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Musée du Cristal Saint-Louis

Hippolyte Hentgen : totems ironiques au pays du cristal

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Publié le , mis à jour le
Le duo d’artistes Hippolyte Hentgen investit le dernier étage du musée du cristal de Saint-Louis-lès-Bitche situé au cœur de la Moselle. Invitées par la fondation Hermès et par la synagogue de Delme, centre d’art contemporain voisin, les deux plasticiennes proposent un pied de nez humoristique aux luxueuses collections de bibelots et de vaisselle ancienne.
Vue de l’exposition de Hippolyte Hentgen “Overlay”, à la Grande Place, musée du cristal Saint-Louis
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Vue de l’exposition de Hippolyte Hentgen “Overlay”, à la Grande Place, musée du cristal Saint-Louis, 2018

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© Fondation d'entreprise Hermès / Photo Camille Roux

Portrait de Gaëlle Hippolyte et Lina Hentgen
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Portrait de Gaëlle Hippolyte et Lina Hentgen

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Photo Bruno Fert

Se saisir des codes, s’approprier les formes, citer : telle est la spécialité de Hippolyte Hentgen, représenté par la galerie Semiose à Paris. Car elles sont deux, Gaëlle Hippolyte (née en 1977) et Lina Hentgen (née en 1980) savent que travailler en duo, c’est créer un troisième personnage qui leur permet d’avoir du recul, de la surprise et du second degré vis-à-vis de leur propre pratique de l’art. Elles se tournent d’ailleurs généralement vers le dessin, utilisant sa dimension indéfinie et brouillonne pour créer des œuvres en suspens, presque en cours d’achèvement. Gaëlle et Lina ne se prennent guère au sérieux, en témoigne également leur usage d’images de magazines, de bandes dessinées, de références à l’enfance et à la culture pop, par collage et accumulation – et toujours avec un sens du kitsch élégant, pointu, cocasse.

Leur dernier terrain de jeu se nomme La Grande Place et est, depuis 2007, le lieu de conservation et d’exposition des chefs-d’œuvres du cristal Saint-Louis : le musée a été construit sur les fondations (apparentes !) de l’ancien four à pots de la manufacture voisine, et son parcours façon atelier de bois se déploie en élévation autour de spectaculaires lustres translucides. Sa superbe scénographie, signée des architectes Florence Lipsky et Pascal Rollet, vaut vraiment le voyage – car il vous faudra aller jusqu’à Metz, puis faire une heure de voiture pour enfin arriver à Saint-Louis-lès-Bitche, commune de la cristallerie.

Hippolyte Hentgen, Documents
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Hippolyte Hentgen, Documents, 2016

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Collage sur papier • 36 × 34,4 cm • Courtesy Galerie Semiose, Paris / Photo A. Mole

Le parcours est ainsi conçu qu’il impose au spectateur d’observer toute l’histoire de la cristallerie pour arriver à l’exposition contemporaine du dernier étage : longez les vitrines de vaisselles et d’objets luxueux, parcourez les différentes techniques qui évoluent selon les modes et les siècles et vous arriverez enfin au dernier étage, qui commence par une fenêtre donnant sur la manufacture actuelle (voir les artisans silencieux au travail, fabriquant vases et photophores aux côtés de grands fours brûlants est un spectacle fascinant, qui complète à merveille la visite !), et continue dans l’univers de Hippolyte Hentgen.

Vue de l’exposition de Hippolyte Hentgen “Overlay”, à la Grande Place, musée du cristal Saint-Louis
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Vue de l’exposition de Hippolyte Hentgen “Overlay”, à la Grande Place, musée du cristal Saint-Louis, 2018

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© Fondation d'entreprise Hermès / Photo Camille Roux

Le point de départ de leur série inédite Overlay (du nom d’une technique de fabrication par multiplication des couches) remonte au moment où, durant leur première visite de l’usine, elles ont déniché de nombreux rebus mis de côté à cause de leurs petits défauts – une bulle d’air égarée, par exemple. Fidèles à leurs habitudes de recyclage et d’assemblage, elles se sont emparées de ces vases quasi parfaits pour les compléter de masques, de cordes, de têtes de jouets, de mousse, de dentelle, recouvrant leur surface d’autocollants colorés et de gommettes. À mi-chemin entre la sculpture et l’installation, ces totems mélangent matières nobles et objets pauvres, et prennent des formes anthropomorphes, vivantes ; les vases se transforment ainsi en ventres surmontés de visages, de mains, d’animaux.

Hippolyte Hentgen, Overlay
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Hippolyte Hentgen, Overlay, 2017

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Courtesy Galerie Semiose, Paris / © Hippolyte Hentgen

Deux séries de dessins répondent à ces empilements ludiques : l’une est constituée de différents collages emblématiques du travail de Hippolyte Hentgen, et l’autre est dédiée au fourmillement des artisans de la manufacture, dont les silhouettes au travail sont évoquées grâce à une technique de projection d’encre sur le papier – référence au geste du verrier qui souffle pour créer les arrondis parfaits des objets en cristal.

Leur idée est donc de faire un clin d’œil ironique (mais pas cynique, prennent-elles soin de souligner) à cette manufacture ultra sérieuse ; en explorant ses poubelles, elles ont voulu voir des trésors là où il n’y avait que des rebus. Elles s’amusent aussi du côté désuet du cristal et le remixent à leur sauce, mêlant incongruité et irrévérence pour évoquer une sorte de brocante multiple, où de vieilles peluches de Mickey côtoieraient des services ébréchés de vieille vaisselle. En somme, un dialogue du contemporain avec les savoir-faire.

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Hippolyte Hentgen. Overlay

Du 7 février 2018 au 18 juin 2018

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