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Nicola Lo Calzo, A group of skaters, Malecon Promenade, Havana, Série Regla, 2015
Photographie • © Nicola Lo Calzo, L'Agence à Paris, Dominique Fiat
Sur l’ensemble des photos sur Cuba de Nicola Lo Calzo, présentées dans l’exposition de l’Hospice Comtesse à Lille, celle de ce groupe de skateurs prise en 2015 semble isolée. Nicola Lo Calzo explique : « Mes photos naissent de rencontres jamais préméditées. J’ai pris ce cliché sur le Malecón, le célèbre front de mer de La Havane où se rassemblent les jeunes le soir pour faire la fête, la journée pour faire du sport. J’ai hésité avant d’intégrer cette photo à la fin du livre Regla à l’origine de l’exposition. Pour moi, ce groupe représente une jeunesse cubaine tournée vers les États-Unis, qui cherche et trouve de nouveaux modèles de reconnaissance sociale, en dépassant celui proposé par la Révolution ». À 39 ans, quand il ne travaille pas pour le New Yorker, le New York Times, ou encore Le Monde, le photojournaliste s’est engagé dans un ambitieux projet sur les pratiques identitaires dans les sociétés postcoloniales en lien avec la mémoire de la traite négrière et de l’esclavage. Une démarche réfléchie qui donne à chacune de ses photos une valeur de témoignage historique inestimable. Intitulé Cham, ce projet rassemble différentes séries en Afrique, en Amérique et dans les Caraïbes.
Le photographe réalise quatre voyages à Cuba entre 2015 et 2016, dont un au moment de l’enterrement de Fidel Castro. Lorsque la procession funéraire emmène les cendres de l’ancien « père de la révolution » de Santiago à La Havane, sur un parcours long de 900 kilomètres retraçant le trajet emprunté après la victoire en 1959, il capte dans le cortège la mise en scène orchestrée au millimètre et la force spontanée et émotionnelle de l’évènement. Les sentiments contradictoires de la foule suspendue entre inquiétude et espoir traversent ces images. Cette série, présentée à la Gare Saint Sauveur, introduit l’exposition « Regla » de l’Hospice Comtesse. Car si « Regla » est le nom d’un port en périphérie de La Havane, c’est aussi le mot qui signifie « ordre » et désigne par métonymie le régime, tout en évoquant les « règles » qui définissent des pratiques religieuses afro-cubaines anciennes attirant aujourd’hui de nombreux jeunes.
Nicola Lo Calzo, Iliana, Dancer of Tumba Francesca La Caridad d’Oriente, Santiago de Cuba, Série Regla, 2015
Photographie • © Nicola Lo Calzo, L'Agence à Paris, Dominique Fiat
Nicola Lo Calzo précise : « Dans la photographie, tel Édouard Glissant, je revendique le droit à l’opacité. Je ne cherche pas à donner des réponses, je pose des questions et je n’ai pas la prétention de tout comprendre. La pensée occidentale exige souvent que tout soit transparent. Au contraire, pour saisir la complexité du monde, il faut respecter cette part des réalités qui échappe et s’oppose au désir de compréhension absolue. Mon projet Cham, dont « Regla » est le chapitre cubain, cherche à rendre compte de la complexité des héritages de l’esclavage colonial, ses résistances et ses abolitions. C’est une révolte contre l’oubli et l’occultation de la mémoire en Europe et dans les sociétés postcoloniales. » Inspiré par les grands penseurs du colonialisme comme Édouard Glissant, James Baldwin, Achille Mbembe ou Frantz Fanon, Nicola Lo Calzo puise ses références aussi bien dans la littérature, que la peinture ou le cinéma, convoquant les photographes Lisette Model, Diane Arbus et Malick Sidibé, aux côtés de Piero della Francesca, Pasolini et Fellini. Le cachet artistique de ses images pose des énigmes, révèle sans dévoiler les faces cachées, microcosmes de liberté et de résistance.
Nicola Lo Calzo, Série Caravana, 2016
Photographies • © Jonas Verbeke
Interdit par le pouvoir, le hip hop occupe une place particulière. La jeunesse cubaine s’approprie un modèle culturel américain pour construire un espace de contestation et de liberté d’expression à l’intérieur du système castriste. Le photographe reste transparent sur sa démarche documentaire par une scénographie qui propose aussi des photos non retenues, montrant en amont tout le travail de sélection, comme une photo de ces mêmes skateurs sur le monument de Máximo Gómez, autre lieu emblématique du Malecón. En prenant possession de toute la largeur de la rue sur la photo finalement choisie, la détermination s’amplifie. Nicola Lo Calzo rappelle : « Ces jeunes n’ont pas de contestation politique : ils revendiquent plutôt une manière d’exister qui ne respecte pas le cliché cubain. Il y a dix ans, s’afficher en tant que skateur était inimaginable. C’est encore perçu comme une forme de subversion de l’espace public. » Derrière ces skateurs arborant les attributs d’une contestation tournée vers l’Amérique, toute la force de cette photo se joue dans les regards, dans le défi lancé à l’avenir et l’affirmation de la liberté. « L’identité du regard n’existe que dans la relation à l’autre » résume le photographe.
Ola Cuba ! Gare Saint Sauveur
Du 19 avril 2018 au 2 septembre 2018
Gare Saint-Sauveur • 17, boulevard Jean-Baptiste Lebas • 59800 Lille
www.lille3000.eu
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