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La 59e biennale de Venise en 13 images

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Publié le , mis à jour le
Pari réussi pour la biennale de Venise 2022 ! Riche en découvertes, donnant une part immensément belle aux créatrices (elles représentent 80% des invités), la démonstration de Cécilia Alemani, directrice artistique, tente de redéfinir notre rapport au monde. Si des time capsules passionnantes nous font voyager dans le passé, elle propose aussi de belles surprises contemporaines. Le palmarès des pavillons est moins enthousiasmant, peut-être. Mais de la Pologne à la Belgique, quelques projets feront date… Visite en images !
Latifa Echakhch, The Concert
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Latifa Echakhch, The Concert

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La poétique des ruines de Latifa Echakhch

Qu’est-ce qui a provoqué cette ruine ? Quel feu s’en est pris au paysage du pavillon suisse ? Aucun indice n’est donné au visiteur par Latifa Echakhch. À lui de s’inventer les histoires qui peuvent relier les décombres et les immenses et fragiles têtes qui s’y sont endormies. Dans la dernière salle, des flash de lumière orange viennent en rythme les sortir de la totale pénombre. Telles les ruines d’une civilisation oubliée : la nôtre ?

Photo Jean-Michel Pancin

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Pavillon suisse

Giardini

Uffe Isolotto, We Walked the Earth
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Uffe Isolotto, We Walked the Earth

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Uffe Isolotto : sensation gore

Sans doute pas le meilleur pavillon, mais certainement le plus instagramé ! Qu’est-il arrivé à cette étrange famille de centaures ? Le mâle s’est pendu ; la femelle git au sol, semblant saisie en plein accouchement, le visage couvert d’étranges cicatrices… Jonchée de foin noir et attaquée par le pourrissement, leur idyllique ferme a tourné au cauchemar. Entre la fantasy gore et l’hyperréalisme décalé, l’artiste Uffe Isolotto a fait sensation, mais son œuvre ne restera peut-être pas dans les annales de la biennale.

Photo Jean-Michel Pancin

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Pavillon danois

Giardini

Zineb Sedira, Les rêves n’ont pas de titre
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Zineb Sedira, Les rêves n’ont pas de titre

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Zineb Sedira : comme au cinéma

Zineb Sedira nous invite dans son monde d’images à travers une mise en scène très cinégénique : s’ouvrant sur une salle de bal qui évoque Le Bal d’Ettore Scola, et que traversent parfois deux danseurs de tango, elle se poursuit avec la reconstitution de son salon londonien, truffé de souvenirs, et se clôt avec un moyen-métrage. L’artiste y dévoile une autobiographie toute en mises en abyme, au fil de laquelle elle retrace sa relation intime au cinéma, notamment celui de l’Algérie indépendante. Un point de vue enjoué sur les problématiques post-coloniales, qui a reçu une mention spéciale du jury de la biennale.

Photo Jean-Michel Pancin

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Pavillon français

Giardini

Jakob Lena Knebl et Ashley Hans Scheirl, Invitation of the Soft Machine and Her Angry Body Parts
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Jakob Lena Knebl et Ashley Hans Scheirl, Invitation of the Soft Machine and Her Angry Body Parts

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Jakob Lena Knebl et Ashley Hans Scheirl : fantaisie queer

On s’attendait à un sacré spectacle, et on n’a pas été déçu ! Jakob Lena Knebl et Ashley Hans Scheirl ont tout osé : la perruque à frange sur un mutant laqué de vert, la tapisserie cosmique, les divans seventies, et même la (fausse) flaque de pipi au sol, qui jaillit d’un tuyau orné de plumes d’autruche. Une théâtralité ultrakitsch, mais qui a le bon goût de dédramatiser sans verbiage les questions queer.

Photo Jean-Michel Pancin

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Pavillon autrichien

Giardini

Gian Maria Tosatti, Storia della notte e destino delle comete
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Gian Maria Tosatti, Storia della notte e destino delle comete

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Le voyage dans le temps de Gian Maria Tosatti

Silence exigé : cette immense installation se visite sans un bruit, comme on remonterait le temps à pas feutrés. Une usine désaffectée, abandonnée par ses ouvriers ; puis deux antichambres à la lumière glauque, qui donnent en surplomb sur un atelier de couture. Là encore, nul travailleur, juste les outils sans objets. Puis un immense bassin, plongé dans le noir, mais furtivement animé de quelques lucioles. Difficile de cerner exactement l’ambition de Gian Maria Tosatti, qui nous plonge dans l’Italie industrieuse d’antan. Mais, à mi-chemin entre Kabakov et Pasolini, l’expérience immersive qu’il propose ne saurait laisser indifférent.

