En partenariat avec le Musée des Arts décoratifs

François Azambourg, Chaise Pack « loupée ». 3e prototype de recherche, Automne 1999. Appel permanent du VIA 2000
© Les Arts Décoratifs / Photo : Charlaine Croguennec / Hom project
François Azambourg, Mobile à hélices, 2012
Après Calder…
La première table de l’exposition est celle d’un Jules Verne des temps modernes, couverte d’un joli bazar d’objets, d’inspirations et de carnets noircis d’idées. Et si François Azambourg est designer et non écrivain, lui aussi nous entraîne dans un grand voyage à travers ses rêves et sa fascination pour l’aviation. Une courte citation, inscrite sur la table, lui tient d’ailleurs à cœur : « J’ai une marotte. Je soupèse tout. Ce qui est léger m’est sympathique. » La phrase est d’Henri Mignet, concepteur pionnier de l’aviation légère. Comme lui, François Azambourg recherche le peu de poids, et conteste l’idée qu’un objet lourd est forcément plus luxueux, plus désirable, qu’un objet léger. On comprend ainsi sa fascination pour les mobiles, dont voici un exemple de 2012. Un autre, plus loin dans le parcours, touche au cœur : en 1994, il a conçu un premier essai avec de fines tiges de métal et des feuilles de platane, cueillies pour la naissance de sa fille. « Il y a quelque chose d’enfantin dans le mobile qui continue à me captiver et m’amuser. »
Édition L’ATELIER d’exercices Samba, corde à piano, aluminium, élastique en latex, galet en granit, plomb, gaine thermorétractable • © Studio L’Atelier du Vin
François Azambourg, Lampe Inga, 1999 (date de création)
Mini-lampe, maxi-lumière
Cette toute petite lampe de bois devait s’appeler Sylvestre, en référence à son matériau. Mais François Azambourg a changé d’idée en rencontrant Inga Sempé, fille du célèbre dessinateur, designer elle aussi… et grande amie de François. Conçue en 1999, elle n’est faite que d’une seule matière et s’inspire des foudres normands dans lesquels le calvados s’affine (François Azambourg étant lui-même d’origine normande), soit de grands tonneaux dont les lattes de bois sont serrées entre elles par des cercles de métal. Le bois de sycomore, si fin qu’il en devient translucide et laisse passer la lumière, est ici tourné de façon à ce que les surépaisseurs de bois cerclent elles-mêmes la lampe. Née grâce à un « petit stock de bois de lutherie » que le designer avait en sa possession – il a décidément l’art de « faire feu de tout bois » ! –, cette petite lampe réconfortante porte en elle la grâce d’un haïku.
Sycomore tourné, source LED • © Les Arts Décoratifs / Photo : Christophe Dellière
François Azambourg, Chauffeuse et repose-pieds, 1998
L’alliance de la mousse et du bois, ailleurs qu’en forêt
Auprès de François Azambourg, on apprend une leçon : pour qu’un objet soit léger, il faut qu’il sache ménager le vide. Cette chauffeuse et ce repose-pieds en contreplaqué de bouleau et en mousse de caoutchouc naturel en sont l’exemple parfait. Beaucoup de vide, très peu de bois… La mousse, traitée en « sandwich » (le mot est du designer), permet d’alléger l’ensemble. Il reprendra le principe en l’appliquant à des accessoires de maroquinerie réalisés pour une célèbre maison de mode : « Quand j’ai contacté Hermès (…), j’ai exprimé l’idée que la légèreté est le vrai luxe, et qu’elle devrait s’imposer puisque les bagages sont désormais portés par leur propriétaire. » Et de convaincre, avec ses prototypes de valises en « cuir-mousse », un « sandwich » de cuir et de mousse.
Prototypes - Contreplaqué de bouleau et mousse de caoutchouc naturel • Coll. musée des Arts décoratifs, Paris, Don VIA, 2017 • © Les Arts Décoratifs / Photo : Christophe Dellière
François Azambourg, La Chaise de Monsieur Bugatti
De la délicatesse inattendue de la tôle
Défier les possibles de l’industrie, repousser ses limites. François Azambourg n’a cessé de le faire, notamment en travaillant l’idée de se débarrasser des moules (par exemple avec la chaise textile Pack, précédemment évoquée) et en utilisant de la tôle. Pour cette assise, tout est parti d’une erreur artisanale : la mousse expansive placée à l’intérieur du métal s’est emballée et a fait craquer ses soudures. La tôle s’est froissée. Par là-même, elle s’est adoucie, davantage semblable à un textile ; ses irrégularités l’ont rendue plus sensuelle, plus fragile, plus charnelle. Elle donne envie d’être explorée du bout des doigts… Plus tard, François Azambourg travaillera le métal à partir d’un grillage, plié comme un origami (Grillage, 2008).
Prototype. Structure en feuille de métal froissé, soudé et laqué bleu, garni de mousse polyuréthane • © Les Arts Décoratifs / Photo : Charlaine Croguennec / Hom project
François Azambourg, Vase Brindille, 2017
Un vase avec bouquet intégré
S’il a fondé son propre studio de design, François Azambourg n’a cessé de multiplier les collaborations – avec la Manufacture de Sèvres, l’éditeur Ligne Roset, la galerie kreo… Très fructueux, son travail avec le Centre international d’art verrier a donné lieu à différentes recherches autour du verre, dont la fusion permet d’imprimer le bois qui le contient (Douglas, 2017), de se gonfler en capitons grâce à des clous (Picot, 2011)… Ou, comme ici, de prendre l’empreinte de végétaux. Les fleurs et les plantes disparaissent dans le feu, laissant à jamais leurs silhouettes graciles dans le verre refroidi du vase. Ce dernier n’a ainsi (presque) plus besoin de fleurs coupées ! François Azambourg met également en évidence le processus de fabrication, et rend l’objet à la main et à l’idée : celui-ci est lisible, et par là-même anti-industriel.
Édition CIAV Meisenthal - Verre soufflé • Studio François Azambourg • © Les Arts Décoratifs / Photo : Christophe Dellière
Légèretés manifestes. François Azambourg, designer
Du 9 mars 2023 au 2 juillet 2023
Musée des Arts décoratifs • 107, rue de Rivoli • 75001 Paris
madparis.fr
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Une chaise en quelques minutes
C’est, sans conteste, l’objet le plus révolutionnaire du parcours. Né en 1963 et formé aux Beaux-Arts de Caen puis à l’Ensaama (Paris), François Azambourg tâche depuis ses jeunes années d’inventer, d’innover – de jouer, aussi. C’est pourquoi il s’est lancé à la fin des années 90 dans une aventure un peu folle : créer une chaise en tissu, qui s’achèterait sous la forme d’un petit colis (grand comme une « bouteille de Coca-Cola ») et se monterait toute seule. Sur le paquet, cinq instructions seulement : « tourner le bouton activateur », « secouer la chaise pendant 20 secondes », « laisser reposer dix minutes »… Et voilà la chaise ! Moulée de l’intérieur, elle se gonfle grâce à un « dispositif interne de mousse expansive ». Jamais commercialisée mais parfaitement viable, elle a valu à son auteur des sueurs froides – dont cette étape de travail, débordée par la mousse…