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Dessin

Les 1001 états du dessin

le 21 mars 2018 à 14h03

Réceptacle des fantasmes les plus débridés, défouloir gestuel ou matière à rivaliser avec la photo… Autant de tendances que les artistes qui s’adonnent au dessin explorent avec délectation. À découvrir ce printemps dans des événements parisiens à la pointe du trait.

Réceptacle des fantasmes les plus débridés, défouloir gestuel ou matière à rivaliser avec la photo… Autant de tendances que les artistes qui s’adonnent au dessin explorent avec délectation. À découvrir ce printemps dans des événements parisiens à la pointe du trait.

Corentin Grossmann, La Traversée
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Corentin Grossmann, La Traversée, 2017

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Douces rondeurs

Silhouette rebondie, la mine toujours réjouie, les personnages de Corentin Grossmann sont pétris d’une texture poudrée, comme s’ils étaient sur le point de s’évaporer au moindre coup de vent.

Graphite et aérographe sur papier • 40 × 30 cm • Courtesy Corentin Grossmann et Art Concept, Paris

Est-ce parce qu’il peut s’exécuter sur un coin de table, seul, chez soi, sans avoir besoin de grand-chose, simplement armé de crayons de couleurs, d’un stylo à bille, d’un morceau de graphite et d’une feuille de papier ? Est-ce pour ce tempérament très accommodant que le dessin apparaît comme un formidable déversoir ? Fantasmes et angoisses, visions de cauchemar ou caresses d’espoir : tous les sentiments semblent pouvoir venir se coucher sur papier à dessin. Avec une extravagance galopante… Formes, personnages, paysages grouillant de bizarreries ouvrent en grand la porte à un imaginaire explosif, décadent ou futuriste, sexuel ou enfantin. Les artistes arpentent ainsi à pas de loup les arcanes sombres et les genres populaires : la science-fiction (dans les dessins de Cédric Esturillo ou ceux de Thomas Léon, où se dressent des architectures babéliennes et l’ombre de super-héros), le polar (chez Camille Lavaud, qui parodie savoureusement les affiches des films noirs des années 1950–1960), les histoires à l’eau de rose, les fabliaux, la fantasy… Ils se donnent ainsi mauvais genre. Et le dessin visite alors les sous-sols de l’imaginaire, peuplés de créatures biscornues appartenant à plusieurs espèces à la fois (le végétal et l’humain, l’animal et le minéral – le nombre des combinaisons semble infini).

Les bonshommes dodus, tracés aux crayons de couleur d’une main bienheureuse par, semblent ainsi se confondre avec les pierres, les coquillages, les lézards et les astres qui les accompagnent, scellant une sorte de communion apaisée avec la faune, la flore et le cosmos. Même sens de la symbiose chez Anne Colomes et ses collages aquarellés tout en rondeur, dans des teintes violacées qui font couler à la surface de la feuille des petites rivières fraîches sous des cieux traversés de comètes. Le dessin sait aussi prendre de la hauteur. Pat Andrea met en scène des groupes d’humains affublés de trop nombreux membres, mal proportionnés qui plus est. Hauts sur pattes mais sans tronc, les bras incontrôlables, ils affichent des expressions dramatiques, entre extase et douleur. La plupart de ces dessins ont la particularité de jouer de l’inachevé : certaines zones sont dûment colorées, tandis que d’autres sont comme laissées en friche et n’ont eu droit qu’à un crayonnage brouillon. Le contraste accroît la difformité des silhouettes et ajoute à la cacophonie qui règne entre les protagonistes.

Or, c’est là toute l’inventivité dont cette famille Addams de dessinateurs sait faire preuve : chacun d’eux trouve toujours d’habiles moyens pour donner forme à ses visions, à peine figurables s’il s’en tenait à des techniques ordinaires. L’intenable duo Hippolyte Hentgen en passe ainsi par le collage de photos et d’illustrations découpées dans des magazines que des traits et des couches de gouache, guincheuse fêtarde, viennent rehausser, contrarier et dévergonder. De quoi réenchanter un surréalisme potache et farceur en faisant du papier le lieu de tous les possibles. Le lieu où le réel se plie littéralement à toutes les lubies.

Thomas Léon, Crystal_ ? lang=crash-3

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Composition

Une mise en page délibérément hésitante, comme faite de plusieurs calques se chevauchant : les travaux sur papier de Thomas Léon se laissent délicieusement ballotter dans les méandres du visible et de l’invisible.

Fusain sur papier • 166 x 122 cm • © Courtesy Thomas Léon et galerie Metropolis, Paris © ADAGP Paris 2018

Camille Lavaud, La Vie souterraine, série d’affiches du Consortium des Prairies, 2016

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Parodie de polar

Avec l’affiche d’un fim noir fictif, Camille Lavaud reprend habilement les codes du genre, dont l’heure de gloire date des années 1950 à 1960. Pour plonger le spectateur dans le plaisir coupable de la nostalgie.

Encres sur papier • 100 x 70 cm • Courtesy Camille Lavaud

Hippolyte Hentgen, Overlay, 2017

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L’esprit des surréalistes

Entre les bribes d’objets et de corps épinglés dans les dessins du duo fantasque se glisse l’esprit du dessin spirite, animé par des élucubrations graphiques se gaussant du réalisme.

Collage, crayon et encre sur papier • 28,5 x 21,5 cm • Exposé au musée saint-Louis, à Saint-Louis-lès-Bitche • Courtesy Semiose galerie, Paris / © Hippolyte Hentgen © ADAGP Paris 2018

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