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DRAWING LAB

Dessin et cinéma : zoom sur une grande histoire d’amour

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Publié le , mis à jour le
Il y a bien sûr les films d’animation, acmé du genre, mais aussi les story-boards, les croquis, les affiches dessinées, les maquettes… Certains cinéastes sont eux-mêmes artistes quand les plasticiens pratiquent une forme d’art vidéo proche du cinéma. Bref, de quoi nourrir une courte mais très agréable exposition (gratuite) au Drawing Lab à Paris. Action !
Camille Lavaud, Affiche de “La Vie Souterraine”
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Camille Lavaud, Affiche de “La Vie Souterraine”, 2017

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Encre sur papier • Drawing Lab, Paris • © Camille Lavaud

Le saviez-vous ? La Cinémathèque française renferme non seulement une exceptionnelle collection de films, de costumes, de décors et de machines de cinéma, mais aussi de dessins et d’œuvres d’art. Sa conservation et sa valorisation sont assurées par la dynamique Françoise Lémerige – qui s’est immédiatement montrée enthousiaste à l’idée d’aider à la mise en place d’une exposition sur les liens entre dessin et cinéma avec la commissaire Joana PR Neves, directrice artistique de Drawing Now. « Tout un film ! » était initialement prévue pour le sous-sol du Carreau du Temple, où devait se tenir la foire en mars dernier – celle-ci poursuivant la volonté de Joana « d’ouvrir les horizons du dessin » à travers de petites expositions complémentaires aux stands de la foire, l’associant aux performances (en 2018), à la bande dessinée (en 2019) ou, prochainement, à l’écologie.

Paul Grimault, La Bergère et le ramoneur
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Paul Grimault, La Bergère et le ramoneur, 1948

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Celluloïd d’animation • Coll. Cinémathèque Française, Paris • © Succession Paul Grimault

Malgré l’annulation de la foire, l’expo a survécu et déménagé pour le Drawing Lab, centre d’art privé du 1er arrondissement de Paris. Où l’on découvre (enfin !) de petites pépites, comme des planches de story-boards dessinées par un certain Alex Tavoularis pour le film culte Le Parrain (2ème partie) (Francis Ford Coppola, 1974). De fragiles et rarissimes celluloïds, aussi, datant de 1948 et donnant à voir le travail préparatoire du futur Roi et l’Oiseau (1980) de Paul Grimault : sur la paroi froissée du support transparent, la petite bergère et son ramoneur courent, poursuivis par un roi odieux aux pieds pointus. Les celluloïds permettent de ne dessiner que les corps en mouvement, et de garder une seule image pour le décor, qui ne bouge pas. Quant au story-board, il permet d’anticiper le film et de planifier l’action en la dessinant au stade de préproduction.

Sébastien Laudenbach, La jeune fille sans mains
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Sébastien Laudenbach, La jeune fille sans mains, 2015

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Lavis d’encre et mine de graphite • Drawing Labs, Paris • © Sébastien Laudenbach

Les étapes de la conception d’un film sont ainsi ponctuées de nombreuses phases dessinées – jusqu’à sa diffusion partout dans le monde, ses affiches nécessitant d’être repensées et adaptées à chaque pays. En témoignent les différents croquis de Sébastien Laudenbach pour son chef-d’œuvre d’animation La Jeune Fille sans mains (2015) : pour la France ou pour le Japon, les choix sont radicalement différents, l’un représentant la jeune fille légère comme une plume et s’élançant dans le vent, l’autre la montrant de face, ses prothèses de mains tenant une corbeille de fruits, le regard planté dans celui du spectateur. Autre rareté issue de la collection de la Cinémathèque : une peinture du décorateur Alexandre Trauner pour La Fleur de l’âge (1947) de Marcel Carné, un film qui aurait marqué la première apparition d’Anouk Aimée à l’écran mais qui n’a finalement pas été tourné. Représentant une cour sombre, fermée par des murs – celle d’un bagne pour enfants.

Mathieu Dufois, Maquette
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Mathieu Dufois, Maquette, 2019

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Dessin à la pierre noire • 46 × 71 cm • Coll. Drawing Lab, Paris • © Mathieu Dufois / Galerie C, Neuchâtel (Suisse)

Cette peinture d’atmosphère a inspiré l’artiste Mathieu Dufois (né en 1984) : le jeune plasticien, féru de cinéma, est selon la commissaire « passionné par les histoires qui n’aboutissent pas ou changent, par les étapes intermédiaires entre l’idée du film et le film fini ». Ici, il a reconstitué à partir de la peinture d’Alexandre Trauner une maquette de décor, et a conçu un court-métrage de quatre minutes, accompagné de voix off imaginant à quoi aurait pu ressembler La Fleur de l’âge. Des dessins se superposent à l’écran, et font de cette forme modeste le départ de possibles poétiques…

Modeste, c’est également le mot qui convient pour les productions du grand William Kentridge (né en 1955), récemment honoré d’une grande rétrospective au LaM de Villeneuve-d’Ascq : l’artiste sud-africain aime à produire des films avec des moyens très pauvres, par exemple en filmant au fur et à mesure des dessins au fusain qu’il gomme et recommence. On voit alors se former de multiples traces, montrant la technique du cinéaste mais aussi du déroulement progressif de l’action, qui ne s’efface jamais complètement – et c’est hypnotisant !

Antoine Marquis, Luminothérapie
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Antoine Marquis, Luminothérapie, 2012

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Graphite et acrylique sur papier • 52 × 72 cm • Drawing Lab, Paris • © Antoine Marquis

D’autres artistes peuplent l’exposition : Elsa Werth (née en 1985), qui a imprimé son tampon Point de fuite (2017) sur les murs, l’immense Alejandro Jodorowsky (né en 1929), tant cinéaste qu’artiste, présent à travers deux petites œuvres plastiques, le réalisateur Akira Kurosawa et ses croquis pour Les Sept Samouraïs (1954), Camille Lavaud (née en 1981) et ses affiches de films imaginaires, Antoine Marquis (né en 1974) et ses dessins réalisés après sa visite des collections de la Cinémathèque… L’ensemble balaye un large panorama des ponts établis par les dessinateurs et les cinéastes entre leurs pratiques, fussent-ils nécessaires à la production d’un film ou purement artistiques. Un aperçu certes restreint de champs immenses, mais c’est bel et bien l’intention de Joana PR Neves : dans le cadre de la foire Drawing Now, l’exposition complémentaire lui permet de multiplier les clins d’œil aux professionnels des musées, en leur soufflant « des pistes à explorer et des collections à aller voir ». To be continued ?

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Tout un film !

Du 16 janvier 2021 au 25 février 2021

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