NOGENT-SUR-SEINE

En partenariat avec Musée Camille Claudel

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Au musée Camille Claudel, la sculptrice se révèle dans ses lettres

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Publié le , mis à jour le
De la plume au ciseau et du ciseau à la plume : passionnée dans son art, Camille Claudel (1864–1943) l’est aussi dans sa vie, où elle a entretenu de longues correspondances. À l’occasion de l’achat de six lettres de l’artiste, le musée Camille Claudel de Nogent-sur-Seine approfondit dans sa nouvelle exposition, les liens entre l’œuvre et l’écrit.
Vue d’exposition “De la plume au ciseau : la correspondance de Camille Claudel”
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Vue d’exposition “De la plume au ciseau : la correspondance de Camille Claudel”

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© Frédéric Lopez

« Comment pouvez-vous dormir sur vos deux oreilles pendant que des quantités de femmes sculpteurs s’écrient : à l’aide au secours je me noie ! » En réalité, c’est surtout de sa propre condition que parle Camille Claudel dans cette lettre au fondeur Eugène Blot en avril 1905. Restés dans la famille de Blot jusqu’alors, six de ces courriers viennent d’intégrer les collections du musée Camille Claudel de Nogent-sur-Seine. C’est le point de départ de l’exposition qui vient d’y ouvrir, l’occasion de présenter une Camille sans filtre, passionnée, révoltée, parfois excessive, souvent aussi drôle et amicale, terriblement humaine !

Vue d’exposition « De la plume au ciseau : la correspondance de Camille Claudel »
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Vue d’exposition « De la plume au ciseau : la correspondance de Camille Claudel »

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© Frédéric Lopez

La rencontre avec Blot se fait par l’intermédiaire du critique Gustave Geffroy en 1904 et le fondeur devient éditeur des bronzes de Claudel, et principal diffuseur de sa sculpture. Les échanges rassemblés sur une période ramassée de 1905 à 1906 éclairent sur tous les aspects de la vie d’artiste, de l’amour du travail bien fait aux difficultés financières et au manque de reconnaissance. Au cœur des échanges, la commande d’un monument au révolutionnaire Auguste Blanqui à Puget-Théniers (Alpes-Maritimes) qui revenait à la sculptrice et devait asseoir sa renommée. Celle-ci finit pourtant par la refuser : « très mécontente de la façon dont on agit avec moi de tous côtés sans que je le mérite, je refuse la statue de Blanqui et n’irais pas à Puget-Théniers » ou, dans une autre lettre : « Je n’étais pas forcée de faire une statue pour 7500 francs qui avec ma manière de faire m’en aurait coûté 15 000 ».

Dans l’intimité torturée de la créatrice

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© Frédéric Lopez

Mais l’exposition élargit le propos, en s’appuyant sur d’autres lettres prêtées par les musées Rodin et d’Orsay. On y découvre une jeune fille partageant des politesses avec son amie Florence Jeans dans les années 1880, et, bien entendu, la fin tendue de la relation avec Auguste Rodin en 1897. Mais même lorsque leur liaison bat de l’aile, Camille accorde de l’importance au regard de Rodin sur la sculpture d’Hamadryade qu’elle a achevée, auprès de son mécène Maurice Fenaille : « Si mons. Rodin va voir ce buste vous seriez bien aimable de me transmettre franchement son appréciation. »

À l’époque des lettres à Eugène Blot, Rodin est devenu l’ennemi intime, le « Sieur la Fouine » dont la main invisible serait à l’origine de la commande mal rémunérée de Blanqui et éloignant Camille de Paris. « En réalité, si Rodin a continué à soutenir Claudel après leur séparation, pour  la commande de monument à Blanqui, il n’y a aucune trace d’une intervention de sa part. », comme le dit Cécile Bertran.

Vue d’exposition « De la plume au ciseau : la correspondance de Camille Claudel »
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© Frédéric Lopez

La suite est déchirante. La sculptrice s’enfonce dans la marginalité. Camille survit pourtant dans sa propre tragédie grâce à l’humour, prétendant par exemple ne pouvoir sculpter Blanqui car elle « n’aime pas les gens qui ont la tête en forme de concombre ». Elle fait aussi preuve d’autodérision quand elle décrit son état à Blot en 1906 : « Après avoir vainement sollicité une place à l’asile des vieillards de l’assistance publique qui se trouvait comble, j’ai fini par me faire admettre aux Enfants-Trouvés où, grâce à mon jeune âge et à mon innocence reconnue par les différents examens médicaux auxquels j’ai été soumise, on me donne le berceau et la layette mais pas de biberon. » Pour Cécile Bertran, « Camille Claudel ne se considère pas comme une femme de lettres mais son écriture est relevée, usant de registres différenciés, et notamment d’ironie et d’un humour cynique quand elle s’adresse à Blot ».

On connait alors la suite de l’histoire avec son internement en 1913 jusqu’à sa mort trente ans plus tard. Camille demeure l’une des artistes les plus populaires et la présentation de ces lettres, confrontée à la réalité des œuvres, offre de nouvelles lumières. En outre, cette acquisition originale témoigne de l’action du musée à élargir ses collections, à ne pas bouder le papier puisque les lettres rejoignent par exemple les trente carnets de dessins de Paul Dubois récemment acquis. Le musée n’est pas en effet dédié uniquement à Camille Claudel mais se veut un centre de référence pour la sculpture de son temps. Un temps où il n’allait pas de soi qu’une femme sculpte, quel que soit son talent.

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De la plume au ciseau : la correspondance de Camille Claudel

Du 16 septembre 2023 au 7 janvier 2024

www.museecamilleclaudel.fr

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À lire :

Camille Claudel : correspondance

Retrouvez dans l’Encyclo : Camille Claudel

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