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D’après une aquarelle originale de J. R. R. Tolkien, tissage par l'atelier Pinton, Palais de Manwë sur les Montagnes du monde – Taniquetil, 2018
Tapisserie de basse lisse, laine et coton • 318 x 248 cm • Collection Cité de la tapisserie Aubusson • © The Tolkien Trust 1977 / Studio Nicolas Roger
L’endroit, une ancienne école, en l’occurrence l’abbaye-école de Sorèze qui fut un collège jusqu’en 1991, est parfaitement dans le thème pour nous conter cette histoire de l’illustration dans le livre imprimé. Elle se déroule après une poétique animation en mapping vidéo en guise d’introduction à ce voyage. Mais avant de plonger dans les romans d’aventures, un détour s’impose par les textes religieux et leurs fameuses enluminures, soit au Moyen Âge, « la lumière apportée par Dieu pour éclairer le monde ».
La salle de Illustres dans l’abbaye-école de Sorèze
© P. Roux
Premier vecteur de récits, les manuscrits religieux s’enrichissent de scènes figurées, de compositions décoratives ou de lettrines ouvragées, qui touchent l’attention du lecteur et « allument » sa foi. En témoignent les quelques exemplaires sortis des collections de l’abbaye-école de Sorèze, laquelle a aussi voulu montrer la survivance de l’art de l’enluminure au XXe siècle chez des artistes comme Hermine David, peintre des Années folles, ou Dom Robert, maître tapissier, disciple de Jean Lurçat, dont l’œuvre est au centre d’un musée de la tapisserie du XXe siècle entre les murs de cette ancienne école.
Illustration de A.E. Marty, « La Reine de Sabah » dans l’ouvrage : « L’Histoire sainte » de Paul Pitray, 1938
Paris, édition Hachette • © Paris, édition Hachette / Studio Jean-Luc Sarda
Avec l’invention de l’imprimerie en 1450, l’image s’ancre définitivement dans les livres et se répand en Europe. Le répertoire s’ouvre, à partir du milieu du XVIe siècle avec la découverte du « Nouveau monde », à un autre continent : la figuration de la faune et de la flore. Les livres font la part belle à la nature et ses images – c’est une première – vont occuper l’espace à part égale avec le texte.
Daniel de Foé, Les Aventures de Robinson Crusoë, 1870
Illustration • Édition Firmin Didot Frères, Fils & Cie • © Studio Jean-Luc Sarda
Plus tard, à la fin du XVIIIe siècle, le perfectionnement des techniques de reproduction élargit encore le champ des images qui abondent dans les vies des saints, les manuels pratiques, les almanachs… que des colporteurs trimballent d’un bout à l’autre de la France. Surtout on commence à penser le livre comme une œuvre dans un rapport texte/image : « Les auteurs de livres à destination d’un public lettré, explique Élodie Gomez Pradier, co-commissaire de l’exposition, participent souvent au choix des illustrateurs. La gravure devient vraiment partie prenante du texte. » Et puisque nous sommes juste à côté du musée de la tapisserie du XXe siècle, le parcours n’hésite pas à déployer pour illustrer cette importance de l’image plusieurs romans de l’immense J. R. R. Tolkien, avec une magnifique tapisserie réalisée à Aubusson d’après une aquarelle originale de l’auteur de la saga du Seigneur des anneaux [ill. à la Une].
Les grands éditeurs commencent à voir les enfants comme des lecteurs à part entière.
Le but est de séduire le lecteur ! Pour cela, les illustrateurs n’hésitent pas à puiser dans le répertoire pictural des grands peintres, voire à recycler une iconographie à la manière des publicitaires d’aujourd’hui. Un potentiel magnifiquement exploité dans les contes qui vivent un véritable âge d’or au XIXe siècle, en témoigne les récits de la Comtesse de Ségur dans des petits volumes de la Bibliothèque rose illustrés par Gustave Doré. Porté par l’alphabétisation croissante, toute une littérature pour la jeunesse éclot et certains romans, en particulier d’aventures, doivent leur succès à l’image.
Benjamin Rabier, Les Contes du lapin vert, 1931
Illustration • Collection privée • © Paris, Éditions Jules Tallandier / Studio Jean-Luc Sarda
En plus de stimuler l’imagination des bambins, l’image les éduque.
Les grands éditeurs, comme Pierre-Jules Hetzel, commencent à voir les enfants comme des lecteurs à part entière, qu’ils emmènent en voyage Vingt Mille Lieues sous les mers (1869) avec Jules Verne. Ils les font rire aussi avec les Scènes de la vie privée et publique des animaux (1840–1842), caricatures de l’illustrateur Grandville, singeant La Comédie humaine de Balzac ou les contes peuplés de « lapin vert » et autres « chien jaune » de Benjamin Rabier. En plus de stimuler l’imagination des bambins, l’image les éduque : « depuis le milieu du XIXe siècle, atlas, histoires et planches pédagogiques ont fait leur entrée dans les salles de classes », souligne Élodie Gomez Pradier en pointant à l’expo quelques planches de sciences naturelles.
À gauche, “Scènes de la vie privée et publique des animaux. Études de mœurs contemporaines” par Jean-Jacques Grandville et sous la direction de P-J. Stahl (1842). À droite, “L’Éléphant et le singe de Jupiter”, lithographie par Alexander Calder dans les “20 Fables de La Fontaine” (1970)
Collection privée • © Paris, Editions Hetzel & Éditions Cristobal de Acevedo / Studio Jean-Luc Sarda
Toujours à la pointe du progrès, l’image dans le livre imprimé fait encore un bond avec l’arrivée de l’offset en imprimerie, donnant naissance à l’album en grand format et plein de couleurs tel que nous le connaissons aujourd’hui. Qui n’a jamais lu ou entendu parler des albums du « Père Castor » ou des Contes du chat perché de Marcel Aymé ? Ces best-sellers de l’entre-deux-guerres ont traversé le temps et les générations.
Laurent de Brunhoff, Babar fait de la gymnastique, vers 1970
Lithographie • 22 × 28 cm • Collection privée • © Héritiers de Brunoff, 2023 / Studio Jean-Luc Sarda
Mais c’est Babar, l’éléphant né dans les années 1930 sous le crayon Jean de Brunhoff, et dont l’histoire sera poursuivie par son fils, qui tient la vedette de l’exposition. On y admire, un brin nostalgique, deux belles planches sorties de Célesteville. On aime aussi rêver devant les gouaches très chagallienne de Jacqueline Duhême. « Imagière », comme elle aimait se définir, au destin hors norme, aujourd’hui retraitée à la Maison des artistes de Nogent-sur-Marne, Jacqueline Duhême assista autrefois Matisse pour ses gouaches découpées, a voyagé avec De Gaulle, fait amie avec Jacqueline Kennedy, et posé son imaginaire sur des textes de Jacques Prévert… Une bien belle histoire !
Images imaginaires dans le livre illustré d’Homère à Tolkien
Du 18 mai 2023 au 8 octobre 2023
Cité de Sorèze
www.cite-de-soreze.com
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