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Art contemporain

Au Consortium de Dijon, la peinture sophistiquée et pas si lisse de Chen Fei

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Publié le , mis à jour le
Il a tout d’un artiste académique : en peignant avec application et sophistication des natures mortes sur fond sombre ou doré à la feuille, Chen Fei peut sembler au premier regard un peu fade… Si ce n’est qu’il glisse dans ses compositions toutes sortes de détails insolites, clins d’œil à la société de consommation ou irrévérences cruelles. Pour sa première exposition institutionnelle en Europe, il dévoile 17 toiles au Consortium de Dijon.
Chen Fei, Forgive
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Chen Fei, Forgive, 2020

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Acrylique sur toile • 155 x 235 cm • © Courtesy de Chen Fei et Perrotin

Des kiwis, du raisin, de grandes feuilles de chou, des asperges, une pastèque… Comme Sophie Calle s’était amusée à manger chaque jour de la semaine des ingrédients de la même couleur pour son Régime chromatique (1997), Chen Fei a assemblé pour sa grande nature morte Forgive (2020) un vaste ensemble de fruits et légumes verts… D’où émerge, discrète, une surprenante bouteille de Perrier, qui acte un décalage entre les richesses de la nature et les produits manufacturés, entre le naturel et l’industriel.

L’homme est coutumier du fait. Né en 1983 en Chine où il vit et travaille toujours, Chen Fei s’est formé à l’Académie de cinéma de Pékin mais a creusé son sillon dans la peinture contemporaine. Jusqu’à attirer l’attention du Consortium et des commissaires Franck Gautherot et Seungduk Kim, l’institution dijonnaise étant soucieuse de mettre en valeur la scène asiatique contemporaine (elle est soutenue dans cette mission par la M Art Foundation et, pour cette exposition en particulier, par la galerie Perrotin qui défend l’artiste).

Une peinture pleine de références

Chen Fei, Modern times
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Chen Fei, Modern times, 2021 – 2022

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Acrylique sur toile • 290 × 220 cm • © Courtesy de Chen Fei et Perrotin

Le titre, « Grand Lobby », a été choisi pour taquiner le côté très lisse de sa peinture, nous confie Franck Gautherot : « Il y a l’idée de ces grandes œuvres qui ornent les lobbys des hôtels », un peu démonstratives dans leur technique, inoffensives aussi. Mais Chen Fei est « plus sophistiqué que cela », enchaîne le co-commissaire. « Plus on s’approche, plus on remarque des détails, des citations, des références », comme la bouteille de Perrier ou encore ce personnage du film Chicken Run qui surgit au beau milieu d’une très étrange accumulation de poulets (Modern times, 2021–2022).

Mais le ton n’est pas que farceur. Peinte durant la crise du Covid, cette foule de poulets serrés dans l’espace de la toile évoque la manière extrêmement sévère dont a été géré le confinement en Chine. Tout en bas de la toile, un drôle de petit dessin remplace la signature de l’artiste : ce coq suivi de quatre poussins semble innocent, pourtant il symbolise pour les Chinois une grave entrave aux libertés numériques, puisqu’il s’agit du message d’erreur qui s’affiche lorsqu’un site Internet (comme YouTube) est bloqué par le pouvoir.

Un artiste face à la censure

Joueur, l’artiste qui aime à représenter des femmes nues tâche d’éviter tout problème lors du passage de ses œuvres à la douane en concevant des autocollants en forme de culotte, qu’il retire une fois l’œuvre arrivée en Europe.

De façon très lisible, Chen Fei s’inscrit dans une histoire de l’art internationale, empruntant ses références aux natures mortes des peintres flamands, faisant surgir là un motif emprunté à Picasso, ici un personnage de film d’animation (c’est aussi « un fou de mangas », nous dit le commissaire, et cela se sent dans l’outrance expressive de certaines mises en scène). Il joue aussi avec toutes sortes de symboles, qui complexifient la lecture de chacune de ses toiles. Composée uniquement de grenades (le fruit), Unity (2020) dessine une carte de la Chine qui « pourrait être censurée », nous indique Franck Gautherot, puisque Taïwan est représenté avec une grenade éventrée, traduction d’une protestation.

Exposition « Grand Lobby » de Chen Fei au Consortium Museum de Dijon
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Exposition « Grand Lobby » de Chen Fei au Consortium Museum de Dijon

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© Rebecca Fanuele © Consortium Museum

Joueur, l’artiste qui aime à représenter des femmes nues tâche d’éviter tout problème lors du passage de ses œuvres à la douane en concevant des autocollants en forme de culotte, qu’il retire une fois l’œuvre arrivée en Europe. « Sarcastique, provocant », l’artiste marche sur un fil, entre sujets étrangement sages (une jeune femme tatouée au milieu d’animaux à côté d’une forêt dans Natural History, 2016) et franchement cruels (une table de fête écœurante tant elle déborde de plats gras, Painting of Harmony, 2019). Sous son pinceau, même une corbeille de fruits sous plastique (Gifts, 2016) peut révéler l’absurdité d’un monde où, malgré l’abondance de nourriture et d’objets, la liberté reste largement entravée.

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Chen Fei. Grand Lobby

Du 16 mai 2025 au 2 novembre 2025

www.consortiummuseum.com

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