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Reportage

En Ardèche, un centre d’art flambant neuf fait fleurir l’espoir d’un renouveau à Aubenas

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Publié le , mis à jour le
En Ardèche, là où aucune autoroute ni train ne passe, le château d’Aubenas a été rénové et transformé en centre d’art contemporain, en parallèle de travaux de métamorphose du centre-ville. De quoi susciter l’espoir d’un renouveau côté vie locale, et attirer les amateurs d’art contemporain du monde entier.
Bianca Bondi, L’Antichambre (Mythes de descente et de retour II)
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Bianca Bondi, L’Antichambre (Mythes de descente et de retour II), 2024

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Courtesy Bianca Bondi et de la Galerie mor charpentier, Paris / Photo Laurent Lecat

« C’est la première ouverture d’un centre d’art en France depuis cinq ans ! », se réjouit Victor Secretan, le jeune directeur âgé de 38 ans de l’institution, passé par le musée d’Orsay et le Mo.Co de Montpellier. Il le dit d’emblée : ici, à Aubenas, il s’agit d’être « généreux », de savoir s’adresser à un large public, d’être « accessible sans perdre en exigence », surtout dans cette « période de profonde mutation », avec l’écologie comme clé de voûte des réflexions engagées. Un vœu pieu, pas spécialement atypique mais qui fait sens dans ce territoire exposé au tourisme de masse (les fameuses gorges de l’Ardèche brassent deux millions de touristes par an) et à des canicules de plus en plus fréquentes en été.

L’ensemble a nécessité douze millions d’euros de budget, pour réhabiliter le château et en faire un centre d’expositions d’art contemporain (sans collection, donc). Il faut dire tout de suite que l’édifice est cher au cœur des habitants de la ville. Construit à partir du XIIIe siècle par une grande famille seigneuriale, les Montlaur, il a hébergé différents propriétaires, qui l’ont modifié, agrandi, embelli, jusqu’à être récupéré par la Ville en 1810 pour héberger la mairie (le maire actuel y a encore son bureau !), le conseil des prud’hommes, et, surtout, la salle des mariages. C’est pourquoi de très nombreuses familles y ont de précieux souvenirs, c’est aussi pourquoi il a été choisi de ne pas modifier cette partie du château, pour ne pas brusquer les âmes albenassiennes, qui n’y viennent parfois que pour revoir la salle où elles se sont unies.

Un chantier d’envergure

Sur la place du château, les cafés étalent leurs sympathiques terrasses sous le nez du monument, et les habitants sont déjà nombreux à avoir rendu visite aux deux expositions inaugurales.

Décidé en 2016 et terminé en 2024, le chantier a semblé long aux habitants, qui pestent aujourd’hui contre l’augmentation des impôts locaux – attribuée au centre d’art ; c’est du moins ce que nous souffle un commerçant bavard, qui ajoute dans la foulée que certains déplorent la disparition des parkings de centre-ville, car on avait coutume de se garer juste devant le château… Mais, grâce au centre d’art, il y a de quoi espérer des jours meilleurs pour le centre-ville d’Aubenas, dont le sort a été similaire à celui de bien des communes. Petit à petit, entre la fin du XXe et le début du XXIe siècle, ses nombreux commerces ont vu les clients leur préférer la zone commerciale périphérique et délaisser les petites ruelles pavées pourtant charmantes – l’activité s’est déplacée, les stores se sont baissés…

La ville d’Aubenas et son château transformé en centre d’Art contemporain et du patrimoine à Aubenas
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La ville d’Aubenas et son château transformé en centre d’Art contemporain et du patrimoine à Aubenas

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© Ville d’Aubenas / Photo Steph Tripot

Aujourd’hui, les habitants ne peuvent que constater que la réhabilitation délicate du château, signée de l’agence lyonnaise Archipat, fait plaisir à voir. Osons dire qu’il n’est pas interdit d’espérer un mini « effet Bilbao » pour la municipalité ardéchoise, tant les exemples de villes dopées par l’arrivée d’un festival ou d’un centre d’art contemporain se sont multipliés ces dernières années (le plus emblématique étant donc le Guggenheim de Bilbao, qui a métamorphosé la triste cité désindustrialisée en capitale de l’art mondial, mais aussi, en France, l’exemple du Havre ou de Nantes…). Sur la place du château, les cafés étalent leurs sympathiques terrasses sous le nez du monument, et les habitants sont déjà nombreux à avoir rendu visite aux deux expositions inaugurales, remplissant le livre d’or de commentaires élogieux. Victor Secretan nous confie le lire régulièrement, heureux de ce succès, attentif aussi aux (rares) critiques.

