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J.R.R. Tolkien, Bilbo parvient aux huttes des Elfes des Radeaux, 2018
Laine, coton • 320 cm x 278 cm • Coll. Cité internationale de la tapisserie, Aubusson • © The Tolkien Estate Ltd 1937. Photo : Cité de la tapisserie
A priori, tout sépare Cheval (1836–1924) et Tolkien (1892–1973). Quoi de commun entre un employé des postes drômois, à peine scolarisé, et un professeur des universités, expert des langues anciennes et éminence d’Oxford ? Tolkien ne s’est d’ailleurs jamais rendu à Hauterives. Connaissait-il seulement l’œuvre de Cheval, mort en 1924, soit 13 ans avant que le Britannique n’écrive les premières lignes du Hobbit (1937) ? Le lien est pourtant évident : tous deux ont construit leur œuvre respectif sur la durée d’une vie, en marge d’une activité professionnelle chronophage, en tant qu’amateurs de génie dont le violon d’Ingres a assuré la postérité.
Joseph Cadier, Côté nord du monument, 1895
Coll. Musée de la Poste, Paris • © DR
Lorsqu’il n’y a pas un clair rapport historique entre deux figures, les expositions-confrontations sont un risque : le mariage ne fonctionne pas toujours et les parallèles peuvent paraître artificiels. Le parti pris fonctionne pourtant dans l’événement du Palais idéal, sans doute parce qu’il part de la sensibilité du directeur, Frédéric Legros, frappé par une image lorsque la façade Est passe à l’ombre au crépuscule : « Saviez-vous que lorsque le soleil commence à décliner sur le Palais idéal, se révèle un grand œil de lumière ? Il va sans dire que ce grand œil lumineux peut pour certains rappeler la figure de Sauron dans le roman Le Seigneur des Anneaux. »
Les deux œuvres-phénomènes en question partent d’une genèse – lorsque Tolkien écrit Au fond d’un trou vivait un Hobbit en 1937 et lorsque Cheval butte sur une pierre d’achoppement lors de sa tournée quotidienne en 1879. Ici est ainsi présenté un dessin préparatoire de 1882, habituellement conservé au musée de la Poste : loin de l’image du fou suivant au gré de ses inspirations, le Facteur a suivi un plan rigoureux et de nombreux dessins, dont la quasi-totalité est malheureusement perdue.
Vues de l’exposition Fantaisies héroïques – Palais Idéal du Facteur Cheval
© Photo : Origins Studio
L’univers de Tolkien est quant à lui essentiellement illustré d’interprétations et œuvres contemporaines. En plus d’écrire, l’auteur a lui-même produit de nombreux dessins de la Terre du Milieu, qu’il réservait modestement à son cercle intime. Ses aquarelles vibrent d’une force narrative qui a inspiré de gigantesques transpositions en tapisserie à la Manufacture d’Aubusson. Dans un autre registre, la plasticienne Camille Henriot reprend une citation en elfique – Tolkien a en effet imaginé une douzaine de langues, développant parfois des systèmes lexicaux complexes –, dans de grandes tiges de gingembre rouge. Ces runes constituent l’épitaphe de Balin, seigneur nain de la Moria, dont Gandalf et les siens découvrent la chute de la civilisation dans la Communauté de l’Anneau (1954). Une dimension mortuaire qui rappelle le premier dessein de Cheval, puisque le Palais idéal devait être son tombeau. Frédéric Legros souligne également le lien entre le choix du matériau et le nom original du site de Hauterives : « Le Temple de la Nature. »
Les deux artistes partagent aussi certaines de leurs sources, notamment les gravures de Gustave Doré. Cheval les observait dans le Magasin pittoresque, revue de vulgarisation du XIXe siècle qu’il dévorait. Si les colonnes de son « Tombeau égyptien » sont empruntées à celles de l’illustration Israël Pharaon conjurant Moïse de quitter l’Égypte, les Oliphants de Tolkien descendent clairement de l’éléphant de guerre gravé par Doré dans La Mort d’Éléazar. Il est saisissant que le Palais contienne lui-même, dans sa galerie intérieure, un éléphant naïvement décrit : Cheval n’en avait jamais vu de ses yeux. Dans l’univers de Tolkien, l’oliphant est cité pour la première fois par Sam Gamegie, récitant un poème de Tom Bombadil dans Les Deux Tours, alors que, n’ayant jamais quitté le Comté, le Hobbit n’avait pas eu l’occasion d’apercevoir la créature.
J.R.R. Tolkien, Glorund part à la recherche de Turin, 2018
D’après une aquarelle réalisée par J.R.R. Tolkien en 1927.
Tissage réalisé à l’Atelier Guillot, Aubusson.
Œuvre réalisée avec le soutien de la Fondation d’entreprise AG2R LA MONDIALE pour la vitalité artistique, grand mécène de la tenture Tolkien
Et avec l’aide du Fonds Européen de Développement Régional (FEDER)
Laine, coton • 325 cm x 350 cm • Coll. Cité internationale de la tapisserie, Aubusson • © The Tolkien Estate Ltd 1937. Photo : Cité de la tapisserie
C’est enfin dans leur modestie que se retrouvent Tolkien et Cheval. Il est même tentant de rapprocher le facteur des personnages créés par Tolkien, plus encore que de leur auteur… Car comme Bilbon et Frodon Sacquet, Ferdinand Cheval est un homme simple, qui revendique sa stature de facteur rural et de fils de paysans. Comme les Hobbits écrivent la chronique de leurs aventures, Cheval consigne son travail dans un cahier-testament. Comme eux, il est un solide marcheur et si les mauvaises langues diront que lui n’a jamais quitté son comté, la Drôme, l’expédition de Sam et Frodon jusqu’au Mordor, estimée à 2 170 kilomètres, ne représente jamais que deux mois et demi des tournées quotidiennes de 32 kilomètres du facteur. La fantaisie héroïque de Cheval semble même avoir été décrite par Tolkien dans son œuvre posthume Le Silmarillion (1977) : « Pour les plus humbles comme pour les plus grands il est une œuvre qu’il ne leur est donné d’accomplir qu’une fois, et dans cette œuvre leur cœur se met tout entier. »
Fantaisies héroïques. Ferdinand Cheval / J.R.R. Tolkien
Du 11 juin 2021 au 9 octobre 2021
Le Palais idéal du facteur Cheval • 8 Rue du Palais • 26390 Hauterives
www.facteurcheval.com
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D’après l’aquarelle originale réalisée par J.R.R. Tolkien en 1937.
Tissage réalisé à l’Atelier A2, Aubusson
Œuvre réalisée avec le soutien de la Fondation d’entreprise AG2R LA MONDIALE pour la vitalité artistique, grand mécène de la tenture Tolkien
et avec l’aide du Fonds Européen de Développement Régional (FEDER)