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Bruxelles

Gianni Pettena, architecte hors les murs

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Publié le , mis à jour le
Recouvrir une maison de glace ou d’argile, entrouvrir un mur pour le faire respirer, mettre son corps à l’épreuve : si l’architecte italien Gianni Pettena n’a quasiment rien construit, il a multiplié les gestes forts… de déconstruction. Critique d’une architecture qui serait autoritaire et guiderait fermement nos vies, l’Italien se place du côté de la poésie, de l’art, de la drôlerie. À Bruxelles, le commissaire Guillaume Désanges lui consacre une exposition à la Verrière.
Gianni Pettena, Architecture Forgiven by Nature
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Gianni Pettena, Architecture Forgiven by Nature, 2017

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Installation permanente, Brufa (Pérouse, Italie) • © Studio Gianni Pettena / courtesy de l’artiste et Salle Principale, Paris

Portrait de Gianni Pettena
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Portrait de Gianni Pettena

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© Studio Gianni Pettena

« Présenter Gianni Pettena, ce n’est pas simple. » Guillaume Désanges, pourtant excellent orateur, le reconnaît volontiers : l’Italien (né en 1940) glisse entre les mots et échappe à toute catégorisation, lui qui « navigue entre les pratiques ». Tantôt plasticien, performeur, professeur, designer ou poète, il « reste un architecte, qui vient en contester les fondements ». Et ce dès ses plus jeunes années. Pettena a eu vingt ans dans les années 60, et a fait ses études dans un contexte estudiantin de contestation. Ses camarades, qui allaient bientôt former l’Architecture radicale italienne (avec des collectifs comme Archizoom, Superstudio ou UFO), voyaient dans l’architecture « une forme de domination et d’autorité ». Autrement dit, ils « voulaient faire prendre conscience que l’espace nous contraint ».

Il faut se souvenir qu’alors, l’architecture est fondamentalement politique. Plus que les architectes, ce sont les promoteurs, avec leurs budgets atrophiés et leurs idées courtes, qui entravent la lumière et empêchent de respirer en commandant des pièces étroites et des fenêtres minuscules. Quant aux politiques urbaines en vogue dans ces années-là, leur échec est bien connu : dès la construction des premiers grands ensembles de banlieue, on dénonce la « sarcellite », maladie de ces cages de titans où sont reléguées les populations modestes en périphérie des villes. Entre autres événements, 1968 est l’année de sortie du Droit à la ville du philosophe Henri Lefebvre, ouvrage devenu culte qui oppose aux immenses HLM une critique marxiste pointant du doigt l’aliénation qu’ils engendrent. L’exercice de l’architecture se trouve alors mêlé d’une envie de révolution – dont acte.

Gianni Pettena, Vue de l’exposition de Gianni Pettena, « Forgiven by Nature »
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Gianni Pettena, Vue de l’exposition de Gianni Pettena, « Forgiven by Nature », 2021

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© Isabelle Arthuis / Fondation d’entreprise Hermès


Gianni Pettena s’inscrit ainsi dans une époque de débats fougueux, et fait partie d’une contre-culture architecturale dont le « geste le plus fort » est de n’avoir « absolument rien construit ». Ou presque : une maison-cabane pour lui-même sur l’île d’Elbe, qu’on ne verra pas dans l’exposition. Pettena se pose plus en « architecte qui révèle », par exemple en photographiant en 1972–1973 une mine à ciel ouvert, dont « l’architecture est déterminée par une nécessité pragmatique ».

Dans les mêmes années, alors qu’il est professeur invité à l’université de l’Utah à Salt Lake City, Pettena invite ses étudiants à participer à une œuvre-performance qui consiste à tracer tout autour de la ville une ligne rouge, donnant à voir ses limites administratives. Photographiés en plein travail, ils ont fière allure, perchés sur leur pick-up, déversant de la peinture rouge sur le bitume – et rappellent le travail d’artistes adeptes de déambulations, comme Francis Alÿs.

Gianni Pettena, Ice House I
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Gianni Pettena, Ice House I, 1971

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Installation, Minneapolis (États-Unis), courtesy de l’artiste et Salle Principale, Paris

© Studio Gianni Pettena

Ne pas construire, mais intervenir. En 1971, il conçoit son grand œuvre : la Ice House. Il entoure de planches un pavillon du Minnesota, un état aux hivers glacials, y verse de grandes quantités d’eau qui gèlent… Et emprisonnent la maison, ne la laissant voir qu’en transparence. Celle-ci a perdu sa fonction d’accueil, et demeure un objet posé en ville, exposé à l’analyse critique. La même année, il couvre une maison d’argile et la laisse sécher. Petit à petit, celle-ci se fragilise, se couvre de failles, attire les moustiques. Le processus est incontrôlable, et Pettena jubile : lui qui veut éprouver le supposé contrôle absolu de l’architecte aime à voir « la nature qui reprend ses droits ».

Gianni Pettena, Architecture + Nature
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Gianni Pettena, Architecture + Nature, 2011

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Courtesy de l’artiste et Salle Principale, Paris

© Studio Gianni Pettena

En 1972, il conçoit une structure de bois qui attrape les « tumbleweeds » (des amas de branchages qui se forment naturellement) volant au vent, et devient petit à petit « building végétal ». Quarante ans plus tard, en geste manifeste, il écrit le mot « ARCHITECTURE » sur le sable d’une plage et le filme s’effaçant, progressivement léché par les vagues… Pettena n’hésite pas à s’exposer lui-même aux forces qui lui échappe, comme lorsqu’il donne une conférence les pieds dans la mer en hiver, jusqu’à n’en plus pouvoir de froid. Ou lorsqu’il escalade un flanc de montagne à pic, intitulant sa performance Il mestiere dell’architetto (« Le maître de l’architecture », 2002). L’homme est farceur, mais aussi poète : un des murs de la Verrière est ouvert, comme si l’un de ses pans se décollait, pour faire en sorte que le lieu « respire ». On sourit.

Gianni Pettena, Paper (Midwestern Ocean)
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Gianni Pettena, Paper (Midwestern Ocean), 1971–2021

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Performance / installation

© Isabelle Arthuis / Fondation d’entreprise Hermès

À l’ISELP (Institut supérieur pour l’étude du langage plastique), voisin de quelques mètres à peine, une installation de 1971 a été réactivée pour l’occasion. C’est Gianni lui-même, présent par la magie de la visio-conférence lors de la visite des journalistes, qui nous y introduit, expliquant qu’il faut se frayer un chemin dans une pièce peuplée de centaines de bandes de papier pendues au plafond. Comment ? En découpant avec des ciseaux juste ce qui nous est nécessaire pour passer. L’expérience est amusante, et révélatrice de la place que chacun occupe dans l’espace… Finalement, il y a assez peu de bandes coupées. Serait-ce là une manière de nous parler de notre impact sur le monde ? Notre quotidien ne coupe-t-il que ce qui lui faut – ou rase-t-il tout sans vergogne ? Décidément, Gianni Pettena a l’art et la manière de révéler juste ce qu’il faut voir !

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Forgiven by nature. Gianni Pettena

Du 15 janvier 2021 au 13 mars 2021
Une installation de Gianni Pettena intitulée "Paper (Midwestern Ocean)" (1971) est réactivée au sein de l'ISELP (Institut supérieur pour l’étude du langage plastique) situé au 31 boulevard de Waterloo.

www.fondationdentreprisehermes.org

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