Hsiao-Chi Tsai & Kimiya Yoshikawa, Pop Blooms and Star series, 2012-2022
Installation lumineuse in situ. Néoprène, feutre, perspex, bois, éclairage LED • Domaine Pommery • © Ballade Studio
Ange Leccia, La Mer, 1991-2021
Mouvement(s) perpétuel(s)
Plus loin, c’est la mer, son flux et son reflux sur le rivage corse, qui nous invite à la rêverie… et plus encore à trente mètres sous terre. Notez l’ironie ! Les vagues recouvrent tout l’écran et l’écume éclabousse l’horizon. Sans début ni fin, cette boucle vidéo illustre à merveille le temps qui passe et son infinité, quand le rythme battant des vagues résonne comme une respiration… La Méditerranée est réduite ici à un motif naturel, simple, épuré. À la faveur du basculement de la caméra à 90 degrés lors de l’enregistrement, le rivage ne s’observe plus dans sa relation privilégiée avec l’horizon. Ange Leccia (né en 1952) nous offre un moment suspendu où le temps et l’espace deviennent la mesure des émotions.
Vidéo • Domaine Pommery • © Ballade Studio / © Adagp, Paris, 2022
Anne-Flore Cabanis, « Direction et aplomb » s’orienter dans la rêverie…, 2022
Poésie mathématique
C’est l’œuvre la plus spectaculaire et saisissante du parcours ! L’installation d’Anne-Flore Cabanis (née en 1979), tout à la fois mathématique et poétique, transforme des interrogations personnelles en explorations universelles. « Jusqu’où notre sens de la vue nous rend-il la réalité et l’essence du monde spatial ? » De la ligne qui ne se recoupe jamais tracée au stylo-bille sur la feuille de papier, l’artiste a tiré en 2001 un protocole qui guide désormais sa pratique plastique. Une écriture qui plonge le spectateur dans un état de « flottement introspectif », pour reprendre ses mots. Aplomb, est l’une de ses matérialisations spatiales ; et les bandes (des sangles utilisées pour l’emballage) s’étirent sans jamais se croiser (c’est le jeu et la contrainte) jusqu’aux sommets des crayères, soit sur 30 mètres de hauteur. Une œuvre majestueuse qui brouille notre perception du temps comme de l’espace.
Domaine Pommery • © Ballade Studio / © Adagp, Paris, 2022
Ghyslain Bertholon, Taupologie de Pommery, 2022
Voyage au centre de la terre
De ces lieux souterrains et caverneux, émerge une taupe… S’est-elle perdue ? Elle sonde en tout cas les espaces. Et notre esprit. Ce qu’explique l’artiste Ghyslain Bertholon (né en 1972) : « TAUPOLOGIE évoque le retour de la nature au cœur des constructions humaines. Une nature que l’on se plaît à plier et à contraindre pour notre confort et notre bon plaisir mais qui finit toujours par renaître. Même dans les endroits les plus inattendus ! […] Les crayères éclairent d’un sens nouveau cette œuvre puisque TAUPOLOGIE émerge ici… 30 mètres sous terre ! Après un temps de monstration donné, l’animal disparaît. L’installation s’efface sans laisser la moindre trace. » Contrairement à nous…
Installation, bronze, et terre végétale • Domaine Pommery • © Ballade Studio / Courtesy Ghyslain Bertholon et School Gallery, Paris
Philippe Ramette, Sans titre, éloge de la paresse 1 (utilisation) (2000) ; Boîte à l’isolement (utilisation) (1989-2004) ; Contemplation irrationnelle (2003) ; Promenade irrationnelle (2003) ; Sans titre (2015)
On marche sur la tête
Puis vient ce long couloir, où l’on semble arpenter le temps avec une mini-rétrospective du truculent Philippe Ramette (né en 1961). Depuis le début des années 1990, l’artiste se met en scène, à travers ses photographies, dans des situations improbables, et expérimente ainsi des points de vue décalés sur le monde. En jouant avec les codes de la perception et en défiant les lois de la physique, l’artiste questionne avec humour et poésie la présence humaine dans l’espace. « Je dirais que mon personnage est pudique, impassible face à des situations complètement irrationnelles. Il est parfois tellement pris dans ses pensées qu’il semble avoir oublié les règles élémentaires de la rationalité. Ce personnage a basculé dans une forme de poésie. »
Photographies couleur • Domaine Pommery • © Ballade Studio / © Adagp, Paris, 2022
Nina Childress, Morning Gym 1 et 2, 2018-2019
Singulières et obsédantes
Changement de lieu, changement d’ambiance. Ici, dans le cellier Pompadour, nouvel espace d’exposition du domaine Pommery, les tableaux sont plus classiquement accrochés sur des cimaises et la rêverie se fait moins labyrinthique, plus lascive aussi… Celle de Nina Childress (née en 1961) prend la forme d’une route déserte, nappée d’une brume matinale, elle tourne… où nous emmène-t-elle ? Nos pensées s’échappent et on se prend à imaginer sa destination. Plus loin, c’est sous la forme d’une jeune femme (et de son double) en pleine séance d’aérobic sur une plage ensoleillée, que nous entraîne l’artiste, dans ces petits matins d’été où le soleil chauffe les joues, le sable les pieds et où le son des vagues nous berce jusqu’à la méditation. Les tableaux de la peintre et ex-chanteuse punk fixent, pour reprendre les mots du commissaire de l’exposition Judicaël Lavrador, « la présence singulière et obsédante d’images déjà-vues, mais pas définitivement perdues dans les oubliettes de notre mémoire… ».
