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Juergen Teller, Suzanne in Hydra No. 12, Vogue Italia, Greece, 2017
Tirage giclée • 177,8 x 127 cm • Courtesy Galerie Suzanne Tarasieve, Paris, © Juergen Teller, All rights Reserved
Lorsqu’un photographe de mode branché débarque à Paris, difficile de résister, la presse s’emballe. Numéro, Libération, Les Inrockuptibles, Télérama, Le Figaro… Juergen Teller, 54 ans, est au sommet de sa forme. Représenté par des galeries en France, en Autriche, en Allemagne et aux États-Unis, il est aussi le prince des photographes de mode.
Juergen Teller, Louis XV No.23, 2004
C-type • 50 × 60 cm • Courtesy Galerie Suzanne Tarasieve, Paris, © Juergen Teller, All rights Reserved
Né en 1964 en Allemagne, Juergen Teller débute dans les milieux contre-culturels, en tant que photographe pour des magazines alternatifs, comme Dazed & Confused, I-D, The Face. Il réalise également une flopée de pochettes de disques, notamment pour Björk, qu’il photographiera en 2007 telle une geisha démoniaque avalant un plat de spaghettis teintés à l’encre de seiche. Finalement, Juergen Teller incarne un peu l’appropriation de la contre-culture par les géants du luxe. D’Yves Saint Laurent à Louis Vuitton, en passant par Céline, les grands de la mode s’arrachent aujourd’hui ses services à prix d’or, car, il faut bien l’avouer : les photographies de Juergen Teller sont « cool ». Lumière crue, flash agressif, top models austères ou stars du cinéma indépendant, Juergen soigne son style spontané.
Dans une interview pour Art in America en 2011, il confie pourtant soigneusement planifier ses mises en scène et avoue ainsi avoir pris quelques kilos pour sa série « Louis XV ». Dans cette dernière, le photographe dévoile son intimité avec Charlotte Rampling, n’hésitant pas à réunir sur une même photographie son sexe, le visage de l’actrice et une grande coupelle de caviar. Il voulait avoir l’air « flamboyant, riche et gros ».
Juergen Teller, Louis XV No.26, 2004
C-print • 50,8 x 60,96 cm • Courtesy Galerie Suzanne Tarasieve, Paris, © Juergen Teller, All rights Reserved
Juergen Teller est de fait l’archétype du photographe de mode subversif, un mauvais garçon, chaînette au coup et barbe de trois jours oblige. Celle-ci est indissociable de son travail photographique (il réalise de nombreux autoportraits). Car Juergen Teller ne cultive pas seulement son œil mais aussi sa posture, celle de la personne insupportable qui fascine, comme le personnage principal du film italien La Grande Bellezza, Jep Gambardella, un critique d’art désabusé nageant dans le luxe. Car, encore une fois, il y a bien quelque chose chez Juergen Teller qui, avec provocation, murmure : « Je suis génial, je suis riche et j’aime ça » ou encore, « quand on est riche, vous savez, la vie est absurde. »
Tous ceux que le photographe saisit avec son appareil sont beaux ou connus. Entre Paris, Berlin et New York, ils se prélassent, se marrent ou se défoncent dans des palaces. « La photographie de galeries d’art » de l’Allemand fait écho à son travail commercial, elle a une odeur : celle de l’argent.
Il a notamment photographié le créateur Marc Jacobs, le corps huilé et les jambes écartées, une bimbo affublée d’un top en résille en train de lire un livre du philosophe Platon. Juergen Teller brouille les pistes, de sorte qu’il est impossible de déterminer si la photo a été prise avec sérieux, bienveillance envers son modèle et/ou avec ironie. Probablement tout cela à la fois. Avec le photographe, la vie a la saveur d’un parc d’attractions, d’un cabinet de curiosités, d’un bordel. Il ne faut pas se priver de goûter les plaisirs qu’elle a à offrir. Quitte à en avoir la nausée.
Juergen Teller, Blaine Blaine Blaine No. 1, The Travel Almanac Issue 13, Autumn/Winter 2017, New Orleans, 2017
Tirage giclée • 152,4 × 228,6 cm • Courtesy Galerie Suzanne Tarasieve, Paris, © Juergen Teller, All rights Reserved
En dépit de ce goût pour la superficialité et le pouvoir, Juergen Teller fait des pas de côté, s’octroie des détours. À l’instar des photographies exposées à Paris, à la galerie Suzanne Tarasieve. Une photo pixelisée expose une bouche de laquelle émerge une grenouille. Une autre montre l’actrice Béatrice Dalle en train de rouler une pelle à un arbre. Un autoportrait « ambiance scène de crime » présente le photographe entouré de pêches et d’escargots. C’est sans nul doute ici que loge la transgression. Non pas dans ses photographies ostentatoires de la jet-set recroquevillée sur elle-même. Ces dernières sont les témoins d’une époque narcissique. Elles sentent un peu le renfermé et appartiennent peut-être déjà au passé.
Juergen Teller
Du 13 janvier 2018 au 6 mars 2018
Galerie Suzanne Tarasieve • 7, rue Pastourelle • 75003 Paris
suzanne-tarasieve.com
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