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Kees Van Dongen, Deux yeux, 1911
Huile sur toile • 65 x 54 cm • Coll. particulière • courtesy Het Noordbrabants Museum, Bois-le-Duc © ADAGP, Paris 2018
Au début était la bohème. Des cafés où poètes et rapins refaisaient le monde. Des baraques où les artistes trouvaient la liberté de créer. La Butte était un phare. Et Van Dongen, un papillon. Voilà pour le décor planté dès les premières salles de l’exposition – ce bouillonnement créatif dont la colline de Montmartre accoucha va infuser tout au long de la carrière de l’artiste originaire des Pays-Bas. Le point de départ de celle-ci – tout le propos de l’exposition – ne se trouve d’ailleurs qu’à quelques pas : sur la place actuellement nommée Émile Goudeau (autrefois Ravignan) se dressait le Bateau-Lavoir.
Kees Van Dongen, Montmartre, le Sacré Coeur, 1904
Huile sur toile • 81 × 65 cm • Coll. Nouveau Musée national de Monaco • © ADAGP Paris 2018
C’est en 1899 que Van Dongen se pose sur la colline avec sa compagne Augusta Preitinger, dite Guus. Rue Ordener, puis 10 impasse Girardon : « J’habite tout en haut, écrit Van Dongen, c’est très agréable et je travaille beaucoup… » Formé au dessin et à l’illustration à l’Académie royale des beaux-arts de Rotterdam, il côtoie le critique d’art Félix Fénéon, rédacteur en chef de La Revue blanche, et le néo-impressionniste Maximilien Luce, avec lesquels il partage un esprit anarchiste. Van Dongen est alors illustrateur pour le quotidien Gil Blas ou l’hebdomadaire L’Assiette au beurre. Il y raconte l’histoire d’une jeune fille et de sa mère qui se prostituent pour survivre.
Kees Van Dongen, Les Artistes du cirque, 1904
Pinceau et encre noire, lavis gris, aquarelle, gouache sur papier • Coll. David J. Barnett • Courtesy David Barnett Gallery, Milwaukee, Wisconsin, États-Unis© ADAGP, Paris 2018
Prélude crucial à la carrière de l’artiste qui, au tournant de 1903–1904, passe radicalement de dessinateur à peintre. Van Dongen se saisit de ce qu’il a sous les yeux : des scènes de cirque, des vues du Moulin-Rouge, du Sacré-Cœur… Premier succès dès 1904 avec une exposition à la galerie Ambroise Vollard. La même année, grâce au parrainage de Paul Signac, Van Dongen expose au Salon des indépendants. L’artiste rencontre Maurice de Vlaminck et Henri Matisse. La magie de Montmartre opère. Bientôt, la colline enfantera les Fauves.
La patte de Van Dongen, qui participe au Salon d’automne de 1905, sans être associé aux Fauves, est en train de naître. Ce qu’on voit nettement dans l’exposition. Durant l’été 1905, séjournant dans une maison de campagne à Fleury-en-Bière, Van Dongen moutonne ses ciels et sillonne ses champs de blé à la manière pointilliste. La même année, chez Druet, ses recherches picturales – vibrant Manège de cochons – sont saluées par la presse. Mais c’est en s’installant, en décembre 1905, au Bateau-Lavoir que Van Dongen affirme son caractère. Indépendant, il reste à l’écart du cubisme, peint des acrobates, des danseuses de music-hall. Picasso, en souvenir de ses affinités anar’, le surnomme le « Kropotkine du Bateau-Lavoir ».
Kees Van Dongen, Fernande Olivier, 1905
Huile sur toile • 100 × 81 cm • Coll. particulière • © ADAGP, Paris 2018
En réponse, un an après avoir quitté le Bateau-Lavoir, Van Dongen fera le portrait de Fernande Olivier, compagne de Picasso, en femme charnelle, un drap relevé sur la peau nue, les yeux réduits à deux traits noirs, cernés de rose et de vert. Autre écho au cubiste catalan : les Lutteuses de Tabarin, tableau de 1908, dont on s’attarde à comparer les corps pudiques avec les géométries « sauvages » des Demoiselles d’Avignon par Picasso en 1907.
Kees Van Dongen, Les Lutteuses de Tabarin, 1908
Huile sur toile • 150,5 x 164 cm • Coll. Nouveau musée national de Monaco • © ADAGP, Paris 2018
En 1912, Van Dongen loue un atelier rue Denfert-Rochereau, où il organise de nombreuses fêtes dans un décor de palais oriental.
En 1910 et 1911, Van Dongen se rend en Espagne et au Maroc. À Séville, il peint plusieurs jeunes femmes, dont une Danseuse espagnole. À Paris, entre-temps, le centre de gravité de l’avant-garde cosmopolite s’est déplacé à Montparnasse : en 1912, Van Dongen loue un atelier rue Denfert-Rochereau, où il organise de nombreuses fêtes dans un décor de palais oriental. Son cercle s’agrandit d’écrivains, de modèles, de couturiers. En 1916, il s’éprend d’ailleurs de Jasmy Jacob, directrice d’une maison de couture. Il quitte Guus. En 1919, les nouveaux tourtereaux filent dans le 16e arrondissement, Villa Saïd, puis près de la place Wagram. Les fêtes sont encore plus folles. Van Dongen reçoit des commandes de portraits de tout le gratin. C’est la période « cocktail », des femmes élancées alanguies sur de monumentales toiles : vif succès au Salon d’automne de 1919.
Kees Van Dongen, Fernande, Picasso, Apollinaire et Max Jacob réunis aux Enfants de la Butte rue des Trois-Frères, 1949
Lithographie • 14 × 19 cm • Nouvelle Librairie de France, collection Gérard Jouhet • © ADAGP, Paris 2018
Nouveaux ateliers, nouvel amour, nouveau sujet… Tout a changé. Van Dongen le dessinateur anarchiste s’est mué en peintre mondain. En 1941, sombre épisode, il ira se compromettre, aux côtés de Derain et Vlaminck, dans le tristement célèbre voyage en Allemagne organisé par le parti nazi. Pourtant, l’esprit du Bateau-Lavoir est intact ! Surprise sur une lithographie de 1949 où l’artiste, opérant un retour aux sources, s’est représenté avec Fernande, Picasso, Apollinaire et Max Jacob aux Enfants de la Butte, rue des Trois-Frères. Il y a tout juste cinquante ans, Kees Van Dongen s’éteignait à Monaco à l’âge de 91 ans. Le nom de son dernier atelier ? Le Hollandais, naturalisé français, l’avait baptisé « Le Bateau-Lavoir ».
Van Dongen et le Bateau-Lavoir
Du 16 février 2018 au 9 septembre 2018
Musée de Montmartre • 12 Rue Cortot • 75018 Paris
www.museedemontmartre.fr
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