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David Goldblatt, Petit propriétaire, aiguilleur de train, qui rêvait de faire un jardin, sans briques ni ciment, irrigué par ce réservoir, Koksoord, Randfontein, province de Gauteng, 1962
Épreuve gélatino-argentique • 48,5 × 33 cm • Courtesy David Goldblatt et Goodman Gallery Johannesburg et Cape Town / © David Goldblatt
David Goldblatt, Fabrication d’un cercueil pour le corps du domestique d’un voisin, dont la famille n’avait pas les moyens d’en acheter un, Bootha Plots, Randfontein, province de Gauteng, 1962
« Générosité d’âme »
C’est en capturant des scènes de la vie quotidienne des paysans Afrikaners, que Goldblatt parvient à saisir toute l’ambiguïté du rapport que les nationalistes entretiennent alors avec la population noire. Ainsi, ici, un couple passe-t-il son week-end à construire un cercueil pour le domestique noir d’un voisin. Une forme de « générosité d’âme », comme le dit Goldblatt, qui, à défaut de combler leur manque de générosité d’esprit, souligne la singularité des rapports humains dans cette société divisée.
Épreuve numérique sur papier baryté • 33 × 48,5 cm • Courtesy David Goldblatt et Goodman Gallery, Johannesburg, Cape Town / © David Goldblatt
David Goldblatt, Lawrence Matjee, 15 ans, après son agression et sa détention par la police de sécurité, Khotso House, rue de Villiers, Johannesbourg, 1985
Torture et violences
Si le photographe rejette toute forme de manichéisme et pose sur son pays un regard se voulant à la hauteur de sa complexité, il n’hésite pourtant pas à montrer de manière frontale la violence et l’horreur du régime d’apartheid. Après avoir pris part à une manifestation, ce jeune homme a été tiré de son lit par la police, traîné sur le sol par les bras, battu et jeté en prison. Il restera six jours sans assistance médicale, avant que ses amis ne finissent par faire plâtrer ses bras, fracturés par les autorités.
Épreuve gélatino-argentique • 38 × 37,5 cm • Courtesy David Goldblatt et Goodman Gallery, Johannesburg, Cape Town / © David Goldblatt
David Goldblatt, Vendeuse, Orlando West, Soweto, Johannesbourg, 1972
Au cœur de Soweto
Au début des années 1970, Goldblatt entreprend de photographier Soweto, l’un des deux quartiers de Johannesburg réservés aux Noirs par les lois ségrégationnistes de l’apartheid. Durant six mois, il sera un des seuls Blancs à fouler les rues de ce quartier, ne parvenant pas à sortir son appareil sans se retrouver immédiatement entouré de dizaines d’enfants et de curieux… Jusqu’à ce jour de 1972, où il s’empare d’un Rolleiflex qui, constamment posé sur sa poitrine, lui permet de prendre des photos plus discrètement. De là débutera un cycle de travail monumental sur cette « no go zone » dont est tiré ce cliché aujourd’hui célèbre.
Épreuve numérique sur papier baryté • 28 x 28 cm • Courtesy David Goldblatt et Goodman Gallery, Johannesburg, Cape Town / © David Goldblatt
David Goldblatt, Jeunes hommes montrant un dompas, pièce d’identité que tout Africain âgé de plus de 16 ans devait porter sur soi. White City, Jabavu, Soweto, Johannesburg, novembre 1972
Sans papiers, interdiction de circuler
Pour Goldblatt, la photographie n’est pas une arme. Loin de lui l’idée que son travail pourrait un jour changer la face de son pays, il pourra tout au plus dissiper les idées préconçues et permettre une compréhension plus fine des mécanismes sociaux, des structures de domination et de contrôle qui lui sont propres, notamment durant l’apartheid. Sur cette image par exemple, deux jeunes du quartier de Soweto montrent fièrement un « dompas », ce livret d’identité que tout Noir de plus de seize ans est tenu d’avoir sur lui en cas de contrôle.
Épreuve numérique sur papier baryté • 28 × 28 cm • Courtesy David Goldblatt et Goodman Gallery, Johannesburg, Cape Town / © David Goldblatt
David Goldblatt, Femme en train de fumer, Fordsburg, Johannesbourg, 1972
Le sens du détail
Dans les années 1960 et 1970, David Goldblatt fréquente assidument les mines et les townships de Johannesburg. Il y réalise notamment des dizaines de portraits, dans lesquels il accorde une grande importance aux gestes, aux postures et aux particularités physiques de ses autres sujets. Mais contrairement à certains de ses grands maîtres, comme August Sander, Goldblatt évite tout protocole documentaire rigoureux, qu’il considère trop contraignant, et restera toujours éloigné d’une approche sérielle et anthropologique de la photographie.
