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Musée Würth

Hélène de Beauvoir, une peintre dans l’ombre de sa sœur

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Publié le , mis à jour le
Prénom : Hélène. Profession : artiste peintre. Née en 1910, deux ans après Simone, elle est aussi méconnue que sa sœur aînée est célèbre. Hélène de Beauvoir a pourtant réalisé plus de 3000 œuvres fortes et souvent engagées, à la croisée du cubisme, de l’orphisme et du futurisme. Un style singulier que le musée Würth d’Erstein, en Alsace, tire enfin de l’oubli avec une rétrospective.
Hélène de Beauvoir, Femmes de Tanger
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Hélène de Beauvoir, Femmes de Tanger, 1949

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Huile sur toile • 73 x 92 cm • Coll. particulière • Photo Ch. Kempf

Au Louvre, avec sa mère et sa sœur, elle se rendait comme « un croyant à l’office ». C’est là, devant les toiles de Watteau et Delacroix, scrutées des heures entières, que la jeune Hélène voit naître son amour des beaux-arts. Sa si brillante sœur aime écrire ? Elle préfère dessiner : « Enfin un domaine où Simone ne peut rivaliser avec moi », s’amuse celle qui va intégrer l’école Art et Publicité à Paris. Hélène y apprend toutes les techniques, de la gravure sur bois à l’eau forte ; elle se familiarise avec le mouvement grâce au cinéma, et se prend de passion pour la peinture à huile.

Hélène semble promise à un bel avenir. Très proche de Simone, qui finance son premier atelier, elle est la première à se faire connaître. En 1936, à 25 ans, alors que Simone, agrégée de philosophie n’a encore rien publié, Hélène a le droit à sa première exposition à la galerie Bonjean. Et peut s’enorgueillir de s’être fait remarquée par Picasso qui lui lance, devant tout le monde : « Votre peinture est originale. » Dans le quartier du Montparnasse, elle profite pleinement des années d’avant-guerre, furieusement exaltantes, et côtoie Georges Braque et Jean Giraudoux, qui sera son premier amant.

Hélène de Beauvoir, Mondine au chapeau jaune
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Hélène de Beauvoir, Mondine au chapeau jaune, 1954

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Huile sur toile • 81 × 100 cm • Coll. particulière • Photo Ch. Kempf

C’est également au milieu des années 1930 que la jeune peintre s’éprend d’un ancien élève de Sartre, Lionel de Roulet. Malade, il part soigner sa tuberculose au Portugal. Hélène l’y rejoint lorsque la guerre éclate et s’y retrouve « bloquée » après la défaite de la France. Les routes des sœurs Beauvoir se séparent. À la Libération, Hélène suit son mari, devenu diplomate, en Autriche, en Yougoslavie, au Maroc et en Italie. Dans chacun de ces pays, elle apprend, développe son regard, libère son trait ou fait exploser ses couleurs. À Milan, où le couple vit pendant huit ans, Hélène s’oriente vers l’abstraction, expose de nouveau et connaît un relatif succès, qui doit beaucoup à la venue de sa sœur et de Sartre pour le vernissage. Car depuis la publication du Deuxième sexe en 1949, Simone est devenue une star.

L’autre Beauvoir, comme on surnomme Hélène, ne sortira jamais de l’ombre de sa sœur. Les deux femmes entretiennent une relation où s’entremêlent domination et protection. Simone épaule sa sœur, finance l’envoi de ses toiles à l’étranger, ou ses billets d’avion pour assister à ses vernissages. Sa célébrité empêche aussi sa cadette de se faire un prénom, les mauvaises langues voyant dans chacun des articles élogieux qui lui est consacré l’influence de Simone.

