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Jean-Michel Othoniel, La Fontaine des Fleurs Mouvantes, 2024
fontaine • 440 m2 • © Adagp, Paris 2024
Paul Valéry et Georges Brassens y sont nés. Agnès Varda y a passé sa jeunesse, et a dédié au quartier de la Pointe Courte son premier long-métrage en 1955. Puis il y a eu Robert Combas, Hervé Di Rosa, représentants facétieux de la figuration libre, et désormais Jean-Michel Othoniel, Johan Creten, Céleste Boursier-Mougenot ; et encore bien d’autres, un peu moins connus, tels Adrien Fregosi, Ève Laroche-Joubert, Lucas Mancione.
On pourrait égrener les noms, ou plus simplement dire que cela fait des décennies que Sète attire les artistes, qui y vivent, y peignent, filment ses paysages, y ouvrent même des espaces d’exposition comme le MIAM (musée international des Arts modestes, créé en 2000 par Hervé Di Rosa et Bernard Belluc)…
Jardin du fort Richelieu, 2020
© Tiziana
Plus discrète que Paris, plus alternative que la Provence, Sète est une ville singulière, à part, aux traditions anciennes (les fameuses joutes qui ont lieu à la fin du mois d’août sur ses canaux) et au port poétique ; une ville horizontale, dont les voies ont tantôt des allures d’avenues haussmanniennes, peuplées de grands appartements, tantôt de ruelles italiennes, pauvres, ombragées. En l’arpentant, on comprend vite pourquoi elle attire les artistes, eux qui ont toujours l’œil pour se trouver des nids d’inspiration particulièrement douillets.
Décor devenu très touristique de la série télévisée Demain nous appartient (diffusée depuis 2017), Sète est aussi une ville contemporaine, qui a entamé de grands chantiers. La place Victor Hugo, notamment, a été entièrement creusée pour construire un parking de centre-ville, juste en face du théâtre Molière et d’un immense lycée désaffecté appelé à rouvrir pour accueillir des élèves dès septembre prochain.
« À Sète, on est un peu sur une île, a déclaré devant la presse son maire François Commeinhes (divers droite, depuis 23 ans au pouvoir malgré plusieurs condamnations), le 23 avril dernier. On a besoin des artistes pour nous accompagner dans notre renouvellement urbain. » Pour la place Victor Hugo, c’est Jean-Michel Othoniel (né en 1964) qui a été choisi. « Sétois d’adoption, nous a-t-il expliqué, je n’ai pas eu envie de faire une sculpture monumentale, mais plutôt de travailler dans l’horizontalité et d’arriver de façon discrète. » Le résultat est superbe : au sol, une immense aquarelle d’émail sur carreaux de céramique associe des éclaboussures bleues et rouges. Un clin d’œil à la fête de la Saint-Pierre, qui voit chaque année des Sétois jeter des glaïeuls rouges dans l’eau bleue pour rendre hommage aux marins disparus en mer…
Jean Denant, Pont des arts, 2024
© Corinne Sospedra
« C’est un pont qui essaye d’être une ligne, la plus épurée possible. »
Jean Denant
À deux pas de la fontaine, les anciens bains publics attendent également l’intervention d’Othoniel, prévue pour 2025. Inauguré le 1er mars dernier, le nouveau pont des Arts de Jean Denant (né en 1979) est l’autre grand chantier présenté à la presse le 23 avril. Soit une bande d’inox lisse passant au-dessus d’un canal et reflétant les alentours industriels de ce quartier d’entrée de ville. « C’est un pont qui essaye d’être une ligne, détaille l’artiste, la plus épurée possible. » Au sol, des empreintes de filets de pêche complètent le clin d’œil à l’identité sétoise. Il faut encore citer le projet de Robert Combas pour la future salle Georges-Brassens, « une œuvre céramique monumentale de 120 mètres carrés », encore à l’état d’esquisse… Affaire à suivre.
Richard Di Rosa, alias Buddy, Madone, 1992 (restauration 2024)
© Tiziana
Voilà donc pour les projets municipaux. Passons au volet des « Balades artistiques en Méditerranée », qui cette fois-ci concerne toute l’agglomération de l’Archipel de Thau, créé il y a vingt ans. « Plutôt qu’une grande fête, on a décidé de faire vingt œuvres », résume le maire de Sète. Une idée guère évidente à mettre en place, puisqu’il a fallu convaincre tous les maires des communes adjacentes, pas forcément aussi friands d’art contemporain que l’élu sétois. Mais le projet est bel et bien lancé, avec des œuvres promises pour la fin de l’année 2024 (Françoise Pétrovitch, Chourouk Hriech et Hervé Di Rosa), et les suivantes pour 2025 et 2026.
Le commissariat a été confié à Salvador Garcia, ancien directeur de Bonlieu scène nationale, qui a fait ses choix parmi les artistes liés à Sète (Maxime Lhermet, Agnès Rosse, François Liguori y ont leur atelier, Chourouk Hriech y a d’émouvants souvenirs) ou pas (Bob Verschueren, Françoise Pétrovitch).
Tim Zdey, Le Globe Klive, 2022
© Corinne Sospédra
Les sites ont quant à eux été choisis par les différents maires, l’idée étant de mettre en valeur les paysages de l’étang de Thau. « L’ambition n’est pas tant d’avoir des retombées touristiques, élude le maire de Sète, que de faire prendre conscience de la beauté de certains sites naturels. »
Comment ? En imaginant un abri dont la forme évoquera celle d’un hippocampe, par exemple – une œuvre de Victoria Klotz pour Frontignan-la-Peyrade, où l’on pourra s’arrêter, souffler, observer l’horizon. En créant un observatoire, comme le fait Ève Laroche-Joubert pour Vic-la-Gardiole. En concevant une balançoire avec vue (Céleste Boursier-Mougenot à Frontignan-la-Peyrade), des sculptures pour les terrasses du château de Girard (Bob Verschueren à Mèze) ou en proposant « un nouvel angle de vue sur la chapelle, patrimoine du centre du village », explique le commissaire au sujet de l’œuvre de Pedro Marzorati pour Montbazin.
Ève Laroche-Joubert, Vallon d’une épaule, 2023
Quatre parcours thématiques seront dessinés entre les œuvres pour prévoir des balades à pied ou à vélo. Une application sera téléchargeable pour avoir sur son téléphone un micro-guide dans la poche. Les promesses sont belles : « On rencontre les habitants, les associations… Il ne s’agit pas d’imposer », précise Salvador Garcia, conscient d’un possible rejet du public. En invitant l’art à interagir avec un paysage tantôt naturel, patrimonial ou industriel, le projet a le mérite de célébrer toutes les facettes de l’Archipel de Thau, l’étang le plus célèbre de France. Reste à voir le résultat… On reviendra !
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