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BILBAO

C’était les Années folles ! 5 raisons d’être nostalgique

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Publié le , mis à jour le
Et si la frénésie des Années folles nous attendait à nouveau, au terme de la crise sanitaire ? Entre utopies extravagantes et robes à franges, une réjouissante exposition présentée au musée Guggenheim de Bilbao nous transporte dans cette singulière période d’effervescence artistique. Voici 5 raisons d’imaginer son retour !

1. Liberté des femmes : la mode suivait !

Fini le corset qui compresse la poitrine. Adieu aux robes si longues qu’on se prend les pieds dans l’ourlet… Les femmes, qui ont assuré pendant la Première Guerre mondiale le travail des hommes partis au front, refusent dorénavant de s’enfermer dans leurs étouffants corsets ou de passer des heures à coiffer leurs longues chevelures. Carré court, robe souple coupée aux genoux : leur émancipation est encouragée par les grands couturiers, de Paul Poiret à Coco Chanel en passant par Madeleine Vionnet. Cerise sur le gâteau : elles se mettent à fumer et à conduire comme les hommes. En 1925, pour le magazine de mode allemand Die Dame, l’artiste polonaise Tamara de Lempicka se représente au volant d’une voiture de course, cheveux courts et bouclés enfermés dans un bonnet Hermès, les lèvres rouge vif. Quelle assurance !

Madeleine Vionnet, Robe de cocktail
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Madeleine Vionnet, Robe de cocktail, vers 1928

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Soie • © Kunsthaus Zurich / Photo Franca Candrian

2. Les expérimentations visuelles fleurissaient

Photographier sans appareil photo ? C’est l’invention folle de László Moholy-Nagy avec ses « photogrammes », des prises de vues sur lesquelles des objets posés sur le papier photosensible sont comme photographiés par la lumière. Cuillère, fleur, spatule… L’artiste fait varier les modèles et leur temps de pose, afin d’obtenir des empreintes plus ou moins contrastées. Au même moment, Man Ray révolutionne la photographie : lorsque Marcel Duchamp invente sa Rotative, plaques-verre (1920), un ready-made doté d’une hélice qui fait tourner des plaques aux motifs hypnotiques, il photographie l’œuvre en mouvement, donnant à voir un étrange cercle rayé. C’est graphique, divertissant et véritablement surréaliste !

László Moholy-Nagy, Untitled
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László Moholy-Nagy, Untitled, 1925

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Gelatin Silver Print From Photogram • 23,8 × 17,8 cm • © Museum Purchase Funded By The Prospero Foundation

3. Le Bauhaus réinventait le mobilier

En 1919 à Weimar, naît une école exceptionnelle. Fondée par l’architecte Walter Gropius au nom de « l’union du beau et de la raison », elle est ouverte aux talents originaux, aux utopistes qui espèrent changer le monde. Parmi les enseignants : Vassily Kandinsky, Paul Klee ou encore Oskar Schlemmer, des artistes de renom répartis dans une dizaine d’ateliers, de la menuiserie au tissage en passant par l’imprimerie et l’architecture. Entre la chaise Wassily de Marcel Breuer, la théière en acier de Marianne Brandt, le fauteuil Barcelona de Ludwig Mies van der Rohe et les créations textiles d’Anni Albers, d’incroyables chefs-d’œuvre nourrissent une nouvelle esthétique, fonctionnelle et épurée. Après son déménagement à Dessau en 1925, même l’architecture de cette « maison de la construction » (traduit littéralement) devient un manifeste de modernité : c’est un complexe de bâtiments aux immenses façades de verre, où les étudiants occupent de petits appartements reliés à l’école professionnelle et à l’atelier. Tel un merveilleux foyer artistique.

L’école du Bauhaus à Dessau, en Allemagne, avec l’aile des ateliers à gauche et les studios des étudiants à droite. Conçu par Walter Gropius
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L’école du Bauhaus à Dessau, en Allemagne, avec l’aile des ateliers à gauche et les studios des étudiants à droite. Conçu par Walter Gropius, vers 1926

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Photo © Granger / Bridgeman Images

4. On vivait des utopies

Au Monte Verità, colline suisse située au-dessus du lac Majeur en Italie, des communautés sont installées depuis 1900 et vivent sans parti politique ni dogme, sur un modèle de matriarcat. Et dans l’assiette, aucune viande, on pratique le végétarisme ! Dans les années 1920, le danseur Rudolf von Laban vient y fonder une école d’art de vivre qui propose aux élèves de se reconnecter avec la nature. C’est dans ce cadre idyllique, entre eau et montagne, que des danseurs développent de nouvelles manières de se mouvoir : durant l’été 1913, Mary Wigman y invente sa Danse de la sorcière aux mouvements expressifs, non plus chorégraphiés mais guidés par l’âme. Après tout, vivre durant les Années folles, c’est aussi s’épanouir loin des conventions, voyager pour trouver l’inspiration, tenter de nouveaux modes de vie… Le grand gourou de ses originales manières d’habiter le monde ? L’architecte Le Corbusier qui, en 1925, propose son « plan Voisin » : un Paris de trois millions d’habitants dépouillé de ses rues traditionnelles, doté de nouveaux axes de circulation reliant un centre d’affaires, un quartier résidentiel, des cités-jardins… Il faut oser, croire en l’impossible, inventer sans cesse.

De gauche à droite : Totimo, Suzanne Perrottet, Katja Wulff, Maja Lederer, Betty Baaron Samoa et Rudolf Von Laba
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De gauche à droite : Totimo, Suzanne Perrottet, Katja Wulff, Maja Lederer, Betty Baaron Samoa et Rudolf Von Laba

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© Kunsthaus Zurich, Bibliothèque / Photo Johann Adam Meisenbach

5. Vive la danse et la sensualité !

Dès son arrivée à Paris en 1925, « La Vénus d’Ébène » fait un carton. Elle danse le charleston à merveille, se déchaîne sur scène, sait improviser et surprendre, comme lorsqu’elle bouge ceinturée de bananes, vibrante et sensuelle. Joséphine Baker, première interprète métisse de music-hall, est si charismatique que les Parisiennes s’appliquent des crèmes à la noix dit-on, pour foncer leur peau dans l’espoir de lui ressembler. La nuit, elles se ruent dans les cabarets se déhancher au rythme du jazz, à Montmartre ou à Montparnasse. Leurs robes se raccourcissent, leurs corps se dévoilent. Comme sur les photographies de Man Ray saisissant l’artiste suisse Meret Oppenheim entièrement nue, lascivement appuyée au rouage d’une machine (le travail à la chaîne s’active alors furieusement), le sein pressé sur le métal, le sexe caché par la manivelle de l’engrenage… C’est le temps de l’érotisation, de la nudité éhontée. De l’heureuse désinvolture.

Walery (Stanislaw Julian Ignacy), Joséphine Baker aux Folies Bergère à Paris
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Walery (Stanislaw Julian Ignacy), Joséphine Baker aux Folies Bergère à Paris, 1926

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Photographie coloriée • © René Dazy / Bridgeman Images

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Les Années folles

Du 7 mai 2021 au 19 septembre 2021

www.guggenheim-bilbao.eus

Visuel à la Une : Grethe Jürgens, Mannequins de coiffure (Frisierpuppen), 1927. Huile sur toile • 96,5 × 59,5 cm • Coll. particulière • © Sprengel Museum Hannover, Vermächtnis Grethe Jürgens

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