Huile sur toile • Domaine Pommery • © Ballade Studio / © Adagp, Paris, 2022
Lauren Coullard, Coal Mine, 2019
Tableaux hantés
Les créatures qui peuplent les tableaux de la jeune artiste française Lauren Coullard (née en 1981) empruntent leurs traits aux êtres fantastiques des enluminures et tapisseries du musée de Cluny ainsi qu’aux illustrations des livres de Georges Duby. « Par une composition compliquée où les plans s’entrelacent et les lignes se délitent, elle leur prête des expressions mi-angéliques, mi-diaboliques », commente Judicaël Lavrador. Ce cheval ailé nous renvoie à nos rêves enfantins où chevaliers, princesses, sorcières et dragons nous entraînaient dans les plus folles aventures imaginaires.
Huile et acrylique sur toile • Domaine Pommery • © Ballade Studio / © Adagp, Paris, 2022
Isabelle Ferreira, Pétales (#25 – Triptyque), 2020
Pétales colorés
Le travail d’Isabelle Ferreira (née en 1972) s’articule autour des papiers colorés, qu’elle déchire, découpe ou froisse au gré de ses envies, pour composer des paysages abstraits lesquels, enfermés dans leur cadre, évoluent au gré des manipulations qu’on leur fait subir et se fixent dans un équilibre incertain. L’artiste laisse toute la place à la matière, à sa fragilité, sa volatilité et nous fait entrer dans une dimension plus conceptuelle : celle du hasard…
Acrylique sur papier • Domaine Pommery • © Ballade Studio / © Adagp, Paris, 2022
Flora Moscovici, Peu importe si demain est un autre jour [It Doesn’t Matter of Tomorrow is Another Day], 2019
La couleur de nos rêves
Pour ses peintures murales, Flora Moscovici (née en 1985) dit qu’elle « s’inspire des lumières, qu’elles soient imaginaires ou réellement présentes et en propose une forme décalée ». Est-ce là la lumière (ou la couleur) de nos rêves que dépeint l’artiste sur ses bâches ? Elle applique ses couleurs à la brosse ou au pistolet, le plus souvent du sol au plafond, pour obtenir de subtils dégradés. Ses œuvres, en tout cas, jouent à merveille de l’espace et du temps (du geste de l’artiste, de l’histoire de la peinture, de la mémoire du lieu). Aérien !
Encre textile sur papier polyester • Domaine Pommery • © Ballade Studio / Courtesy Flora Moscovici
Experience #16 - Rêveries
Du 26 mai 2022 au 8 novembre 2022
Domaine Vranken Pommery • 5, place du Général Gouraud • 51100 Reims
www.vrankenpommery.com
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Descente au pays des merveilles
Le grand plongeon féérique démarre en empruntant cet escalier vertigineux. Il conduit 30 mètres sous terre dans les crayères à Champagne longues de 18 kilomètres, où la température avoisine les 10 degrés, et ce quelle que soit la saison. C’est là que s’épanouit l’univers fantasmagorique de Hsiao-Chi Tsai (né en 1981) et Kimiya Yoshikawa (née en 1980) – qui combinent leur savoir-faire respectif textile et sculpture. Des sortes de fleurs artificielles de mille couleurs qui, à y regarder de plus près, hybrident monde animal (méduses ou autres invertébrés) et monde végétal. Ces sculptures aux teintes électriques, les deux artistes les confectionnent avec des matériaux inattendus tels que le néoprène ou le feutre, et s’inspirent autant du microcosme que du macrocosme (ou du tourbillon des galaxies). Résultat : des œuvres aussi explosives que délicates…