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Musée de l'Orangerie

Fénéon, insatiable découvreur des avant-gardes

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Fervent défenseur des avant-gardes, Félix Fénéon a mis sa plume et son style sophistiqué au service des artistes, et en particulier des néo-impressionnistes. Son engagement en faveur de l’art de son temps est aujourd’hui célébré à l’Orangerie à l’occasion de l’exposition « Félix Fénéon. Les temps nouveaux, de Seurat à Matisse ».
Félix Vallotton, Félix Fénéon dans le bureau de La Revue blanche
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Félix Vallotton, Félix Fénéon dans le bureau de La Revue blanche, 1896

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Huile sur carton • 52,5 × 66 cm • Coll. Josefowitz, Londres • ©Leemage / Bridgeman / Photo Josse

Félix Fénéon a 19 ans lorsqu’il s’installe à Paris, après avoir été reçu premier au concours de rédacteur du ministère de la Guerre. Passionné d’art et de littérature, il ne donnera jamais suite aux projets de romans de sa jeunesse, préférant, tout au long de sa vie, mettre sa plume au service des autres à travers la critique et se consacrer à la découverte de nouveaux talents. Profitant de la loi sur la liberté de la presse de 1881, le jeune homme commence alors par s’investir corps et âme dans la création et l’animation de « petites revues », où les poètes aiguisent leur plume et se révoltent envers l’académisme et le naturalisme dominants. Sa carrière ne fait que commencer.

Écrire et publier : les passions d’une vie

En 1884, Fénéon participe à la fondation de La Revue indépendante, puis devient, deux ans plus tard, rédacteur en chef de La Vogue, en collaboration avec le poète Gustave Kahn. Outre ces deux publications majeures, de nombreuses autres revues d’avant-garde eurent l’honneur d’accueillir son sens de la formule et son style incisif : Le Chat-Noir, La Revue wagnérienne, La Plume ou encore L’Art moderne de Bruxelles. Comme beaucoup de jeunes gens à cette période, Fénéon est alors séduit par les théories anarchistes et trouve à exprimer ses idéaux dans des journaux libertaires comme La Cravache, L’En-dehors et Le Père Peinard.

Théo Van Rysselberghe, Une lecture
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Théo Van Rysselberghe, Une lecture, 1903–1908

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Huile sur toile • 187 × 240 cm • Coll. musée des Beaux-Arts, Gand • ©Leemage / Bridgeman / Heritage image

Personnalité importante du milieu littéraire parisien, proche de Jules Laforgue mais aussi de Mallarmé, Fénéon s’est inscrit dans l’histoire de la littérature par la publication de textes devenus par la suite des classiques – les Illuminations de Rimbaud, dans les pages de La Vogue en 1886, Les Chants de Maldoror de Lautréamont, quatre ans plus tard – ; ainsi que par son action en faveur de la diffusion en France de l’œuvre d’Ibsen et de Dostoïevski, ainsi que celle de James Joyce quelque temps plus tard.

Georges Seurat, Cirque
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Georges Seurat, Cirque, 1891

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Huile sur toile • 55,2 × 46,2 cm • Coll. musée d’Orsay, Paris. • © RMN-Grand Palais

Après avoir été arrêté puis acquitté dans le cadre du procès des Trente, visant à juger les personnalités à l’origine des attentats anarchistes parisiens, Fénéon se voit confier par son avocat, Thadée Natanson, le secrétariat de rédaction de La Revue blanche de 1894 à 1903. Il fait alors de ces pages l’une des plus importantes plateformes de diffusion du symbolisme littéraire en invitant Gide, Jarry, Maeterlinck, Verhaeren et Strindberg à collaborer. Parallèlement, il retrouve des peintres qu’il apprécie comme Bonnard, Vuillard sans oublier Vallotton et Toulouse-Lautrec. Ces derniers laissent plusieurs portraits de lui, séduits par sa personnalité et son intelligence critique mais aussi par son physique longiligne si particulier. Après 1900, il passe au Figaro, puis au Matin où il se rend célèbre en tenant la rubrique des faits divers « en trois lignes ».

Déjà remarquable dans le domaine littéraire, son rôle auprès de ses contemporains est également exceptionnel sur la scène artistique, tant par sa longévité que par la sûreté de ses choix critiques et esthétiques. Alors qu’il fait ses débuts littéraires, le jeune Fénéon visite parallèlement les musées et fréquente avec assiduité les expositions. Dès 1883, il est en mesure de fournir ses premiers comptes rendus à La Libre Revue dans lesquels il fustige la médiocrité académique et réserve ses premiers éloges à Puvis de Chavannes dont il salue l’originalité. En 1886, c’est à lui que revient l’honneur de baptiser sous le nom de « néo-impressionnisme » une nouvelle manière scientifique de peindre, fondée sur la division des tons.

