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CCC OD de Tours

De la Comédie-Française à Shanghai… Quand Olivier Debré peignait d’époustouflants rideaux de scène

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Publié le , mis à jour le
Tous les deux ans, le CCC OD de Tours consacre une exposition au peintre Olivier Debré, dont il est dépositaire d’un fonds important depuis 2016. Cet été, parallèlement à la grande rétrospective « Voyages en abstraction » à la villa Les Roches Brunes de Dinard, place à ses projets de rideaux de scène monumentaux : de 1987 à 1998, l’artiste en produira quatre, dont deux sont à Paris, à la Comédie-Française et au théâtre des Abbesses, et deux en Asie, à Hong Kong et Shanghai.
Réinstallation du rideau de scène d’Olivier Debré de la Comédie-Française après sa restauration par l’Atelier Marc Philippe. Restauration commanditée par le Cnap
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Réinstallation du rideau de scène d’Olivier Debré de la Comédie-Française après sa restauration par l’Atelier Marc Philippe. Restauration commanditée par le Cnap, 2023

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© Vincent Royer / OpenUp Studio / © Adagp Paris 2025

La photo est l’une des plus célèbres d’Olivier Debré (1920–1999) : pris en hauteur par Marc Deville, le peintre y apparaît de loin, marchant sur une toile immense – si grande qu’on n’en voit pas les bords.

Tout à son affaire, il est en train de tracer un sillon de peinture à l’aide d’un long manche, tenu d’une seule main. Au summum de sa carrière, l’homme est alors à Shanghai, et travaille sur le dernier rideau de scène de sa vie, un an avant sa mort.

Vue de l’exposition « Olivier Debré. La peinture en scène »
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Vue de l’exposition « Olivier Debré. La peinture en scène », 2025

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Photo Vincent Royer / OpenUp Studio

Si cette superbe photographie donne une idée des dimensions de ce type d’œuvres, l’exposition que consacre le CCC OD aux projets de rideaux ne se compose que de petits formats, d’études préparatoires et de maquettes. D’ordinaire, le centre d’art tourangeaux réserve à son artiste favori l’espace immaculé et très haut de plafond de l’étage, mais cette fois-ci, et pour la toute première fois, c’est au rez-de-chaussée que l’on se rendra, dans l’intimité de la Galerie noire, plongée dans une obscurité feutrée qui évoque celle d’un théâtre.

« Un impressionniste émotif »

Peintre abstrait issu d’une grande famille (les Debré comptent dans leur rang un ancien Premier ministre, Michel, le frère d’Olivier, et le fondateur de la pédiatrie moderne, Robert, son père), Olivier Debré a vécu en homme libre, échappant aux modes, s’évadant volontiers des villes pour peindre au bord de l’eau, sur les rives de la Loire et jusqu’aux plages de Rio de Janeiro – c’était un grand voyageur. Il transportait ses toiles sur le toit de sa voiture, se fichait de l’arrivée de la pluie (certaines toiles s’en souviennent), travaillait immergé dans les paysages, s’inscrivant ainsi, selon son fils Patrice Debré, « dans la lignée des impressionnistes, tout en apportant une émotion supplémentaire » : un « impressionnisme émotif ».

Olivier Debré peignant le rideau de scène de l’opéra de Shanghaï
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Olivier Debré peignant le rideau de scène de l’opéra de Shanghaï, 1998

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Photo Marc Deville

La postérité est venue avec différents grands projets, dont la commande du rideau de scène de la Comédie-Française par Jack Lang, au mitan des années 1980, lorsque Debré est professeur de peintures murales aux Beaux-Arts. Livré en 1987, c’est lui qui a inspiré au CCC OD l’idée d’y consacrer une exposition : détaché du théâtre en 2020 et restauré durant trois années par le Centre national des arts plastiques, il a donné l’occasion aux équipes de se replonger dans les archives de sa création, et d’élargir au passage leurs recherches aux trois autres grands projets de rideaux de l’artiste. Pour mieux « découvrir un nouveau pan de l’œuvre d’Olivier Debré, dépendant moins de la sensation et du paysage que d’une réflexion plastique et conceptuelle poussée, devant répondre à une commande précise », détaille la commissaire de l’exposition Marine Rochard.

Un défi de taille

Olivier Debré s’interroge beaucoup, multiplie les pistes. Le rideau sera constamment soulevé et descendu, les contraintes sont grandes.