Épreuve gélatino-argentique • 40 × 40 cm • © Centre Pompidou / Dist. RMN-GP / Philippe Migeat / © David Goldblatt
David Goldblatt, Femme avec l’oreille percée, Joubert Park, Johannesbourg, 1975
Traits particuliers
Au cours de l’année 1975, les particularités physiques de ses modèles prennent une telle importance pour le photographe, qu’elles deviennent le sujet même de son travail documentaire. Durant six mois, cette année-là, Goldblatt décide donc d’explorer ce qu’il admet posséder depuis l’enfance, « une certaine manière de connaître nos corps, une conscience accrue de nos particularités ». Exploration rassemblée au sein de la série Particularities, qui ouvre l’exposition au Centre Pompidou.
Épreuve gélatino-argentique • 40 × 40 cm • Coll. Centre Pompidou, Paris • © Centre Pompidou / Dist. RMN-GP / Philippe Migeat / © David Goldblatt
David Goldblatt, Le 16 août 2012, la police sud-africaine tire sur des mineurs en grève dans les mines de platine de la société Lonmin, faisant 34 morts et 78 blessés dans un rayon de 350 m autour de ce koppie [colline], où les hommes avaient l’habitude de se réunir. Dix-sept hommes qui tentaient de s’abriter parmi les rochers furent, semble-t-il, délibérément abattus, alors que certains levaient les mains en l’air. Aucun d’eux ne fut soigné. On voit au loin le haut-fourneau de la Lonmin, resté à l’arrêt pendant la grève. Marikana, province du Nord-Ouest, 11 mai 2014
Jour funèbre en démocratie
Cette colline à l’ouest de Johannesburg où avaient l’habitude de se réunir les travailleurs de la mine de platine voisine fut, en août 2012, le théâtre d’un des massacres les plus sanglants de l’Afrique du Sud post-apartheid. Trente-quatre des mineurs qui s’étaient mis en grève pour réclamer pacifiquement un salaire décent furent froidement assassinés par la police, tandis que soixante-dix-huit autres furent blessés. « Un événement totalement inattendu après l’apartheid », selon David Goldblatt…
Impression jet d’encre, dibond • 98 × 122 cm • Courtesy David Goldblatt et Goodman Gallery Johannesburg et Cape Town © David Goldblatt
David Goldblatt, Monument en hommage à la république d’Afrique du Sud (à gauche) et à l’ancien Premier ministre J. G. Strijdom (à droite). À l’arrière-plan, le siège de la banque Volkskas Bank, Pretoria, 25 avril 1992
Environnement urbain
Si le portrait a une place centrale dans son travail, David Goldblatt est également un remarquable photographe d’architecture. Ses photographies de bâtiments, toujours accompagnées de légendes détaillées, interrogent les liens entre l’environnement urbain et les valeurs politiques de la société. Sur ce cliché, les chevaux, la banque Volkskas et la tête de l’ancien Premier ministre représentent, par exemple, un véritable condensé de l’Afrique du Sud raciste, en pleine période apartheid.
Épreuve gélatino-argentique • 40,5 × 50,5 cm • © Archives David Goldblatt / © David Goldblatt
David Goldblatt, 21 heures, voyage de retour : car Marabastad-Waterval. Pour la plupart des passagers, le cycle recommencera demain entre 2 et 3 heures du matin, 1984
L’exil au quotidien
Outre la ségrégation raciale mise en place dans Johannesburg, durant l’apartheid, c’est toute l’Afrique du Sud qui est divisée en « territoires ethniques ». Les Noirs sont ainsi la plupart du temps confinés dans des foyers nationaux, les « bantoustans », situés à des dizaines voire des centaines de kilomètres des centres économiques, où nombre d’entre eux travaillent pourtant. Des bus bondés partent ainsi chaque jour avant l’aube, transportant des milliers de travailleurs, dont les trajets quotidiens duraient parfois plus de sept heures.
Épreuve numérique sur papier baryté • 33 × 47 cm • Courtesy David Goldblatt et Goodman Gallery, Johannesburg, Cape Town / © David Goldblatt
David Goldblatt
Du 21 février 2018 au 7 mai 2018
Centre Georges Pompidou • Place Georges Pompidou • 75004 Paris
www.centrepompidou.fr
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Portraits d’Afrikaners
Fils d’immigrés juifs lituaniens s’étant installés en Afrique du Sud pour fuir les persécutions antisémites, David Goldblatt passe son enfance dans le magasin de vêtements tenu par son père à Randfontein, où il côtoie de nombreux Afrikaners. Médecins, paysans, mineurs, petits propriétaires… Tous, ou presque, soutiennent le Parti national et sa politique d’apartheid. Une telle proximité avec le racisme provoquera chez lui un conflit intérieur qui, à la mort de son père en 1962, le conduira à explorer les rapports qu’il entretient avec cette partie de la population dont il se sent moralement si éloigné, mais qui a profondément marqué son existence.