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Galerie Folia

Denis Roche, beautés en aparté

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Publié le , mis à jour le
Figure de la scène photographique française disparue il y a trois ans, Denis Roche est à l’honneur à la galerie Folia, à Paris. Entre écrits et clichés, une occasion de (re)découvrir l’œuvre d’un artiste complet, poète, éditeur, photographe, et surtout résolument moderne.
Denis Roche, Tell El Amarna, Égypte
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Denis Roche, Tell El Amarna, Égypte, 27 mars 1981

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© Denis Roche / Courtesy galerie le Réverbère, Lyon

Éditeur, traducteur, romancier, poète… Denis Roche était bien plus qu’un simple photographe. Des années 1970 jusqu’aux années 2010, il a poursuivi une carrière où ses diverses activités – à la fois directeur de collection aux éditions du Seuil, auteur et photographe – n’ont cessé de se faire écho et de se nourrir mutuellement. Au point de former une œuvre dense, hantée par une forme d’intellectualisme qui fait de lui un artiste réputé difficilement abordable.

Le public (re)découvre une œuvre tendre, sensuelle, novatrice, amusante aussi, et finalement tout sauf hermétique.

Pourtant, près de trois ans après sa mort, l’œuvre photographique de Denis Roche suscite plus que jamais l’admiration et la fascination des amateurs de photographie. Ceci grâce à certains ouvrages et à de récentes expositions qui parviennent à extraire le travail de l’artiste des ténèbres intellectuelles dans lesquelles il a longtemps été plongé. Le public (re)découvre une œuvre tendre, sensuelle, novatrice, amusante aussi, et finalement tout sauf hermétique.

Participe de cet élan l’exposition « La Montée des circonstances » organisée à la galerie Folia, en écho à la publication d’un ouvrage du même nom aux éditions Delpire. Autoportraits, nus, paysages, abstractions, natures mortes… à travers la trentaine d’images exposées, la richesse de l’écriture photographique de Denis Roche se dévoile. Une écriture en noir et blanc marquée par l’omniprésence de l’autoportrait et une recherche constante d’innovation formelle. Pour se raconter, et peut-être aussi pour se comprendre, le photographe alterne en effet les cadrages audacieux, les jeux obsessionnels de reflet, effets de miroir, de cassure… avec la mise en scène de ses propres prises de vues.

Denis Roche, Autorportrait dans la grande chambre, Petite Bastide Forte, Éguilles
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Denis Roche, Autorportrait dans la grande chambre, Petite Bastide Forte, Éguilles, Août 1982

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© Denis Roche / Courtesy galerie le Réverbère, Lyon

« J’écris pour être seul, je photographie pour disparaître », a t-il noté un jour. Au regard de ses contemporains, tels Robert Frank ou Garry Winogrand, Denis Roche est un artiste bien plus proche de certains mouvements d’avant-garde et de ce que l’on appelle la « Nouvelle Vision ». Conduit par le désir de briser les codes traditionnels et de produire une photographie singulière, Denis Roche s’est en effet adonné à toutes sortes d’expérimentations (dispositifs de redoublement, contacts successifs, mise en abyme, etc.), allant jusqu’aux limites de ce que pouvait lui offrir le médium.

Denis Roche, Madurai, Inde
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Denis Roche, Madurai, Inde, 27 décembre 1990

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© Denis Roche / Courtesy galerie le Réverbère, Lyon

Obsédé par la question du temps, Denis Roche fait de l’acte photographique le sujet même de ses photos. À l’aide du retardateur, le photographe s’insère dans ses clichés et permet au temps d’y faire son œuvre : un coup de vent et la photo sera toute différente. Un parti pris parfois déconcertant, qui est en réalité le signe d’une profonde réflexion sur la photographie elle-même et incite le spectateur à se tourner vers ce qui, selon lui, la précède et la préside : les « circonstances ».

Denis Roche, Égypte
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Denis Roche, Égypte, 5 avril 1981

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© Denis Roche / Courtesy galerie le Réverbère, Lyon

Denis Roche n’aura en effet de cesse de rappeler l’importance des « marges », c’est-à-dire tout ce qui précède une prise de vue. « Je crois à la montée des circonstances, dit-il lors d’un colloque organisé à la Sorbonne en 1984 par Les Cahiers de la photographie qu’il fonda avec Gilles Mora, Bernard Plossu et Claude Nori. Je crois que la photo est empreinte de profondeur et que cette profondeur est due à la rencontre du Temps et du Beau. Juste avant la prise photographique, c’est le Temps qui règne, juste après, c’est la Beauté qui a lieu. (…) Enfin, je crois que raconter les circonstances qui précèdent l’acte photographique lui-même est précisément le seul commentaire esthétique réel qu’on puisse apporter à l’image qui suivra. » Une pensée sur le « hors-champ temporel » de la photographie qui irrigue toute l’œuvre de Denis Roche, et qui continuera de le faire vivre, indéfiniment.

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Denis Roche. La Montée des circonstances

Du 5 avril 2018 au 2 juin 2018

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Denis Roche. La Montée des circonstances

par Farid Abdelouahab, Guillaume Geneste et Francoise Roche

Éditions Delpire • 304 p. • 37 €

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