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Musée des Arts décoratifs

Elsa Schiaparelli, surréaliste de la tête aux pieds

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Publié le , mis à jour le
Elle se définissait comme une couturière « inspirée ». Créatrice hors norme, proche des avant-gardes de l’entre-deux-guerres, Elsa Schiaparelli n’a eu de cesse de collaborer avec ses amis artistes. Sa fantaisie et son extravagance s’emparent du musée des Arts décoratifs, à la faveur d’une riche exposition qui présente quelques-unes de ses créations emblématiques. Show devant !
Daniel Roseberry, Look 02
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Daniel Roseberry, Look 02, Automne-Hiver 2021-2022

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© Maison Schiaparelli

Paris, années 1930. Un vent de folie souffle sur la mode de l’entre-deux-guerres. Une tornade, même. Son nom : Elsa Schiaparelli ! Extravagante, fantasque, stupéfiante, sensationnelle : les mots ne manquent pas lorsqu’il s’agit de qualifier celle dont la vie, aux avant-scènes des avant-gardes artistiques, fut digne d’un roman. Ce n’est d’ailleurs sans doute pas un hasard si son autobiographie, tout juste rééditée, est écrite à la troisième personne. Dès la première ligne, Schiaparelli devient « Schiap », son célèbre surnom : « Je ne connais Schiap que par ouï-dire. Je ne l’ai vue que dans un miroir. Pour moi, elle représente quelque chose comme la cinquième dimension. »

Teddy Piaz, Portrait d’Elsa Schiaparelli
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Teddy Piaz, Portrait d’Elsa Schiaparelli, vers 1935

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Tirage argentique • © Archives Schiaparelli

Née en 1890 à Rome, dans une famille d’aristocrates et d’intellectuels (sa mère descend des Médicis), Elsa Schiaparelli défie très vite l’autorité familiale sous les ors du palais Corsini, l’un des plus beaux de la ville Éternelle. Esprit libre et rebelle, elle écrit et publie des poèmes érotiques qui lui valent d’être envoyée presto en pension en Suisse. Pour s’en échapper, la jeune Elsa entame une grève de la faim ! Installée à Londres, elle rencontre son futur mari, le comte William de Wendt de Kerlor, qu’elle épouse en 1914 avant de s’établir aux États-Unis. Face aux infidélités de William, qui la quitte pour Isadora Duncan, Schiap rejoint l’Europe avec sa fille malade, sans le sou. Là, elle renoue avec le cercle dadaïste qu’elle a fréquenté un temps à New York, par l’intermédiaire de Gabriële Buffet-Picabia.

Une Italienne à Paris

Elsa Schiaparelli, Détail de la cape « Phœbus »
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Elsa Schiaparelli, Détail de la cape « Phœbus », Hiver 1937–1938

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Laine, soie et broderie • Coll. musée des Arts décoratifs • © Valérie Belin

Premier coup de théâtre. Alors qu’elle n’a jamais manié l’aiguille, elle rencontre Paul Poiret qui la prend sous son aile. Le célèbre couturier règne sur la mode parisienne, donne des fêtes somptueuses. Ami mais aussi mentor, il lui prête des vêtements, l’encourage à se lancer. En 1927 s’ouvre un nouveau chapitre de la vie d’Elsa. Elle présente sa première collection : des sweaters et des chandails tricotés, ornés de détails en trompe-l’œil, summum du chic et de la modernité. La Maison Schiaparelli est née ! Dès lors, Schiap impose son style empreint d’une infinie fantaisie, et d’une audace folle. Alors que les années 1930, marquées par un retour à l’austérité, voient l’avènement du tailleur et le retour de la silhouette féminine corsetée, Elsa Schiaparelli s’autorise toutes les extravagances : couleurs éclatantes, broderies scintillantes… Ses collections, thématiques, s’inspirent de la comedia dell’arte, du cirque ou encore de l’astrologie. Tout est spectacle, tout est joie !  

