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Biennale de Venise : les pavillons les plus excitants

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Publié le , mis à jour le
À quelques jours du top départ de la Biennale de Venise, la question est sur toutes les lèvres. Qui gagnera le Lion d’or du meilleur pavillon ? Entre les délires tentaculaires de Laure Prouvost pour la France, la guérilla glam-rock de Boudry & Lorenz pour la Suisse et les vidéos polaires d’Isuma pour le Canada, notre cœur balance…

1. Pavillon français : mille salades écrites à l’encre de poulpe

« Laure Prouvost – Deep See Blue Surrounding You / Vois ce bleu profond te fondre » • Giardini

Des poulpes qui vous prennent dans leurs tentacules pensants, un voyage initiatique, des récits à tout-va… Bien malin qui pourrait prédire à quoi va ressembler le pavillon français sous influence de Laure Prouvost : l’artiste est si fantasque, si prompte à s’enfuir vers le mentir-vrai, si farfelue dans ses choix esthétiques, que le public peut s’attendre à tout. Ce que l’on en sait, tout de même ? Pour la biennale, l’artiste a inventé un univers immersif, qui se déploie autour d’un road-movie tourné en début d’année. « Deep see blue surrounding you/Vois ce bleu profond te fondre », composé avec l’aide de la commissaire d’exposition Martha Kirszenbaum, qui s’y connaît, elle aussi, en exubérance, s’envisage, selon cette dernière, comme « un voyage échappatoire vers un ailleurs idéal, teinté d’utopie et de surréalisme. Un périple vers un univers liquide et tentaculaire, porté par une réflexion autour des générations et de l’identité, de ce qui nous lie ou de ce qui nous éloigne ».

Mais, pour être plus précis ? « Ce sera un pavillon idéal, où des vers de terre nous masseront les pieds, où les avions fonctionneront à la pomme de terre, où il pleuvra des graines de grenade. Ici les poulpes nagent le long des murs, et l’on utilise leur encre pour écrire des romans. Et derrière chaque pierre se cachera une framboise rapportée par les poissons. » Les mots d’ordre de ce pays des merveilles ? « Déconnexion, décalage, exploration du langage et de son appropriation et surtout de ses mésappropriations », ces lapsus et autres détours qu’entraîne toute traduction, et dont raffole l’artiste française installée à Londres depuis ses 18 ans. Français, italien, arabe, anglais, magie, danse, musique… sur la planète Prouvost, on parle mille langues. Venise apparaît comme une inspiration essentielle, « ville flottante conçue sur l’eau et par l’eau, mais aussi ville de façade ». Cela n’empêche pas la titulaire du Turner Prize 2013 de nous embarquer dans son voyage vers la banlieue et les tours Nuages de Nanterre dessinées par Émile Aillaud, de faire un stop à la Grande Borne de Grigny, après un coucou au Facteur Cheval, pour finir sur les terrils du Nord, d’où est originaire l’artiste. Bref, Martha Kirszenbaum le promet : « Nous allons vous en raconter des salades ! »

Laure Prouvost, Extrait de <em>Deep See Blue Surrounding You</em>
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Laure Prouvost, Extrait de Deep See Blue Surrounding You, 2019

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© Laure Prouvost / Courtesy galerie Nathalie Obadia, Paris-Bruxelles ; Carlier Gebauer, Berlin : Lisson Gallery, Londres, New York.

2. Pavillon autrichien : contestataire depuis 1970

« Renate Bertlmann – Discordo Ergo Sum » • Giardini

Dans la famille Valie Export, je demande Renate ! On pourrait ne voir en elle que la version autrichienne, et méconnue, de Cindy Sherman, tant elle a su se grimer et se métamorphoser de la façon la plus sarcastique. Mais ce serait méjuger du travail de cette pionnière de l’art féministe, qui œuvre depuis près d’un demi-siècle. Première femme à investir ce pavillon en cent vingt ans, Renate Bertlmann promet de secouer le Landernau. Titre de son projet : « Discordo Ergo Sum ». Je conteste, donc je suis. Un appel à la résistance modéré par une autre digression autour du slogan cartésien, « Amo Ergo Sum », qu’elle met en scène dans une installation invasive. Éros et Thanatos, donc je suis.

