Gilles Barbier, Hello, 2014
Résine peinte à l’huile • 31 × 80,5 × 12 cm • Courtesy Galerie G.P. & N. Vallois, Paris, photo : Martin Argyroglo / LVAN. © ADAGP, Paris, 2023
H-E-L-L-O ! Cinq mains clonées et sorties de nulle part nous saluent en langue des signes. Par un geste, chacune épelle une lettre. Sans même en connaître la signification, il est possible de déceler l’intention d’une communication certes fragmentée mais bel et bien réelle. Avec humour, Gilles Barbier simule une présence et fait parler un corps partiel. Un peu plus loin, deux autres paires de mains créent leur propre langage : les doigts se frôlent ou ils s’entrecroisent. Mais que nous raconte le corps, bien entier celui-là, de cette jeune femme allongée sur le ventre, complètement nue ? Jambes et bras croisés, elle semble perdue dans de tristes pensées. Cette œuvre de John De Andrea, un des pionniers de l’hyperréalisme avec Duane Hanson dans les années 1960, capture chaque micro-expression, chaque grain de peau de ce personnage qu’il identifie avec une précision troublante. Elle s’appelle Amber. Et comme si l’on était entré par effraction dans son intimité, on a déjà l’impression de la connaître un peu.
John DeAndrea, Amber Reclining (détail)
Bronze polychrome, cheveux naturels • 97 × 178 × 40,7 cm • Museum Voorlinden, Wassenaar, Pays-Bas – Inv. A01703, photo : Museum Voorlinden.
À gauche : Sam Jinks, série “Attitude, Laurie #3” (2013) ; à droite : Daniel Firman, “Sans titre (Babies)” (2013)
À gauche : silicone, pigments, résine, cheveux ; à droite : résine polyester, vêtements, perruque, accessoires • À gauche : 36 x 36 x 18 cm ; à droite : 160 x 45 x 55 cm • Courtesy de l’artiste et Sullivan+Strumpf, photo : Sam Jinks. Courtesy Ceysson & Bénétière et Daniel Firman, photo : Aurélien Mole. © ADAGP, Paris, 2023.
De la chair de cette jeune femme, il n’y a aucune trace. Tous les indices d’une présence réelle sont pourtant réunis : ses longs cheveux bruns brushés avec soin, une casquette à l’envers, une tenue sportive. Et par-dessus tout son attitude. Les bras croisés contre un mur, elle se cache le visage. Fait-elle une micro-sieste ? Vient-elle d’apprendre une terrible nouvelle ? Avec sa série « Attitude », Daniel Firman nous donne accès à une intériorité, celle d’un autre dont on ne connaît rien mais qui nous touche profondément. On ne peut que s’identifier au malaise que « vit » ce personnage fait de résine polyester et d’accessoires divers. Cette vulnérabilité, Sam Jinks la saisit aussi avec force dans sa reproduction à échelle réduite de deux nouveaux-nés. Recroquevillés sur le ventre, ces deux petits corps si fragile sont d’une réalité criante. On voudrait les protéger du monde extérieur qui pourrait les heurter à tout instant.
Daniel Firman, Excentrique
Plâtre, filasse, acier, peinture, cuir, textile • 368 × 154 × 390 cm • Collection du Centre national des arts plastiques (Cnap). Achat, 2005 – Inv. FNAC 05–1158 • Photo : Marc Domage, Collection FNAC © ADAGP, Paris, 2023
C’est une drôle de gymnastique à laquelle s’adonnent ces neuf personnages. Elle est même Excentrique selon Daniel Firman qui a ainsi intitulé son œuvre. Une sorte de construction Kapla à taille humaine ! Chaque figure, issue du moulage du corps de l’artiste, contribue à créer un mouvement collectif difficilement compréhensible. Après tout, nous faisons tous partie de cette étrange chorégraphie sociale qui nous oblige à agir en fonction des normes et des conventions… Car au-delà de l’individu, le projet hyperréaliste cherche à adopter un regard critique sur la société. Figure emblématique du genre, Duane Hanson s’est intéressé aux classes populaires et aux classes moyennes américaines pour rendre visible leur existence. Avec Flea Market Lady, il rend compte d’une activité banale – celle d’une jeune femme qui vend ses vieux livres et tableaux au marché aux puces. De son accoutrement à sa posture, chaque détail de cet « arrêt sur image » nous parle de son appartenance sociale, plus que de son individualité.
Duane Hanson, Flea Market Lady, 1990
Résine peinte à l’huile, bre de verre, technique mixte, accessoires. Taille humaine. • Musée d’arts de Nantes, achat avec l’aide du FRAM, 2011 – Inv. 11.7.1.S • © Musée d’arts de Nantes, photo : Cécile Clos © ADAGP, Paris, 2023.
Evan Penny, Camille (détail), 2009
Silicone, pigments, cheveux, aluminium • 86 × 84 × 25 cm • Courtesy de l’artiste, photo : © 2023 Evan Penny, all rights reserved.
De ses grands yeux bruns, Camille nous fixe. D’elle, on ne voit que son buste, gigantesque, plus grand que nature. L’hyperréalisme est ici proche de la photographie, tant ses traits et l’expression de son visage sont frappants de vérité. Changeons de perspective. En l’observant de côté, la troisième dimension s’envole : elle a été compressée. Le tour d’illusionniste d’Evan Penny est réussi ! Le sculpteur se penche en effet sur la manière dont la photographie et les nouveaux médias influencent notre perception de nous-mêmes et des autres. Comment l’omniprésence des images façonne-t-elle notre regard ? Avec Beyond Preconceptions, la céramiste Saana Murtti engage, elle aussi, une réflexion sur ce que l’on croit voir. Une chaussure dépasse d’un tas de serviettes. Il ne reste plus que l’absence d’un corps qui a laissé derrière lui ces objets abandonnés. Mille histoires restent à inventer, à partir des vestiges d’une présence volatilisée.
Saana Murtt, Série « Beyond Preconceptions », 2019
Céramique • 42 × 52 × 40 cm • Courtesy de l’artiste, photo : Johnny Korkman © ADAGP, Paris, 2023
Un regard sur la sculpture hyperréaliste
Du 7 avril 2023 au 3 septembre 2023
museedartsdenantes.nantesmetropole.fr
Musée d'Arts de Nantes • 10 Rue Georges Clemenceau • 44000 Nantes
museedartsdenantes.nantesmetropole.fr
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