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DOSSIER

Reportage : L’art de l’Afrique du Sud totalement à l’ouest

le 16 mai 2017 à 18h05

Incendiaires, revendicatifs, hors de contrôle, absolument fabuleux : du Cap à Johannesburg, Beaux Arts est parti à la rencontre des artistes sud-africains à l’honneur d’une très vaste exposition à la Fondation Vuitton, certains d’entre eux figurant même dans la double manifestation « Afriques Capitales », programmée simultanément à Lille et à Paris. Décollage immédiat.

Incendiaires, revendicatifs, hors de contrôle, absolument fabuleux : du Cap à Johannesburg, Beaux Arts est parti à la rencontre des artistes sud-africains à l’honneur d’une très vaste exposition à la Fondation Vuitton, certains d’entre eux figurant même dans la double manifestation « Afriques Capitales », programmée simultanément à Lille et à Paris. Décollage immédiat.

Kristin-Lee Moolman (en collaboration avec Ib Kamara), Fela Gucci & Desire Marea, série 2026
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Kristin-Lee Moolman (en collaboration avec Ib Kamara), Fela Gucci & Desire Marea, série 2026, 2016

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Épreuve numérique • 59,4 × 42 cm • © Kristin-Lee Moolman / Ib Kamara

Lundi 20 février ; atterrissage au Cap en milieu d’après-midi, après une dizaine d’heures d’avion depuis Paris. Fondée en 1652, la capitale parlementaire de l’Afrique du Sud est considérée comme la cité-mère du pays. Elle compte près de 4 millions d’habitants, dont 42,4 % de « Coloured », c’est-à-dire de métis, 38,6 % de Noirs et 15,7 % de Blancs. Ici, on se définit d’abord en fonction de sa couleur de peau. Situé à la pointe du continent africain, le site est époustouflant de beauté avec ses falaises plongeant à pic dans l’océan, ses plages merveilleuses, son jardin botanique luxuriant, sa faune exceptionnelle. C’est un havre de paix qui contraste totalement avec l’insécurité du reste de l’Afrique du Sud, attirant un tourisme international chic et très blanc…

À peine arrivé, je pars à la rencontre de l’artiste Sue Williamson, née en Angleterre et installée en Afrique du Sud avec ses parents en 1948.

Sue Williamson dans son atelier du Cap
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Sue Williamson dans son atelier du Cap

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© Fondation Louis Vuitton

À 71 ans, elle est une figure majeure de la scène sud-africaine, tant par son œuvre que par ses publications anti-apartheid, dont Resistance Art in South Africa (1989). Dans son grand atelier de type industriel, en jean et en baskets, Sue Williamson ne fait pas son âge et a la sérénité des artistes déjà conscients d’appartenir à l’histoire. Ses Mementos of District Six (1993) l’ont rendue célèbre. District Six était un quartier du Cap très cosmopolite, composé de Xhosas, d’Afrikaners, de Malais et d’Indiens, qui, à partir de 1966, a été décrété zone réservée aux Blancs. Dès 1968, les expulsions et les destructions des maisons commencèrent. En 1982, plus de 60 000 personnes avaient été déplacées dans des townships, à plus de 25 kilomètres de là. Dans ses travaux, Sue Williamson illustre la violence de ces expulsions, la séparation des familles mixtes, les permis de visite… Pour l’exposition « Être là », que la fondation Vuitton consacre à la scène sud-africaine contemporaine, elle présente une vidéo sur deux écrans, intitulée It’s a Pleasure to Meet You : un dialogue déchirant entre deux Sud-Africains ayant perdu chacun leur père pendant l’apartheid.

Sue Williamson, It’s a Pleasure to Meet You
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Sue Williamson, It’s a Pleasure to Meet You, 2016

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Installation vidéo • Courtesy Sue Williamson / Goodman Gallery, Le Cap et Johannesburg / © Sue Williamson

Filmés en plan serré dans un décor neutre, un jeune homme empli de colère et une jeune femme beaucoup plus calme se font face. Ils évoquent une enfance hantée par l’absence, les vérités et contre-vérités sur ces morts brutales, jusqu’à la confrontation avec les criminels impunis… Cette pièce fait écho à la Commission vérité et réconciliation, créée en 1995 sous la présidence de Nelson Mandela, dont la mission était de révéler – quatre ans après l’abolition de l’apartheid – la vérité sur les crimes commis et de favoriser une réconciliation sans condamnation des coupables afin d’éviter une guerre civile. Membre de la Commission, Sue Williamson livre un regard troublant sur un peuple toujours déchiré. Sans doute plus journaliste (sa formation d’origine) qu’artiste, elle témoigne à travers ce film poignant des conséquences de l’apartheid sur les jeunes générations.

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