Renate Bertlmann, Ex Voto
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Renate Bertlmann, Ex Voto, 1985

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© Renate Bertlmann

3. Pavillon écossais : de nature queer et sauvage

« Charlotte Prodger » • Arsenale

Explorer la queer wilderness dans le texte : voilà l’excitante ambition de la toute dernière Turner Prize. Charlotte Prodger dévoile à Venise un film où elle mêle road movie rural et gender studies, de sa manière si singulière. « Moi qui m’identifie comme queer, je suis fascinée par les limites fluides de l’identité, qu’il s’agisse de genre ou de géographie », résume-t-elle, en exploratrice de l’intime qui aime à prendre le détour du paysage.

Charlotte Prodger en Écosse, en 2018
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Charlotte Prodger en Écosse, en 2018

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Photo Patrick Staff

4. Pavillon canadien : récits de la banquise

« Isuma » • Giardini

Nation inuit à l’honneur ! Peu de pays sont aussi attentifs à la création des peuples autochtones que le Canada. La preuve avec ce pavillon, confié au collectif Isuma. Un terme qui signifie, en inuktitut, « état de conscience ». Les artistes sélectionnés dévoilent d’un point de vue contemporain les richesses de cette culture passée, en une génération, « de l’âge de pierre à l’ère digitale », résume Zacharias Kunuk, l’un des chefs de file de cette compagnie qui œuvre notamment à recueillir grâce à l’art vidéo les récits des descendants de Nanouk.

Noah Piugattuk, Extrait de <em>Maliglutit (Searchers)</em>
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Noah Piugattuk, Extrait de Maliglutit (Searchers), 2016

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© Isuma Distribution International

5. Pavillon britannique : tableaux morts-vivants

« Cathy Wilkes » • Giardini

Des silhouettes sans visage, des objets à l’âme mélancolique, des tableaux vivant comme seuls les fantômes savent vivre… Par ses absences, par ses silences, l’univers envoûtant de Cathy Wilkes devrait faire s’engouffrer les visiteurs dans un monde flottant, ordonnancé par la silhouette de mannequins en déshérence. Au programme, deuil et tendresse, empathie et autobiographie… L’artiste, née en Irlande du Nord, élevée en Écosse et consacrée l’an passé par le MoMA PS1, est dans la top list du Lion d’or.

Cathy Wilkes, Untitled
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Cathy Wilkes, Untitled, 2016

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Photo Pablo Enriquez.

6. Pavillon du Luxembourg : l’Europe liquide

« Marco Godinho – Written by Water » • Arsenale

Le Luxembourg déménage, et quitte son charmant palais sur le Grand Canal pour l’Arsenale. Un geste symboliquement fort, qu’il accompagne d’un choix parfait : Marco Godinho est un artiste passionnant. Il a composé ici « une rêverie à la Homère, autour d’allers-retours entre le centre de l’Europe qu’est le Luxembourg et un sud rêvé et précaire », résume cet enfant de la révolution des Œillets. Un cahier plongé dans l’eau de la Méditerranée, en un geste rituel, « travail d’invisible mémoire sur ce cimetière à ciel ouvert qu’elle est devenue », des Iliades évidées pour n’en laisser apparaître que le squelette, des récits traversés de vent et des rencontres aveugles…. Son odyssée de peu devrait s’inscrire merveilleusement dans les vapeurs de Venise.

Marco Godinho, Left to Their Own Fate #2
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Marco Godinho, Left to Their Own Fate #2, 2019

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© Marco Godinho

7. Pavillon suisse : la palme du glam

« Pauline Boudry & Renate Lorenz Salon suisse » • Giardini

En cette Venise 2019, les femmes sont à l’honneur. Mais c’est le pavillon suisse qui remporte la palme. Sous la houlette de Charlotte Laubard (ancienne directrice du CAPC de Bordeaux à qui l’on doit notamment une belle Nuit blanche parisienne), les détonantes Pauline Boudry & Renate Lorenz mettent en scène une vaste installation autour de leur dernier opus vidéo, parabole politique sur l’acceptation de la différence. Où il sera question de résistance, de techniques de guérilla, de danse urbaine et, bien sûr, de culture queer, comme toujours chez ce fascinant duo glam-activiste.