Hélène de Beauvoir dans son atelier
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Hélène de Beauvoir dans son atelier

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© DR

À partir des années 1960, Hélène vit pourtant bien loin de sa sœur et de son étouffante notoriété. Elle a posé ses valises à Goxwiller, en Alsace, pour suivre Lionel, nommé à Strasbourg. Là, chaque matin, elle file dans son atelier et travaille sans relâche, plus de 8 heures. « Une journée sans peindre est une journée perdue », aime-t-elle à dire. Sans cesse, elle explore, cherche, innove. « Elle ne voulait pas se répéter. Dès qu’elle maîtrisait une technique, elle se lançait de nouveaux défis et voulait oublier tout académisme. Il y a des périodes très différentes, mais on peut globalement dire qu’elle a fait la synthèse entre abstraction et figuration », résume Marie-France Bertrand, directrice du musée Würth qui consacre une rétrospective à l’artiste.

Hélène de Beauvoir, Paris, Mai 1968
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Hélène de Beauvoir, Paris, Mai 1968, 1969

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Huile sur bois, collage et encre de Chine • 61 x 158 cm • Coll. particulière / Photo Ch. Kempf

Son œuvre est profondément marquée par ses combats militants… jamais très éloignés de ceux de sa sœur. En mai 1968, Hélène participe au mouvement strasbourgeois et réalise une trentaine d’œuvres où transparaît son soutien à la révolution des mœurs qui bouleverse la société. Les couleurs sont violentes et les titres plus qu’évocateurs, tel L’aboutissement de toute pensée est le pavé. Comme l’auteur des Mémoires d’une jeune fille rangée, Hélène de Beauvoir est une féministe engagée. Elle est l’une des signataires du « manifeste des 343 salopes » publié dans Le Nouvel Observateur en faveur de l’avortement, en 1971.

Hélène de Beauvoir, Les Femmes Souffrent. Les Hommes Jugent
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Hélène de Beauvoir, Les Femmes Souffrent. Les Hommes Jugent, 1977

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Huile sur toile • 130 × 196 cm • Coll. particulière / Photo Ch. Kempf

La défense des droits des femmes va occuper une place de plus en plus importante dans sa vie et dans son œuvre. « En 1975, j’ai pris réellement conscience de ce que pouvait être le sort des femmes entre les mains des hommes. C’est l’année où, à Strasbourg, quatre femmes furent tuées par leur mari : une jetée par la fenêtre, trois autres mortes sous les coups », écrit-elle dans ses Souvenirs, publiés en 1987. Dans nombre de ses toiles, elle dénonce les souffrances des femmes, comme lorsqu’elle peint cet imposant triptyque : une femme nue pointée du doigt par quatre juges accusateurs en robe (Les femmes souffrent, les hommes jugent, 1977). Ces tableaux militants lui valent une reconnaissance à l’étranger, où elle est régulièrement exposée dans les années 1970. Elle s’engage aussi au quotidien, en soutenant l’association SOS – Femmes Solidarité – Centre Flora Tristan, un foyer d’hébergement et de réadaptation sociale pour les femmes victimes de violences conjugales, dont elle devient la présidente en 1981.

En 1986, Simone, sa sœur, sa compagne de combats, s’éteint. Hélène, qui l’a accompagnée dans ses dernières années sans Sartre, peint un dernier portrait d’elle et l’installe au-dessus de sa cheminée à Goxwiller, tel un ange gardien. Mais la publication des Lettres de son aînée à Sartre, en 1990, lui plante un couteau dans le cœur : elle y découvre le peu d’estime que Simone avait pour son travail. Ruinée, sous curatelle, et (presque) oubliée de tous, Hélène meurt le 1er juillet 2001, dans sa maison de Goxwiller. Le musée Würth, quasi voisin de son atelier, la sort de l’oubli en organisant la première exposition rétrospective consacrée à son œuvre injustement méconnue. Hélène, qui ne souhaitait qu’une chose – qu’on « se souvienne de sa peinture » – voit son vœu tardivement exaucé.

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Hélène de Beauvoir. Artiste et femme engagée

Du 30 janvier 2018 au 9 septembre 2018

Retrouvez dans l’Encyclo : Georges Braque

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