Horst P Horst, Vogue USA
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Horst P Horst, Vogue USA, 15 mars 1937

Comme Poiret qui a régulièrement collaboré avec Raoul Duffy ou Vlaminck, Elsa Schiaparelli travaille de concert avec ses amis artistes. Cocteau lui inspire en 1937 un manteau du soir et une veste de tailleur, sur lesquels sont reportés des dessins que l’artiste lui avait offerts en preuve d’amitié. Dans sa collection de l’hiver 1936–1937, Schiap inclut le fameux bracelet en laiton couvert de fourrure, imaginé par Meret Oppenheim, qui sera acheté par Alfred H. Barr pour les collections du MoMA.

C’est encore la surréaliste Leonor Fini qui dessine, en 1935, le flacon de Shocking, iconique parfum qui s’impose comme la signature de la Maison. Les créations de Schiap atteignent des sommets de surréalisme lorsqu’elle travaille avec Dalí. Pour leur première collaboration, ils imaginent des tailleurs et des manteaux à poches-tiroirs, mais aussi un chapeau-chaussure désormais culte, parfaite synthèse des délires fétichistes du surréaliste et de la fantaisie à tout va de Schiap. L’été suivant, le duo crée une robe homard en soie, sur laquelle le crustacé semble surgir de l’entre-jambe de celle qui la porte, en l’occurrence la duchesse de Windsor ! Érotique et pince-sans-rire à souhait. 

À gauche : Elsa Schiaparelli, Manteau du soir, Automne 1937. À droite : Elsa Schiaparelli en collaboration avec Salvador Dalí, Robe du soir, 1937
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À gauche : Elsa Schiaparelli, Manteau du soir, Automne 1937. À droite : Elsa Schiaparelli en collaboration avec Salvador Dalí, Robe du soir, 1937

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Tricot de rayonne, broderies de fils de soie, de lames et application de fleurs en soie par Lesage / Soie • © Philadelphia Museum of Art

Au milieu des années 1930, le style Schiap fait fureur, à tel point que la créatrice ouvre en 1933 une succursale à Londres. À Paris, elle quitte ses locaux de la rue de la Paix, désormais trop exigus, et s’installe Place Vendôme, dans un hôtel particulier à la façade XVIIe. L’architecte Jean-Michel Frank, figure de l’art déco, aménage les salons de couture des étages et dessine avec Giacometti le mobilier. Tandis qu’au rez-de-chaussée, la Boutique Schiap propose sweaters, jupes et accessoires de toutes sortes : les prémices du prêt-à-porter !

Daniel Roseberry, Bella Hadid en Schiaparelli au Festival de Cannes
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Daniel Roseberry, Bella Hadid en Schiaparelli au Festival de Cannes, 2021

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Photographie • © Getty / Andreas Rentz

La Seconde Guerre mondiale porte un coup fatal à cette folle ascension. Le tissu se fait rare, les prix flambent. Face aux difficultés financières, Elsa Schiaparelli ferme sa maison en 1954 et se consacre à l’écriture de ses mémoires. Près de 50 ans plus tard, ultime coup de théâtre : voilà la griffe qui, tel un phœnix, renaît de ses cendres ! Relancée en 2006, la Maison Schiaparelli perpétue l’inventivité sans limite de sa créatrice, disparue en 1973. Vestes brodées d’yeux et d’oreilles, cuissardes aux orteils dorés, colliers en forme de poumons en trompe-l’œil embrasent podiums et tapis rouges… Chic et choc, comme Schiap !

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Shocking ! Les mondes surréalistes d'Elsa Schiaparelli

Du 6 juillet 2022 au 22 janvier 2023

madparis.fr

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Shocking. Souvenirs d'Elsa Schiaparelli

Par Elsa Schiaparelli

Première parution en 1954

Éd. Denoël • 336 p. • 22 €

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