Pauline Boudry & Renate Lorenz, Opaque
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Pauline Boudry & Renate Lorenz, Opaque, 2014

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Coll. Frac Lorraine, Metz • © Pauline Boudry et Renate Lorenz

8. Pavillon chilien : portraits de nations d’opprimés

« Voluspa Jarpa – Altered Views » • Arsenale

Faire vriller les récits des dominants, réécrire l’histoire du point de vue des opprimés, casser les perspectives classiques : Voluspa Jarpa est tout entière à ce combat, qu’elle exploite des archives déclassifiées des services secrets américains ou qu’elle évoque la propagande des années de plomb en Italie. Pour Venise, elle s’emploie une nouvelle fois à déjouer les grands récits européocentrés à travers, notamment, une série inédite de « portraits subalternes ». La beauté par la marge…

Voluspa Jarpa, Galería de Retratos Subalternos: Histérica 2
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Voluspa Jarpa, Galería de Retratos Subalternos: Histérica 2, 2019

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Photo Rodrigo Merino

9. Pavillon ghanéen : première !

« Ghana Freedom » • Arsenale

Pour un coup d’essai, c’est un coup de maître ! Le Ghana inaugure sa toute première participation avec une collection de pépites. Même la scénographie est stylée, inspirée des maisons de terre en ellipse de l’est du pays et signée de l’architecte David Adjaye (auteur, notamment, du Smithsonian National Museum of African American History and Culture à Washington). Quant aux artistes ? La vedette El Anatsui et ses tentures d’or, la peintre Lynette Yiadom-Boakye, célèbre pour ses portraits, ou encore le somptueux vidéaste John Akomfrah.

John Akomfra, Extrait de <em>Mimesis: Seven Ambiguities of Colonial Desenchantment</em>
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John Akomfra, Extrait de Mimesis: Seven Ambiguities of Colonial Desenchantment, 2018

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© Smoking Dogs Film / Courtesy Lisson Gallery, Londres

10. Pavillon américain : quel statut pour la liberté ?

« Martin Puryear – Liberty / Libertà » • Giardini

Cette exposition, il l’a imaginée « comme artiste, autant que comme citoyen ». Rien d’étonnant pour qui connaît le travail de Martin Puryear : voilà près de cinquante ans que le vétéran des pavillons vénitiens (il est né en 1941) interroge les notions de démocratie et de citoyenneté, ainsi que l’histoire du peuple noir. Mais le mystère plane encore sur les nouvelles sculptures qu’il va installer dans le bâtiment néoclassique des États-Unis, et sur l’installation monumentale qu’il a imaginée pour la cour.

11. Pavillon albanais : 1983, année dystopique

« Driant Zeneli – Maybe the Cosmos Is Not So Extraordinary » • Arsenale

« Peut-être le cosmos n’est-il pas si extraordinaire » : à partir de cette boutade, Driant Zeneli, jeune talent né en 1983, nous fait basculer dans une science-fiction en trois dimensions, inspirée du roman On the way to Epsilon Eridani (1983) du physicien albanais Arion Hysenbegas. Au cœur de son installation immersive, une parabole géopolitique tournée à Metallurgjik, complexe sidérurgique désaffecté qu’il fait basculer dans la dystopie. Pour imaginer ce pavillon, l’artiste albanais a été accompagné par Alicia Knock – 36 ans, elle aussi –, conservatrice au Centre Pompidou et très bonne connaisseuse de cette scène émergente.

Driant Zeneli, Maybe the Cosmos Is Not So Extraordinary
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Driant Zeneli, Maybe the Cosmos Is Not So Extraordinary, 2019

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© Driant Zeneli / Courtesy prometeogallery di Ida Pisani, Milan

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58e Biennale de Venise - « May You Live In Interesting Times »

Du 11 mai au 24 novembre 2019

Giardini, Arsenale et à travers la ville

www.labiennale.org

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