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Yasmin Le Bon, Palladium, Londres, 1997
Photo Alan Strutt / © Alan Strutt / © Thierry Mugler
Une rétrospective ? Thierry Mugler ne voulait pas en entendre parler… « On m’a souvent proposé d’exposer mes créations, mais l’idée de seulement porter un regard passéiste ne m’a jamais intéressé », a-t-il confié. Pourtant, l’ex-couturier parisien, star des années 80 et 90, a changé d’avis. Après avoir refusé les sollicitations d’institutions internationales prestigieuses comme le V&A Museum de Londres, le Musée des Arts Décoratifs de Paris ou encore le Metropolitan Museum de New York, c’est finalement sur la capitale québécoise que le créateur a jeté son dévolu.
Thierry Mugler au milieu de ses créations
Photo Max Abadian / © Max Abadian
« Le MBAM (musée des Beaux-Arts de Montréal), avec Nathalie Bondil, directrice du musée, et Thierry-Maxime Loriot, commissaire d’exposition, ont été les justes personnes, avec le bon regard, à me proposer de réinventer le passé à travers une mise en scène novatrice, des mélanges éclectiques et une nouvelle vision de mon travail. Il n’y a pas d’avenir sans passé, et j’espère donc que cette exposition ouvrira sur un nouveau futur créatif, inspirant pour ses visiteurs ! » Montréal est une ville qu’il connaît bien puisqu’il a dessiné dès 2003 les costumes du spectacle Zumanity en collaboration avec le Cirque du Soleil.
Danie Alexander : London Sunday Times, mai 1998
Tenue Thierry Mugler, collection « Jeu de Paume », haute couture spring/summer 1998
Photo David LaChapelle / © David LaChapelle / © Thierry Mugler
Un festival de couleurs clinquantes, de coupes anatomiques et de matières surprenantes, placé sous le signe de l’exubérance.
Avec « Thierry Mugler : Couturissime », ce sont près de 140 tenues, pour la plupart restaurées et exposées pour la première fois, qui sont dévoilées au grand public, honorant son travail prolifique, réalisé entre 1973 et 2014. Un festival de couleurs clinquantes, de coupes anatomiques et de matières surprenantes, placé sous le signe de l’exubérance. La haute couture se décline ici à travers accessoires, costumes de scène, clips, vidéos, photographies, documents d’archives, croquis et parfums à l’instar de son best-seller Angel, lancé en 1992 .
« Les couturiers n’aiment pas que leurs rétrospectives ressemblent à des cimetières », ironise Nathalie Bondil. Loin d’être statique, l’exposition « Thierry Mugler : Couturissime » se pose au contraire en véritable spectacle découpé en six actes. « Ils ont été scénarisés pour surprendre », explique Thierry-Maxime Loriot, commissaire de l’exposition. « C’est pour cela que nous avons décidé d’ouvrir l’exposition avec Macbeth, car le public n’associe pas forcément Mugler à Shakespeare. » En 1985, le couturier réalisera en effet près de 70 costumes pour cette tragédie produite par la Comédie-Française. « De plus, chacun des actes a été imaginé par des metteurs en scène, comme le Québécois Michel Lemieux qui a réalisé un hologramme pour l’acte I, ou le studio Rodeo FX qui a signé les effets spéciaux de l’acte « Métamorphoses », consacré à la faune et aux insectes, grande source d’inspiration du créateur. »
« Macbeth ». Vue de l’exposition « Thierry Mugler : Couturissime » au musée des Beaux-Arts de Montréal
Photo Denis Farley / © Thierry Mugler
En s’inspirant du Japonais Issey Miyake, il devient ainsi le premier créateur en Occident à ouvrir son défilé au grand public.
En faisant appel aux nouvelles technologies pour des effets spéciaux immersifs, la scénographie rend hommage aux défilés-spectacles chers à Thierry Mugler, qui ont marqué les esprits dans les années 80 avec leurs mannequins vedettes et ont fait sortir la mode des salons feutrés. « Venant du milieu de la danse, il a inventé le langage du corps, a théâtralisé le défilé et a utilisé la mode pour créer ses propres spectacles », précise Nathalie Bondil. En s’inspirant du Japonais Issey Miyake, il devient ainsi le premier créateur en Occident à ouvrir son défilé au grand public. On est en 1984 et ce sont près de 6 000 personnes qui assistent à son « opéra mode », au Zénith de Paris. 800 projecteurs, 60 mannequins, 350 modèles, 18 techniciens, 20 coiffeurs et autant de maquilleurs sont nécessaires à mettre en place cette machinerie digne d’une superproduction hollywoodienne.
