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Caravage, Madeleine en extase (Madeleine «Klain»), 1606
Huile sur toile • 106,5 x 91 cm • Coll. particulière
Maître absolu du clair-obscur qu’il a poussé à son paroxysme dans des compositions théâtrales au réalisme exacerbé, Caravage (1571–1610) fut tellement admiré par ses contemporains qu’il donna naissance à un mouvement : le caravagisme. Sa vie sulfureuse dans les bas-fonds romains – il est plusieurs fois arrêté et emprisonné pour agressions, insultes aux forces de l’ordre, port d’arme illégal et tapage nocturne – et sa chute brutale en 1606 (l’obligeant à fuir vers Naples puis Malte après avoir tué un homme en duel) ont parachevé le mythe. La fascination pour le ténébreux artiste ne s’est depuis jamais tarie. Les propositions de nouvelles attributions, venant enrichir le corpus de son œuvre, déchaînent régulièrement les passions et le moindre événement évoquant son nom suscite l’engouement du public.
L’exposition que lui consacre aujourd’hui le musée Jacquemart-André est donc attendue avec impatience, voire une certaine fébrilité dans les rangs des spécialistes. Ayant réussi l’exploit de rassembler dix de ses tableaux (sur les quelque 80 connus), comme le mélancolique Joueur de luth, conservé au musée de l’Ermitage de Saint-Pétersbourg et présenté pour la première fois en France, l’institution parisienne se concentre sur les années romaines du peintre, celles du succès avant son départ précipité.
Arrivé dans la Ville éternelle un peu avant la trentaine, alors inconnu et sans-le-sou, le peintre d’origine milanaise connaît une ascension fulgurante. Quelques années lui suffisent pour séduire les personnalités les plus influentes de la cité, jusque dans les rangs de la papauté. Soutenu par de prestigieux mécènes comme le cardinal Francesco Maria Del Monte ou le marquis Vincenzo Giustiniani, il reçoit d’importantes commandes – sa Mise au tombeau exécutée pour l’église Santa Maria della Vallicella remporte un succès phénoménal –, tandis que collectionneurs privés et pinacothèques s’arrachent ses œuvres à la vérité troublante, conçues pour toucher directement au cœur le spectateur, dans l’esprit de la réforme du Concile de Trente. À l’image du Jeune Saint Jean-Baptiste au bélier (1602).
Caravage, Le Jeune Saint Jean-Baptiste au bélier, 1602
Cette représentation charnelle d’un saint espiègle et rieur fait aussi référence à la « joie chrétienne », que sont censées procurer la foi et la résurrection du Christ.
Huile sur toile • 129 × 94 cm • Coll. Musei Capitolini, Rome • © Roma, Sovrintendenza Capitolina ai Beni Culturali
Cet adolescent souriant a engendré pléthore de commentaires, l’artiste ayant délibérément choisi de représenter l’ermite nu et sans ses attributs traditionnels (l’agneau, la croix, le vêtement de peau). La scène fait ici plutôt référence à l’épisode biblique du sacrifice du bélier par Abraham à la place de son fils Isaac, considéré comme la préfiguration de celui du Christ. Interprété comme une oeuvre à l’érotisme homosexuel dans les années 1970, le tableau a également fait l’objet de divers débats avant d’être donné avec certitude à Caravage. D’autres œuvres comme Ecce Homo, provenant du Palazzo Bianco de Gênes continuent de laisser sceptiques certains connaisseurs.
Caravage, Ecce Homo, vers 1605
Huile sur toile • 128 x 103 cm • Coll. & © Musei di Strada Nuova, Gênes • © Photo Scala, Florence.
L’accrochage du musée Jacquemart-André sera l’occasion de se pencher sur ces questions d’attribution particulièrement épineuses dans le cas de Caravage, tant il fut copié, même de son vivant. Exceptionnellement réunies, les Madeleine en extase, celle connue sous le nom de Madeleine Klain et l’autre récemment découverte par l’historienne de l’art Mina Gregori dans une collection privée, pourraient ainsi permettre aux spécialistes de se prononcer pour savoir laquelle des deux est la version originelle… Quant au sanglant Judith décapitant Holopherne, prêté par le palais Barberini de Rome, sa présence à Paris apportera peut être de nouveaux éléments aux experts chargés de se prononcer sur l’authenticité d’une autre version découverte en 2014 chez un particulier à Toulouse et classé trésor national dans la foulée. L’État a jusqu’au mois de novembre pour se décider d’en faire l’acquisition, délai au-delà duquel il sera proposé en vente sur le marché de l’art international. D’ici là, chacun pourra se délecter au musée de sa présence et des autres œuvres de celui que le poète Giulio Cesare Gigli saluait cinq ans après sa mort comme « le premier des peintres, la merveille de l’art, l’étonnement de la nature, bien que la cible ensuite d’un triste sort ».
Caravage face à ses meilleurs ennemis
Le musée Jacquemart-André se penche sur les années romaines de Caravage en évoquant ses liens avec les intellectuels, artistes, poètes, érudits et marchands de son époque, ses relations houleuses avec ses ennemis et rivaux, pouvant dégénérer en des rixes violentes, et plus largement le contexte culturel de la Ville éternelle au XVIIe siècle. Face aux dix œuvres de Caravage, celles de ses contemporains tels que le Cavalier d’Arpin, Annibal Carrache, Orazio Gentileschi, Giovanni Baglione et Jusepe de Ribera.
Caravage à Rome, amis et ennemis
Du 21 septembre 2018 au 28 janvier 2019
Musée Jacquemart-André • 158, boulevard Haussmann • 75008 Paris
www.musee-jacquemart-andre.com
À lire
Journal d'expo
Beaux Arts Éditions • 16 p. • 5 €
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L’artiste offre une image radicalement nouvelle de la sainte, débarrassée de ses atours superflus pour se consacrer tout entière à l’extase divine.