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« Art/Afrique, le nouvel atelier » à la Fondation Louis Vuitton, « L’Afrique des routes » au Quai Branly, « Afriques Capitales » à la Villette et à la Gare Saint-Sauveur de Lille… On a vu fleurir en France, au printemps dernier, une multitude d’événements culturels consacrés à la création du continent africain. Cet engouement tout particulier, qui s’est également ressenti sur le marché de l’art (l’Afrique était l’invitée d’honneur de la dernière édition de la foire Art Paris), a renforcé la visibilité du continent sur la scène artistique internationale. C’est au cœur de cette effervescence qu’AKAA (« Also Known As Africa ») signe son retour, pour sa deuxième édition, sous la verrière du Carreau du Temple. 38 galeries venant de 19 pays différents s’y sont donné rendez-vous avec pour seul objectif de dépasser les stéréotypes, qui, s’agissant de la création contemporaine africaine, ont la peau dure. Car Victoria Mann, directrice de la foire, l’assure : « Ici, c’est l’Afrique qui regarde le monde ».
Nicola Lo Calzo, Obia: The Kiss, Itarno and Shanigwa, Saint Laurent du Maroni, 2016
Tirage couleur sur papier Hahnemühle Fine Art • Courtesy Nicolas Le Calzo, l’Agence à Paris et Dominique Fiat, Paris
Dans les allées de la foire, des regards se croisent. 149, pour être précis… soit le nombre d’artistes présentés cette année au Carreau du Temple. Des monuments de la création contemporaine d’Afrique comme Frédéric Bruly Bouabré (sur le stand de la galerie marseillaise Polysémie) côtoient de jeunes artistes, valeurs montantes d’une scène artistique en pleine ébullition. Parmi eux, Samia Ziadi, sur le stand de la galerie Number 8. Styliste de formation, la jeune femme ne se contente pas de créer des vêtements. Elle les photographie dans des mises en scène engagées. Derrière ses couleurs pop, le collage 13 avenue de la Paix est en fait une réponse aux attentats du 13 novembre 2015. Le modèle, une jeune Sénégalaise de confession musulmane, porte une robe inspirée du retable d’Issenheim. Juste à côté, le cliché Plan d’Aou II fait référence à la crise des réfugiés. Samia Ziadi pose sur le monde actuel, meurtri par les conflits, un regard bienveillant et recoud, recolle les destins brisés.
Samia Ziadi, 13 avenue de la Paix, 2016
Photographie et technique mixte • 50 × 65 cm • Courtesy & © 2017 Galerie Number 8 / Samia Ziadi
De l’installation monumentale de Bili Bidjocka Je suis la seule femme de ma vie, dans la nef centrale, à l’œuvre organique de Jean-François Boclé The Tears of Bananaman, sur le stand de la Maëlle Galerie, la verrière du Carreau du Temple accueille une multitude de formes et de média. Cette année, AKAA accorde une plus large place au design, qui représente 10% des exposants. Sur le stand d’Art Design Africa, Hicham Lahlou jongle avec les références culturelles, les formes et les sons : au sol, un tapis inspiré des krakebs, castagnettes marocaines, et sur lequel la carte de l’Afrique se dessine, fait face à des tabourets aux allures de djembés en bois de noyer, en cuivre ou encore en marbre… Sans parler de cette rangée de lampes-trompettes. Ces pièces sont autant d’hymnes à la musique traditionnelle marocaine qui défient et interrogent codes et représentations de l’objet fonctionnel.
Les tabourets d’Hicham Lahlou sur le stand d’Art Design Africa
© Inès Boittiaux
Besoin de souffler un peu et de s’extirper de la cohue de la foire ? Dans ce cas rendez-vous au niveau –1 du Carreau du Temple, où se déploie la première édition d’AKAA UNDERGROUND. Pensée comme un laboratoire, cette section affiche une programmation tournée vers le grand public avec des ateliers, rencontres avec les artistes ou encore performances. Entouré des œuvres de l’artiste sud-africaine Lady Skollie, vous pourrez déguster un bissap (une boisson préparée à partir de fleurs d’hibiscus séchées) ou découvrir les créations des concept-stores Maison Château Rouge et Little Africa. Dans l’auditorium, AKAA propose également un cycle de rencontres intitulé « Et l’artiste panse », qui interroge le processus de guérison en lien avec la pratique artistique. Artistes, philosophes et commissaires d’exposition échangeront pendant trois jours autour du postulat suivant : « Quand l’homme et la société sont malades, l’art panse et repense le monde ».
Le nouvel espace AKAA UNDERGROUND
© Inès Boittiaux
Disparu en décembre dernier, le sculpteur sénégalais Ousmane Sow a laissé derrière lui une œuvre prolifique et souvent monumentale, qu’il n’a consentie à montrer au public qu’à l’âge de 50 ans. Très vite, les expositions se sont succédé partout dans le monde comme à la Documenta de Kassel en 1992 puis à la Biennale de Venise en 1995. En 1999, ses « Nouba » de bronze sont installés le long du pont des Arts à Paris. Aux côtés des deux sculptures issues de la série Petits Nouba, cet hommage est l’occasion de découvrir une œuvre inédite, Le Nouba se maquille, que l’on pensait perdue avant qu’elle ne soit rachetée lors d’une vente aux enchères par un proche, peu de temps avant que l’artiste ne décède. Deux documentaires consacrés à l’artiste seront également projetés le 10 novembre dans l’auditorium, en parallèle d’une table ronde avec la participation du peintre Soly Cissé.
Ousmane Sow devant une de ses œuvres « Le Guerrier debout » (série Massaï). Dakar, 1997
© Béatrice Soulé / Roger-Viollet / © Adagp, Paris 2017
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La photographie de Nicola Lo Calzo figure sur les affiches de la deuxième édition d’AKAA.