Jerry Hall
Tenue Thierry Mugler, collection « Les Insectes », haute couture printemps-été 1997
Photo Dominique Issermann / © Dominique Issermann / © Thierry Mugler
Si Thierry Mugler est entré dans la légende, c’est aussi parce que son œuvre riche et dense a su consacrer la femme en tant qu’icône puissante, indépendante, sensuelle et assumée. « La femme Mugler est une conquérante qui tient les rênes de son look et de sa vie. Elle est libre, sûre d’elle. Elle s’amuse », proclame-t-il. Pensant ses modèles à même le corps de façon instinctive, et non à partir de croquis, il se permet une totale liberté dans la coupe. Chapeaux surdimensionnés, épaules extra larges, poitrine pigeonnante, cuissardes interminables, talons « sabre », décolleté-fesses, toutes les extravagances sont permises. Son passé de danseur professionnel lui enseigne par ailleurs l’importance de la rigueur et du maintien, indispensable à la construction d’une silhouette, d’une allure. Ce n’est pas sans raison qu’il déclarera à l’historienne de l’art et féministe américaine, Linda Nochlin, que la mode est « la seule forme d’art qui marche dans la rue ».
Il imagine des bêtes de scène, mi-humaines mi-animales, ornées de mille artifices : bustiers « coquillage » en verre cranté, accessoires « oursin », crêtes en relief bleu espadon, ailes de papillon en plumes de coq, écailles brodées de cristaux, de diamants fantaisie et de crin de cheval. « Depuis toujours, je suis fasciné par le plus bel animal sur terre : l’être humain. J’ai utilisé tous les outils qui étaient à ma disposition pour le sublimer », rappelle celui dont les créations spectaculaires reposent sur une recherche méticuleuse de matériaux innovants. Il magnifie le corps de la femme comme par enchantement, poussant à son paroxysme son potentiel érotique.
Vue de l’exposition “Thierry Mugler : Couturissime” au musée des Beaux-Arts de Montréal et, à droite, photo de Karl Lagerfeld, “Toni Garrn Vogue (Allemagne)”, tirage numérique de 2009
Tenue Thierry Mugler, collection Anniversaire des 20 ans. Prêt-à-porter automne-hiver 1995–1996
Photo Nicolas Ruel. © Nicolas Ruel. © Thierry Mugler / Photo Karl Lagerfeld. © Karl Lagerfeld. © Thierry Mugler
Alors que Paris est en pleine révolution soixante-huitarde et hippie, Thierry Mugler défie les tendances et invente la « glamazone », cette working girl chic et urbaine qui s’assume et sort la nuit au Palace. S’inspirant du style « body conscious » des danseuses, il fait ainsi rimer pouvoir de séduction et réussite professionnelle. La science-fiction est aussi pour lui un fantastique terrain de jeu, puisqu’il imagine des silhouettes aérodynamiques et robotiques aux frontières du réel et du transhumanisme, à coup de bikini chromé, costume de gynoïde, body doré à cristaux… « J’ai toujours essayé, dans mon travail, de rendre les gens plus forts en apparence qu’ils ne le sont vraiment. » Des objets couture hors du commun à l’image de sa Maschinenmensch (« femme-robot »), une cuirasse articulée par des empiècements de cuir et de caoutchouc qui a nécessité près de six mois de travail et qu’il a fait défiler en 1995 pour les vingt ans de sa maison. Un chef-d’œuvre qui fascine toujours, de Helmut Newton à Lady Gaga…
Thierry Mugler : Couturissime - Montréal
Du 2 mars 2019 au 8 septembre 2019
Après Montréal, la rétrospective parcourra le monde en faisant escale au Kunsthal de Rotterdam (du 12 octobre 2019 au 8 mars 2020), ainsi qu’à la Kunsthalle der Hypo-Kulturstiftung de Munich (du 3 avril au 30 août 2020).
Musée des Beaux-Arts de Montréal • 1380, rue Sherbrooke Ouest • H3G 1J5 Montréal
www.mbam.qc.ca
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Tenue Thierry Mugler, collection « La Chimère », modèle « La Chimère », haute couture automne-hiver 1997–1998