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Musée d’art moderne et contemporain – Strasbourg

Marcelle Cahn : une expo rend enfin hommage à cette poétesse des formes

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Publié le , mis à jour le
Avant Saint-Étienne et Rennes, l’œuvre immense de l’oubliée Marcelle Cahn est célébré à Strasbourg, sa ville natale. De ses premiers essais expressionnistes aux collages sur cartes postales de la fin de sa vie, l’artiste a exploré différents courants de l’art moderne, s’en écartant parfois, singulière toujours. Une grande artiste sort de l’ombre.
Marcelle Cahn, Sans titre
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Marcelle Cahn, Sans titre, vers 1972-1975

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collage sur carte postale • Coll. particulière • Photo : François Doury

Shirley Goldfarb et Gregori Mazurowski, Marcelle Cahn
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Shirley Goldfarb et Gregori Mazurowski, Marcelle Cahn

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tirage argentique • Archives du MAMCS, Fonds Marcelle Cahn • Photo : Mathieu Bertola, Musées de la Ville de Strasbourg

Une petite gommette rouge flotte sur un grand pan de carton clair. Au bas de cette œuvre de 1977, une inscription laconique : « Le vide ». Lorsqu’elle réalise ce collage joueur, cosmique et on ne peut plus minimaliste, Marcelle Cahn (1895–1981) n’est pourtant plus que l’ombre d’elle-même. À 82 ans, elle est pensionnaire depuis plusieurs années de la fondation Galignani à Neuilly-sur-Seine, une maison de retraite pour artistes, où elle ne quitte guère son lit. Sa vision déclinante et différents ennuis de santé l’ont éloignée du monde de l’art, mais pas de sa pratique : modestement, à partir d’emballages, de cartes postales, de papeterie et de gommettes, elle poursuit vaillamment son travail des lignes et des équilibres, des compositions et des harmonies visuelles. Malade, oui, mais habitée d’une force créative, la même qui l’a vue créer un millier d’œuvres au fil de sa longue carrière (peintures, dessins, sculptures), écrire de la poésie, s’intéresser à la musique : l’artiste vit encore.

Marcelle Cahn, Spatial II
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Marcelle Cahn, Spatial II, 1969

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Collage de bois peint sur structure de bois • Musée Unterlinden, Colmar • © Musée Unterlinden Colmar

Proche de nombreuses plasticiennes (Nadia Léger, Sonia Delaunay…), Marcelle reste dans les mémoires comme une personnalité généreuse.

Si Marcelle Cahn a échappé aux radars des grandes expositions de ces dernières décennies, c’est qu’en plus d’être une artiste femme, elle a toujours été discrète, peu bavarde sur son art. Elle n’a d’ailleurs que peu vendu de son vivant ; elle n’avait guère besoin d’attirer l’attention des critiques ou même du public. La Strasbourgeoise a toujours préféré le regard avisé de ses pairs. Proche de nombreuses plasticiennes (Nadia Léger, Aurelie Nemours, Sonia Delaunay…), Marcelle reste dans les mémoires comme une personnalité généreuse, qui a offert nombre de ses œuvres (elle disait « choses ») aux personnes qui s’intéressaient à sa démarche. Artiste obstinée, chercheuse, elle a transformé des boîtes de médicaments en totems sublimes, tel ce Spatial de 1969, et prouvé qu’on pouvait créer de grandes œuvres, bouleversantes et subtiles, à partir de rien.

Marcelle Cahn, Les Trois raquettes
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Marcelle Cahn, Les Trois raquettes, 1926

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Musée d’Art et d’Histoire, Cholet • Photo : Alexandre Production

Avide d’art dès ses plus jeunes années, Marcelle se forme d’abord à Berlin, où l’oriente la Première Guerre mondiale qui vient de débuter. Elle y rencontre la poétesse Else Lasker-Schüler et l’expressionnisme allemand. Les années 20 la voient (enfin) découvrir Paris, l’académie de la Grande Chaumière, les modèles qui la hantent longtemps – « le nu m’a toujours travaillée », déclarera-t-elle cinquante ans plus tard, elle qui s’est volontiers écartée des rigueurs de l’abstraction dans le dessin, qu’elle travaille comme un journal, un secret, une échappée. À Paris, elle s’exerce sous le regard de Fernand Léger, se rapproche d’Amédée Ozenfant, apprend très vite. Une salle de peintures puristes, alignant Le Dirigeable (1926), Le Pot (1926) ou encore Femme à la raquette (1927), témoigne de cette époque et de son talent pour les compositions en aplats de couleurs, dont elle maîtrise l’harmonie.