Paul Signac, Concarneau ; pêche à la sardine. Opus 221 (adagio),
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Paul Signac, Concarneau ; pêche à la sardine. Opus 221 (adagio), , 1891

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Huile sur toile • 65 × 81 cm • Coll. Museum of Modern Art, New York • © RMN-Grand Palais

Nous sommes alors en 1886 et Seurat présente Un dimanche après-midi à l’île de la Grande Jatte à la septième et dernière exposition du groupe impressionniste. Tandis que beaucoup se gaussent de cette esthétique « pointilliste », Fénéon prend la défense de Seurat et de ses amis, Pissarro et Signac, bientôt rejoints par Albert Dubois-Pillet et Maximilien Luce. Pour le critique de La Vogue et de L’Art moderne, ceux qui font désormais événement avec leur approche scientifique ont trouvé un substitut définitif à une esthétique impressionniste finissante et approximative dans sa technique. Grâce à sa plaquette intitulée Les Impressionnistes en 1886, dans laquelle il regroupe une sélection de ses textes consacrés aux principales expositions de l’année, Fénéon devient le porte-parole des jeunes « néos » qu’il défend avec un style époustouflant et sophistiqué, mais toujours clair et précis.

Paul Signac, Opus 217 (…) Portrait de Félix Fénéon en 1890
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Paul Signac, Opus 217 (…) Portrait de Félix Fénéon en 1890, 1890-1891

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Huile sur toile • 73,5 x 92,5 cm • Coll. Museum of Modern Art, New York • © Bridgeman Images

Durant deux décennies, Fénéon défend les gloires du siècle passé comme Van Gogh, Gauguin, Cézanne, sans oublier Seurat, mais s’investit aussi pour les avant-gardes.

Là est d’ailleurs l’un de ses grands mérites : avoir mis au service des peintres une écriture serrée et truculente, capable de s’adapter à leurs techniques et à leurs sujets pour mieux rendre leurs effets plastiques et servir la cause de l’art moderne dont il est l’un des plus subtils interprètes. Signac rend d’ailleurs hommage à son ami au Salon des indépendants de 1891 avec son Opus 217. Sur l’émail d’un fond rythmique de mesures et d’angles, de tons et de teintes. Portrait de Félix Fénéon en  1890. Tenant un cyclamen et détachant son profil anguleux qui rappelle celui de l’oncle Sam, Fénéon apparaît tel un prestidigitateur malicieux faisant apparaître de son chapeau une myriade de couleurs et de motifs confinant à l’abstraction décorative. Cependant, la mort prématurée de Seurat en cette même année 1891 et l’apparition des premières dissensions entre les membres du groupe néo-impressionniste marquent profondément Fénéon qui, progressivement, prend ses distances avec cette esthétique sans pour autant abandonner la cause de l’art moderne.

Pierre Bonnard, Les Frères Bernheim-Jeune
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Pierre Bonnard, Les Frères Bernheim-Jeune, 1920

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Huile sur toile • 166 × 155,5 cm • Coll. musée d’Orsay, Paris • © RMN-Grand Palais / Hervé Lewandowski

C’est essentiellement à la galerie Bernheim-Jeune, qui l’emploie de 1906 à 1925, que Fénéon trouve maintenant à s’illustrer. Celui qui avait déjà contribué à exposer l’œuvre de la génération post-impressionniste dans les locaux de La Revue indépendante continue désormais dans cette voie de manière plus ambitieuse, grâce aux moyens de cette importante galerie. Durant deux décennies, Fénéon défend les gloires du siècle passé comme Van Gogh, Gauguin, Cézanne, sans oublier Seurat, mais s’investit aussi pour les avant-gardes qui intéressent particulièrement cet esprit toujours curieux. À cet égard, c’est à lui que les futuristes italiens doivent leur première exposition parisienne en 1912, eux qui perpétuent les recherches luministes lancées trente ans plus tôt par les néo-impressionnistes français et belges. Qu’il s’agisse des Fauves, de Picasso, de Modigliani ou encore d’Utrillo, tous ont vu leurs œuvres passer sur les cimaises de la galerie Bernheim-Jeune, dont la réputation doit beaucoup à l’intelligence critique et à la pertinence des choix de Fénéon, l’un des esprits les plus brillants et les plus fins de la période.

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Félix Fénéon. Les temps nouveaux, de Seurat à Matisse

Du 16 octobre 2019 au 27 janvier 2020

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