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Rouen

Au musée de l’Éducation, les artistes de retour sur les bancs de l’école

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Ah, l’école ! Son tableau noir, ses contrôles surprises, sa cour de récré… et ses multiples enjeux de société. En collaboration avec le Frac Normandie, le musée national de l’Éducation de Rouen convoque le regard d’artistes contemporains sur l’éducation. Des manuels scolaires à la question de l’autorité, 93 œuvres questionnent notre rapport au savoir et à l’enseignement. Sortez vos trousses, ouvrez vos cahiers.
Gilles Saussier, Tableau de classe I de la série 180 km avant la mer
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Gilles Saussier, Tableau de classe I de la série 180 km avant la mer, 2016

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Installation dans l'ancienne école primaire Georges Sand : Pont-Audemer. Impression pigmentaire sur canson platine Rag, contrecollée sur aluminium • © SAIF

Il suffit d’un tableau noir pour revenir à l’école. Le musée national de l’Éducation joue d’emblée la carte de l’immersion en restituant, dans son parcours permanent, l’atmosphère d’une salle de classe sous la IIIe République. Dès le début du parcours de l’exposition « La Bonne éducation », le Tableau d’école (1995) de Noël Dolla imite, au moyen de la peinture, la surface noire du tableau des fastidieuses leçons de géométrie. Pas si abstraite, la toile, avec ses traits de tarlatane (tissu dont sont faits les pansements), évoque les traumatismes de l’enfance. Quand bien même nombre d’artistes réactivent le souvenir de l’école en usant de références communes, des cahiers pour Dorothée Selz et Yann Sérandour ou des lignes d’écriture pour Gilles Barbier, le propos ne se veut pas nostalgique. Mettant en scène des photos de classes, Christian Boltanski fait appel à la mémoire collective : il souligne, avec ces images, à quel point l’enfance est une période charnière et combien sont cruciaux les enjeux de l’éducation. L’école est synonyme de premières expériences, parfois violentes, de la vie en société.

Eric Duyckaerts, One Forearm Hypothesis
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Eric Duyckaerts, One Forearm Hypothesis, 1994

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Coll. Frac Provence-Alpes-Côte d’Azur • © Eric Duyckaerts / Photo: Yves Gallois

Les objets incarnant le savoir, du squelette de sciences naturelles aux cartes géographiques en passant par les différents manuels, deviennent, entre les mains des artistes, des objets de curiosité. Que disent en effet les méthodes pédagogiques de notre rapport à la connaissance ? Longtemps, on a conçu la relation du maître à l’élève dans une direction unique, avec une diffusion verticale des connaissances. Éric Duyckaerts, avec l’œuvre One forearm Hypothesis (1994), montre les limites de ce raisonnement en parodiant l’idée du cours magistral sous la forme d’une vidéo-conférence. Vêtu d’une blouse, l’artiste – avec une autorité toute professorale – soutient un cours d’anatomie comparée des plus farfelus, selon lequel l’Homme aurait eu par le passé deux pouces à chaque main. Le professeur, dépositaire du savoir, a trop souvent été représenté en position de domination sur l’apprenant, au risque de lui faire répéter ses propres erreurs. Nombre d’artistes cherchent alors à inclure une part d’ignorance dans ces objets de transmission, comme Julien Discrit qui, avec sa série Terrae Incognitae (2015), évide des plans topographiques de la Guyane là où le satellite n’a pu être assez précis.

Vue de l’exposition “La Bonne éducation. Regard contemporain sur l’éducation” au musée national de l’Éducation
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Vue de l’exposition “La Bonne éducation. Regard contemporain sur l’éducation” au musée national de l’Éducation

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© Munaé

L’accès au savoir est un enjeu de pouvoir et les artistes qui ont imaginé des abécédaires en sont particulièrement conscients. Le b.a.-ba donne en effet des clés pour lire le monde, ainsi qu’un horizon mental, comme le montre une section à part de l’exposition. Si Jacques Villeglé choisit le A pour faire lire « Anarchiste », Annette Messager désigne avec la même lettre un âne. Plus que des déclinaisons graphiques, ces choix révèlent des prises de positions politiques. Quels exemples choisit-on de donner de la vie en société ? Quelle vision du monde véhicule-t-on à travers les premiers mots que l’on donne à apprendre ? Par exemple, l’invisibilisation des femmes dans les manuels scolaires ou dans les différentes disciplines a été récemment largement démontrée. Les artistes présentés dans l’exposition plaident, dans l’ensemble, pour une conception de l’éducation plus ouverte, plus souple, qui intègre les notions mêmes d’ignorance et de doute. Une bonne éducation serait ainsi, selon les travaux du philosophe Jacques Rancière dans Le Maître ignorant (1987), une relation entre maître et élève établie sur une base d’échanges et de dialogues.

Vue de l’exposition « La Bonne éducation. Regard contemporain sur l’éducation » au musée national de l’Éducation
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Vue de l’exposition « La Bonne éducation. Regard contemporain sur l’éducation » au musée national de l’Éducation

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© Munaé

L’exposition nous amène à considérer différentes méthodes pédagogiques et finalement à réévaluer la place du jeu dans l’enseignement. Le sculpteur britannique Tony Cragg a ainsi conçu en 1990 un kit de chimiste avec des formes ludiques, qui incitent les enfants à faire leurs propres découvertes (Test tubes II). D’autres artistes réfléchissent, en s’appuyant aussi bien sur les textes de Jean-Jacques Rousseau que ceux de Maria Montessori, à la manière dont les enfants pourraient construire eux-mêmes leur apprentissage. Le duo d’artistes Jérôme Dupeyrat et Laurent Sfar, invité en résidence au musée national de l’Éducation, a ainsi réalisé le court-métrage La Réserve en explorant les fonds patrimoniaux. Au travers de rayonnages conservant des siècles d’outils pédagogiques, on observe des enfants jouer et apprendre, démontrant combien les méthodes d’apprentissage n’ont cessé d’évoluer vers plus d’interaction avec l’enfant. Une œuvre à l’image du musée, qui nous éveille aux défis qui attendent chaque jour élèves et professeurs.

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La bonne éducation : regards contemporains sur l'école

Du 21 septembre 2019 au 2 février 2020

www.reseau-canope.fr

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