Marcelle Cahn, Sans titre (Main)
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Marcelle Cahn, Sans titre (Main), 1930

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dessin au crayon noir • Photo : Mathieu Bertola, Musées de la Ville de Strasbourg

Ce lyrisme dit beaucoup de son esprit libre, et de son infinie délicatesse.

Puis, c’est la rupture. En 1930, Marcelle Cahn quitte le milieu parisien où elle commençait à se faire une place et une (bonne) réputation, et rentre à Strasbourg. Pourquoi ? Difficile à dire, peut-être à cause de ses problèmes financiers, de pressions diverses, ou à cause de la montée des fascismes en Europe, qui menacent la jeune femme juive. Elle reviendra à Paris bien plus tard, en 1946, sans jamais retrouver l’émulation des années 20. Pendant cette période de retrait, elle dessine beaucoup. Des silhouettes, des lignes sensuelles, des ombres vaporeuses qui tranchent nettement avec ses années puristes. Ces feuilles apparaissent dans le parcours comme un trou d’air, un rêve, une parenthèse singulière. Ce lyrisme, insoupçonnable dans ses premiers travaux, dit beaucoup de son esprit libre, et de son infinie délicatesse.

Marcelle Cahn, Sans titre
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Marcelle Cahn, Sans titre, 1956

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Huile sur bois • MAMCS • Photo : Mathieu Bertola, Musées de la Ville de Strasbourg

Car c’est elle, la délicatesse, qui domine dans les compositions abstraites des années 50 : pour bien les regarder, il faut se rappeler de l’amour de Marcelle pour la musique, et deviner du rythme dans les lignes fines, les ronds, les masses géométriques de couleurs. Tout le génie de l’artiste est là, et le musée ne boude pas son plaisir, accrochant sans se lasser des dizaines de compositions. En apparence répétitives, celles-ci captivent le regard sans l’ennuyer, disant toute la virtuosité de cette abstraction qui émeut. Une grande finesse habite ces œuvres où, parfois, l’artiste ajoute un élément en relief, une planète au milieu des constellations de lignes – rappelons que l’exploration de l’espace est alors au centre des préoccupations !

Puis, place aux sculptures de ses années malades, réalisées (avec l’aide d’un assistant) en grand format, sur le modèle de boîtes de médicaments minutieusement découpées. Avec leurs pans décalés, leurs jeux de vides et de pleins, elles semblent sur le point de battre des ailes, de déployer leurs surfaces. Et le geste va, continue sa route. Marcelle souffre, des yeux et d’épuisement, mais expérimente toujours, à partir de matériaux très pauvres. Comme cette petite cuiller en plastique bleue, qu’elle vient ériger sur un minuscule socle de bois, collant dans son creux quelques gommettes (Sans titre (La Cuillère), 1972)…

Marcelle Cahn, Sans titre
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Marcelle Cahn, Sans titre, 1975

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collage sur papier sérigraphié • Photo : Mathieu Bertola, Musées de la Ville de Strasbourg

Ces collages simplissimes ont du génie, de l’évidence…

Ce n’est presque rien, et c’est tout, c’est l’impulsion de vivre, de voir en chaque objet un potentiel, de créer de l’enchantement à tout prix. Marcelle était une femme de joie, d’émerveillement face au monde qui, dans les années 60/70, voit son décor changer radicalement, s’hérisser de hautes tours, pour son plus grand bonheur plastique – elle le dit dans une interview filmée de 1976. De son lit, elle s’empare de cartes postales et y ajoute ses gommettes, composant des constellations sur fond de tour Eiffel ou de vues pittoresques [ill. en Une]. La grâce qui habitait ses œuvres des années 50 la poursuit encore, et ces collages simplissimes ont du génie, de l’évidence. Un bonheur de la forme, des couleurs et des compositions généreux, qui ne peut qu’être contagieux.

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Marcelle Cahn. En quête d'espace

Du 29 avril 2022 au 31 juillet 2022
Puis, au musée d’Art moderne et contemporain de Saint-Étienne du 24 octobre 2022 au 5 mars 2023, et au musée des Beaux-Arts de Rennes du 1er avril au 30 juin 2023.

www.musees.strasbourg.eu

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