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Tue Greenfort, Tamoya Ohboya, 2017
Table en acier inoxydable, Aurelia aurita, aquarium, projection vidéo, écran de verre • Table : 85 × 260 × 100 cm / Aquarium : 80 × 80 × 80 cm / Vidéo : 5 min 14 sec • © Joris Aust
72 % de la surface du globe sont composés d’eau, et pourtant, la terre constitue le point de référence de l’homme. C’est dans le but de renverser cette perspective qu’« Océans » invite à renoncer aux repères conceptuels que nous connaissons – ceux de la stabilité et de la fixité – pour s’abandonner à une expérience plus « océanique », fluide et en perpétuel mouvement. Pour incarner cet univers aquatique, l’exposition est davantage immersive que narrative, cherchant à évoquer les océans par le biais de l’expérience plutôt que par celui de la description. Une mission artistique dont la portée est aussi activiste, puisque l’événement a été conçu en collaboration avec le département de recherche du Thyssen Bornemisza TBA21 Academy (très impliqué dans les questions environnementales), qui a expédié à cette fin, en 2011, une équipe de biologistes, philosophes et artistes dans le Pacifique. Lors du voyage, ces derniers ont pu découvrir par eux-mêmes les menaces environnementales qui planent sur notre planète et les soumettre à l’analyse transdisciplinaire. Une analyse dont Stefanie Hessler, commissaire d’expositions, présente aujourd’hui le compte rendu au Fresnoy jusqu’au 22 avril.
Au rythme apaisant des vagues, le visiteur est invité à découvrir des objets aussi fascinants qu’intrigants.
Quel rapport entretenons-nous avec les océans ? Que deviennent les fonds marins, dont nous ne percevons l’état réel à l’œil nu, au contact de l’humanité ? Plutôt que de répondre à ces questionnements par un discours théorique, Stefanie Hessler a choisi de nous y plonger la tête la première. Au rythme apaisant des vagues, le visiteur est invité à découvrir des objets aussi fascinants qu’intrigants convoquant la vidéo, la photographie, l’installation… et même l’odorat. C’est le cas du projet de Sissel Tolaas, qui synthétise et répertorie les odeurs de la côte du Costa Rica, actuellement menacée par le changement climatique. Un travail rigoureux et scientifique dont la portée est profondément poétique, voire utopique : saisir l’insaisissable afin de transporter le visiteur dans des contrées lointaines par le seul biais de l’odorat…
Newell Harry, Untitled (Black Sabbath and other Anecdotes), 2015
Photographie noir et blanc, présentée sur une table en acier • 62 × 43 cm • Coll. Thyssen-Bornemisza Art Contemporary, Vienne • © Le Fresnoy, France, 2018 / Newell Harry
Suivant une démarche plus anthropologique, Newell Harry s’est quant à lui penché sur la tradition, le langage et les modes d’échange des îles du Pacifique, dont il interroge la signification afin d’en révéler le caractère arbitraire. Sur des tissus d’écorce traditionnels de Tonga, transmis de génération en génération, l’artiste a imprimé des séries de quatre lettres qu’il réordonne successivement. En résultent des anagrammes amusantes comme YOGA ou GOYA, mais aussi des combinaisons improbables, comme R2D2… Réinvesties d’une signification nouvelle en fonction de leur ordre, les lettres témoignent ici de la fluidité du langage et de l’instabilité de la culture. Un appel à tisser des liens malgré les écarts géographiques et culturels…
Le voyage continue à bord du navire de l’artiste chilien Enrique Ramirez, dont le père, constructeur de voiles, a inspiré l’installation Voile migrante. Étalée au sol et divisée à la manière d’une carte géographique, la voile symbolise, aux yeux de Ramirez, la transmission d’un savoir intergénérationnel autant que la mobilité et la découverte. Penchée sur le passé trouble de son continent (les victimes du régime du dictateur Pinochet, enfouies dans les tréfonds de l’océan ou le sous-marin argentin ARA Sanjuan, disparu en 2017…), son œuvre se tourne aussi vers l’avenir, augurant le trajet qui reste à faire au gré du vent.
Jana Winderen, Bára, 2017
Installation sonore, 28 min • Logiciel audio-spatial : Tony Myatt, University of Surrey, Grande-Bretagne • Coll. Thyssen-Bornemisza Art Contemporary, Vienne • © Le Fresnoy, France, 2018 / Photo Jose Alejandro
Rendre la parole aux océans : c’était la prémisse de Stefanie Hessler lorsqu’elle a piloté cette expédition transdisciplinaire, dont la durée s’est étalée sur sept ans. Le défi a été relevé avec brio. Embarqué dans une exposition où les sujets et les disciplines s’enchevêtrent, le visiteur est invité à naviguer sur l’océan traversé de tempêtes – en plongeant dans un Fukushima post-nucléaire brossé par Anna Vaz – et de calme – en prêtant l’oreille au chant des baleines orchestré par Jana Winderen. Le constat est dressé : à chacun désormais d’agir.
Océans
Du 10 février 2018 au 22 avril 2018
Le Fresnoy • 22, rue du Fresnoy • 59200 Tourcoing
www.lefresnoy.net
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