Des artistes internationaux pour ouvrir le bal

Car pour sa première grande exposition collective, le directeur a choisi le titre « Habiter le monde » et convoqué comme première œuvre magistrale, une installation de guitares électriques et de nid d’oiseaux de Céleste Boursier-Mougenot (né en 1961), From here to ear (v. 25) (2024).

Céleste Boursier-Mougenot, From here to ear (v. 25)
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Céleste Boursier-Mougenot, From here to ear (v. 25), 2024

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Vue de l’exposition Habiter le Monde, Le Château – Centre d’Art Contemporain et du Patrimoine d’Aubenas • Courtesy Célèste Boursier-Mougenot / © Adagp, Paris, 2024 / Photo Laurent Lecat

Émergeant des nids, de tout petits diamants mandarins volent dans la grande salle et se posent sur les manches de guitare, provoquant ainsi une musique hasardeuse, étrangement mélodieuse. Si l’on est touché par cette pièce bien connue du plasticien français, dont le choix nous semble avisé pour montrer à quel point l’art contemporain peut être poétique, sensible et immédiatement compréhensible, d’autres écrivent rageusement dans le livre d’or à quel point elle les offense, odieuse mise en cage d’oiseaux qui devraient être libres (bien qu’il soit expliqué qu’il s’agit là d’animaux domestiqués depuis longtemps).

Originaires d’une dizaine de pays différents, les onze autres artistes invités font moins de scandale, mais provoquent tout autant de beauté. Surtout la jeune et toujours géniale Bianca Bondi (née en 1986) qui investit une petite pièce façon boudoir avec un lit ancien couvert de draps blancs, du sel sur le sol comme un enchantement, et des plantes qui émergent de l’ensemble, faisant fleurir l’intimité figée de cette chambre hallucinée (L’Antichambre (Mythes de descente et de retour II), 2024) [ill. en Une].

Hicham Berrada, Présage 04/05/2024
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Hicham Berrada, Présage 04/05/2024, 2024

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Courtesy Hicham Berrada et Galerie Mennour, Paris / © ADAGP, Paris, 2024 / Photo Laurent Lecat

Hicham Berrada (né en 1986) séduit aussi avec sa vidéo panoramique, comme un paysage en mouvement de minuscules formes de vie en évolution perpétuelle (Présage 04/05/2024, 2024). Ruben Brulat (né en 1988) émeut avec son installation énigmatique réalisée à partir de branches récoltées lors de ses marches dans les environs, et Kiki Smith (née en 1954) nous emporte dans ses bras de fées avec ses créatures, mi-jeunes filles, mi-animales, comme sorties d’un conte.

Une figure locale

Une peinture de  Vojtěch Kovařík dans l’exposition « Habiter le Monde », Le Château – Centre d’Art Contemporain et du Patrimoine d’Aubenas, France, 2024
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Une peinture de Vojtěch Kovařík dans l’exposition « Habiter le Monde », Le Château – Centre d’Art Contemporain et du Patrimoine d’Aubenas, France, 2024

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Photo Laurent Lecat

L’ensemble formule un très beau poème, où l’homme (les portraits saisissants de Vojtěch Kovařík) et la nature (Gino de Dominicis tentant de voler dans un vaste paysage) interagissent dans un ballet sensuel (Sheila Hicks et ses cordes qui égrènent les heures), parfois excessif (les sculptures techno-futuristes de Yein Lee), souvent captivant (les grandes peintures abstraites de Xiyao Wang)

Si Victor Secretan a associé ici de grands noms de l’art et de jeunes pousses prometteuses déjà bien connues du marché, les commissaires Élodie Kuhn et Reno Leplat-Torti ont en parallèle fait le choix judicieux de consacrer l’autre exposition inaugurale à une figure bien connue en Ardèche, le « peintre et conteur » Gérard Lattier (né en 1937).

Vue de l’exposition « Gérard Lattier, mythologies ardéchoises », 2024
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Vue de l’exposition « Gérard Lattier, mythologies ardéchoises », 2024

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Photo Laurent Lecat / Courtesy Gérard Lattier

Autodidacte, ancien employé de la mairie de Nîmes, l’Ardéchois est associé à l’art brut (son travail est représenté au sein de la Collection de l’art brut à Lausanne) et se découvre ici au fil d’un ensemble de peintures fourmillant de détails et parcourues d’écritures, lesquelles racontent en patois ou en français sa terre natale, la vie quotidienne, le tourisme, mais aussi son enfance, différents ragots sur les gens du coin… Une découverte étonnante, pas de deux rieur  qui témoigne de la palette des possibles envisagée par ce nouveau centre d’art. Que l’on suivra de près !

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Habiter le Monde

Du 6 juillet 2024 au 13 octobre 2024

www.lechateauaubenas.com

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Gérard Lattier

Du 6 juillet 2024 au 5 janvier 2025

www.lechateauaubenas.com

Retrouvez dans l’Encyclo : Kiki Smith

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