Artaud Frères, « Saint-Aubin-sur-Mer (Calvados). La Plage », XXe siècle
coll. Musée de La Poste • © T.Debonnaire
Et si la carte postale, en ce qu’elle raconte de nos congés, de nos goûts, de nos façons d’écrire à nos proches, était notre plus fidèle autoportrait ? À Paris, le musée de la Poste consacre à la question une exposition fascinante, historique, aussi bien qu’ethnologique.
Réunies par thèmes, les cartes révèlent d’abord un peu de notre rapport au paysage, ou comment ses dix centimètres par quatorze contribuent dès le milieu du XIXe siècle à façonner nos visions (plus ou moins stéréotypées, voire carrément orientalistes) de l’ailleurs : Athènes et son Parthénon, Venise et ses gondoles, Tahiti et ses vahinés, Courchevel et ses pistes de ski, les colonies et leurs habitantes voilées…
Carte postale, Le Grand canal à Venise, fin XIXe siècle – début XXe siècle
Jamais innocente, elle raconte un besoin d’arpenter le monde à toute vitesse, de s’en vanter, de ne rien voir ou presque des spécificités locales, pour n’en retenir qu’un souvenir rapide.
Support de nos rêves de ciels bleus, de nos fantasmes de fesses rondes (les images choisies relevant alors clairement du sexisme grossier !) et de nos envies de nature habitée de bouquetins et de marmottes, la carte postale est le reflet fidèle d’une industrie du tourisme en plein essor. Jamais innocente, elle raconte l’empire grandissant d’un besoin d’arpenter le monde à toute vitesse, de s’en vanter, de ne rien voir ou presque des spécificités locales, pour n’en retenir qu’un souvenir rapide, déjà bâti par d’autres. Ainsi les éditeurs de cartes postales, « entrepreneurs de l’image », nous dit-on ici, retravaillent sans cesse leurs répertoires, afin de les faire coller au mieux à l’air du temps et au goût dominant — difficile de faire plus conventionnel…
Au-delà du simple commerce, la carte postale est aussi un pur objet de tendresse. Le musée pointe alors des habitudes universelles : écrire quelques mots gentils, laisser un enfant faire des fautes d’orthographe pour sa chère « titine », indiquer sur un paysage où se trouve la location de vacances par une petite croix (« ma chambre » au bout d’une flèche pointée sur le Mont-Saint-Michel).
Mathieu Pernot, « Dorica Castra » (extrait) d’après des cartes postales éditées par Lapie vers 1955–1965 (2017)
© Mathieu Pernot
Puis viennent les artistes contemporains, nombreux à avoir travaillé à partir de cartes postales : Mathieu Pernot recomposant un paysage impossible à partir de centaines de cartes (Dorica Castra, 2017), Corinne Vionnet superposant des images d’un même monument pour traduire l’affluence des touristes et un regard archi-formaté (« Photo Opportunities », depuis 2005)… À noter, pour poursuivre l’exploration : la galerie Georges-Philippe et Nathalie Vallois ouvrira le 10 novembre « Greetings from », accrochage réunissant une vingtaine d’artistes ayant créé des œuvres à partir de cartes postales (Marcelle Cahn, Jean Dubuffet, Yves Klein, Martin Parr). Un support décidément pas si anodin !
Nouvelles du paradis
Du 6 septembre 2023 au 18 mars 2024
Musée de la Poste • 34 Boulevard de Vaugirard • 75015 Paris
www.museedelaposte.fr
Greetings from
Du 10 novembre 2023 au 22 décembre 2023
Galerie Vallois • 33 Rue de Seine • 75006 Paris
www.galerie-vallois.com
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