Le parcours, chronologique, s’ouvre donc avec la très grande variété d’études qu’a occasionnées le premier rideau, d’une ampleur inédite pour Debré, qui est toutefois aidé dans sa tâche par ses études d’architecture. Il s’interroge beaucoup, multiplie les pistes. L’objet sera constamment soulevé et descendu, les contraintes sont grandes : l’artiste tâtonne, c’est « un véritable défi à relever », indique la commissaire. « Pour le rideau de l’opéra de Hong Kong ou celui de Shanghai, il travaillera différemment, peut-être avec plus d’aisance, proposant quasiment une vingtaine d’esquisses en réponse à chacune de ces commandes. » La Comédie-Française lui demandera deux ans de travail, les autres beaucoup moins.

Finalisation de la restauration du rideau de scène d’Olivier Debré de la Comédie-Française par l’Atelier Marc Philippe
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Finalisation de la restauration du rideau de scène d’Olivier Debré de la Comédie-Française par l’Atelier Marc Philippe, 2023

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© Vincent Royer / OpenUp Studio / © Adagp, Paris 2025

Il y reprend l’idée de « grands drapés en velours », et joue avec des empâtements gras qui reprennent la forme d’une vaste virgule. Il travaille avec des bandelettes, « illusions de plis d’un drapé ». Ses carnets de croquis témoignent de nombreuses recherches autour de la couleur du rideau, mais il restera finalement assez classique, optant pour une composition alliant le rouge avec du rose, de l’orange et du blanc. « Il va se permettre d’ajouter des touches de vert, ce qui traduit sa volonté de donner du contraste », nous dit Marine Rochard durant la visite.

Un hangar pour atelier

Pour la Comédie-Française, Debré travaille avec trois assistants dans un hangar prêté par une compagnie de transports aériens ; il a besoin de 500 m2 au sol. Pour Hong Kong, deux ans plus tard, il répond à une commande de Louis Vuitton pour l’opéra de la ville. Il travaille aux esquisses à Paris, se rend sur place pour choisir la version jaune du rideau (la couleur associée à la famille impériale en Chine), revient en France et travaille avec les trois mêmes assistants pour livrer en 1990 une œuvre de quinze mètres de largeur, transportée par avion jusqu’au théâtre, où elle inspirera au compositeur Jean-Yves Bosseur la pièce musicale Hong-Kong Variations.

Olivier Debré, Sans titre (étude pour le rideau du théâtre des Abbesses)
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Olivier Debré, Sans titre (étude pour le rideau du théâtre des Abbesses), vers 1995–1996

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Huile sur toile • 50 × 73 cm • Coll. particulière • © CCC OD – Tours / © Adagp, Paris 2025

Sept ans plus tard, c’est celui du théâtre des Abbesses, à Paris, qui occupe l’artiste, en plus de différents panneaux muraux sur trois niveaux. Formant comme « des ondes à la surface de l’eau », les larges étendues rouges du rideau s’entrouvrent pour donner à voir de petites touches de couleur, évoquant des danseurs. L’ensemble rappelle le travail (sublime) qu’a fourni l’artiste pour les décors du ballet Signes de Carolyn Carlson en 1997, mais ne plaît pas au directeur du théâtre, qui fait remiser les peintures de Debré dans les réserves, préférant pour ses spectacles un « décor neutre », explique la commissaire. Un procès suivra, perdu par Debré.

Heureusement, l’aventure des rideaux de scène ne se termine pas sur cet échec : en 1998, le groupe LVMH propose à nouveau à Olivier Debré la conception du rideau de l’opéra de Shanghai. Cette fois-ci, il travaille sur place, assisté de deux peintres chinois dans un grand gymnase. « Debré ne s’occupe alors plus du tout des conventions. Il travaille vite, de façon gestuelle. » Mais le format est si grand que les efforts pour retrouver la spontanéité du bras lui demandent de trouver « tout un tas d’astuces », notamment en travaillant avec des manches à balais. C’est là que Marc Deville prendra sa photo mythique, ancrant pour toujours l’artiste dans l’immensité de sa peinture…

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Olivier Debré. La peinture en scène

Du 4 avril 2025 au 2 novembre 2025

cccod.fr

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Olivier Debré. Voyages en abstraction

Du 29 juin 2025 au 2 novembre 2025

www.ville-dinard.fr

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