, Milan / © Abdoulaye Konaté.

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Prête-moi ton rêve

Maison de l’Union. Ancienne Résidence générale

Rue Al Bahriya • Dar-el-Beida • Casablanca

Jusqu’au 30 juillet

Puis à Dakar, à Abidjan, à Lagos, à Addis-Abeba, au Cap et à Marrakech.

http://pretemoitonreve.com/

10. À Londres : Is that queer?

« Kiss My Genders » se décline au pluriel, car impossible, au singulier, de faire le point sur la manière dont les artistes imprègnent leurs œuvres des questions du genre et de l’identité. Déployée dans tous les espaces de la Hayward Gallery, cette vaste exposition orchestrée par le commissaire français Vincent Honoré (désormais en poste au MoCo de Montpellier) remonte jusqu’à cinquante ans en arrière et présente une centaine d’œuvres, réalisées par une trentaine d’artistes. Sans surprise, tous alimentent le trouble et élargissent les limites des cases sociales et politiques qui assigneraient à chacun un seul genre et une seule identité. De Pierre Molinier, s’affichant dans des poses compliquées, à la jeune Martine Gutierrez, la photographie reste un médium clé pour mettre en scène la fluidité et l’ambiguïté des identités sensuellement travesties. Mais place est aussi faite à la vidéo (avec Pauline Boudry & Renate Lorenz), à la peinture (avec le wall-painting à l’abstraction surréaliste et féministe d’Ad Minoliti) et au texte (avec un poème de Tarek Lakhrissi). Avec son titre – « Kiss My Genders » – dérivé de l’insulte « Kiss my ass » (« Va te faire foutre »), la manifestation se nourrit du travail de jeunes stars de l’art contemporain qu’on retrouve à l’affiche de nombreuses biennales. Signe que ce sujet est à la fois phare et moteur de la création : c’est par lui, désormais, que les artistes se reconnectent aux débats politiques et sociaux.

Par Judicaël Lavrador

Zanele Muholi, Phila I, Parktown
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Zanele Muholi, Phila I, Parktown, 2016

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Courtesy Stevenson Gallery, Le Cap- Johannesburg / Courtesy Yancey Richardson, New York / © Zanele Muholi.

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Kiss my genders

Du 12 juin 2019 au 8 septembre 2019

11. À Lens, le chant des pistes dans les Alpes suisses

Ils nous ramènent au « temps du rêve » ; à un « monde d’avant le temps » qu’ils s’acharnent à cartographier, de génération en génération, depuis que l’homme est homme. Rivières, roches, collines et vallées, les terres sacrées des Aborigènes sont devenues toiles depuis un demi-siècle à peine. Mais ce « chant des pistes », comme l’appelle l’écrivain Bruce Chatwin, parmi les premiers à en décrypter l’infinie complexité, est l’héritier d’un savoir millénaire qui tient de la poésie autant que de l’épopée picturale. En seize ans, la collectionneuse Garance Primat a déjà rassemblé 800 pièces des premiers peuples de l’Australie, au fil d’innombrables voyages, du Kimberley au désert central en passant par la Terre d’Arnhem. Elle en connaît chaque nuance, chaque spécificité régionale, chaque mythe. Combat de l’aigle et du cacatoès, topographies vibrantes de mille pointillés, routes serpentines empruntées depuis cinquante mille ans pour rendre hommage aux ancêtres : ces images explosives « sont comme une traduction plastique du chant à travers lequel les anciens initient les jeunes à la géographie de leur territoire et à la cosmogonie, elles ne sont en rien des abstractions », précise la collectionneuse, qui inaugure cet été un centre d’art tout entier dévolu à sa passion, au cœur des Alpes suisses. Un lieu un peu secret, pour abriter les mille constellations d’énigmes d’un peuple si longtemps outragé.

Par Emmanuelle Lequeux

À gauche, œuvre collaborative (Apy Lands) “Notre terre est sacrée” et à droite, Long Jack Phillipus Tjakamarra “Rêve d’eau à Kalipinypa”
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À gauche, œuvre collaborative (Apy Lands) “Notre terre est sacrée” et à droite, Long Jack Phillipus Tjakamarra “Rêve d’eau à Kalipinypa”, 2018 et 1974

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À gauche, © 2019, ProLitteris, Zurich / © APY Art Centre Collective / © Copyright Agency / © TJala Arts / Photo Vincent Girier-Dufournier et à droite, © 2019, ProLitteris, Zurich / Photo Vincent Girier-Dufournier.

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Before Time Began

Du 9 juin 2019 au 29 mars 2020

12. À Lausanne, entre ombres et lumière

À en croire Pline l’Ancien et son Histoire naturelle, c’est une simple ombre projetée qui serait à l’origine de la peinture. Celle de l’amant de la fille de Dibutade, un potier grec de la cité de Sicyone, qui aurait tracé sur le mur le contour de l’être aimé avant qu’il ne s’en aille. De là serait née la toute première peinture… La légende se poursuit avec Platon et son allégorie de la caverne qui nous apprend à nous méfier des ombres trompeuses. Trace du réel, illusion d’optique, objet de métamorphose, signe de dédoublement, miroir déformant… qu’importe, dans cette vaste palette d’ombres, les artistes ont bel et bien trouvé une épaisse matière à réflexion. Voilà donc l’histoire de l’ombre exposée à Lausanne tel un formidable terrain de jeu créatif, que ce soit en peinture ou sculpture, dessin, photographie ou vidéo. Manifeste de dextérité dans les recherches menées sur la perspective, notamment chez les peintres hollandais du Siècle d’or (Pieter de Hooch), ou dans la difficile maîtrise du clair-obscur, chez les caravagesques, l’ombre peut aussi participer de la dramaturgie d’un paysage chez les romantiques allemands (Caspar David Friedrich) ou du caractère inquiétant d’une scène avec les symbolistes (Léon Spilliaert) et les surréalistes (Salvador Dalí) ou les maîtres de la photographie en noir et blanc (Edward Steichen). Au final, voilà donc un lumineux panorama sur cette insaisissable matière.

Par Sophie Flouquet

Joaquín Sorolla y Bastida, L’Ombre de la barque
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Joaquín Sorolla y Bastida, L’Ombre de la barque, 1903

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Coll. Museo Sorolla, Madrid / Photo : Museo Sorolla, Madrid.

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Ombres de la Renaissance à nos jours

Du 28 juin 2019 au 27 octobre 2019

Retrouvez dans l’Encyclo : Victor Vasarely Bruce Nauman

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