Photo Jean-Michel Pancin

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Pavillon italien

Arsenale

Małgorzata Mirga-Tas, Re-enchanting the World
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Małgorzata Mirga-Tas, Re-enchanting the World

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Małgorzata Mirga-Tas : splendeur et fierté du peuple rom

S’il y avait un lion d’or du public, ce serait celui-ci! Une fresque pleine de tendresse et d’humanité, dédiée à l’histoire et au quotidien du peuple rom. La Polonaise Małgorzata Mirga-Tas est fière de sa culture et de ses origines : elle lui redonne sa fierté à travers cet incroyable patchwork. Dans la structure, il reprend la fresque du cycle des mois du palais Schifanoia de Ferrare ; dans le dessin, il s’inspire de gravure de Jacques Callot décrivant le peuple voyageur, avec tous les clichés de son temps. Les personnages qu’infiltre l’artiste rom dans cette grille ont, eux, retrouvé leur superbe et leur fierté. Un modèle de réécriture de l’histoire, qui entre parfaitement en écho avec l’état d’esprit de cette biennale 2022.

Photo Jean-Michel Pancin

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Pavillon polonais

Giardini

Katharina Fritsch au pavillon central
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Katharina Fritsch au pavillon central

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Katharina Fritsch : les femmes d’abord

La lionne d’or a donné naissance à une éléphante : et attention, le genre n’est pas anodin ! Aux yeux de Cecilia Alemani, directrice artistique de la biennale, cette sculpture rappelle que les pachydermes composent une société matriarcale. En installant cette monumentale sculpture sous la coupole qui ouvre le pavillon central où se déploie un des deux pans de son exposition, « The Milk of Dream », elle fait de ce prélude le manifeste de l’événement, riche à plus de 80% d’artistes femmes. Au-delà de la déclaration d’intention, Katharina Fritsch a plus que mérité son lion d’or, dont elle a été honorée dès début mars, à l’instar de la Chilienne Cécilia Vicuna.

Photo Jean-Michel Pancin

Alexandra Pirici et Louise Lawler au pavillon central
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Alexandra Pirici et Louise Lawler au pavillon central

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Les hybridations cosmiques d’Alexandra Pirici et Louise Lawler

Voilà une des mises en scène les plus saisissantes de la biennale, à l’étage du pavillon central. La salle est entièrement recouverte d’un spectaculaire papier peint composé par Louise Lawler. On connaît les vues d’expositions et d’œuvres d’art de la photographe new-yorkaise. Mais elle les fait vriller ici, en usant des distorsions que permet le numérique. Au cœur de l’espace, la Roumaine Alexandra Pirici a mis en scène une performance au cours de laquelle les corps se font tour à tour plantes, robots, animaux, intelligences artificielles.

Photo Jean-Michel Pancin

Rosemarie Trockel et Andra Ursuta au pavillon central
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Rosemarie Trockel et Andra Ursuta au pavillon central

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Rosemarie Trockel et Andra Ursuţa, de fil et de verre

Des sculptures de verre à Venise ? Rien de surprenant, dira-t-on… Mais les créatures engendrées par Andra Ursuta sont à mille lieues de Murano : des êtres hybrides qui oscillent entre la sphinge, la méduse, l’informe, la paysanne… Leurs moirures subtiles dialoguent en ouverture du pavillon central avec les tricotages abstraits de Rosemarie Trockel : de vastes panneaux violets, jaunes ou bleus, qui réinventent l’histoire de l’art abstrait au féminin.

Photo Jean-Michel Pancin

Ruth Asawa à Arsenale
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Ruth Asawa à Arsenale

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Les bijoux suspendus de Ruth Asawa

La première invention de l’homme fut l’arme, disent les anthropologues. Et si c’était, plutôt, l’idée de contenir, de recevoir, propose Cecilia Alemani ? Autour de cette idée, elle a imaginé une magnifique Time Capsule (une de ces salles qui forment des parenthèses remontant dans le temps au fil de la biennale) : cette digression de céramique, de papier mâché, de dessin, capturant l’idée de contenant, sont emportées par le précieux display de sculptures en suspens de l’Américaine Ruth Asawa. Des bijoux tricotés de fils de fer, mais aussi de leurs ombres, datés des années 1960.

Photo Jean-Michel Pancin

Ugo Rondinone, Burn Shine Fly
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Ugo Rondinone, Burn Shine Fly

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L’envolée mystique Ugo Rondinone


« Une réflexion sur les merveilles et les mystères de la nature »… Ugo Rondinone voit grand, avec son installation en trois actes dans la somptueuse Scuola gothique. Sur la piazzetta, son fameux cercle d’or donne le la : il s’agit ici de chatouiller le sublime. C’est cet idéal que tente d’atteindre la flopée d’anges féminins et masculins qui montent au ciel de la nef. Leur épiderme peint de ciel bleu et de nuages leur fait frôler le kitsch, mais il y a quelque chose d’enchanteur dans cette drôle d’ascension.

Photo Jean-Michel Pancin

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Scuola grande di san giovanni evangelista

Sestiere San Polo 2454, 30125 • Venise, Italie

Simone Leigh à Arsenale
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Simone Leigh à Arsenale

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Sa majesté Simone Leigh

Elles ont longtemps été invisibles : est-ce le sens du visage aveugle qu’a sculpté Simone Leigh ? Toute entière dédiée à la célébration des femmes noires, à leur histoire longtemps réduite au silence, la première Afro-Américaine à représenter son pays à Venise offre à l’Arsenale une ouverture en majesté. Entourée des dessins magiques de Belkis Ayon, cette immense sculpture lui a valu un lion d’or.

Photo Jean-Michel Pancin

Felipe Baeza à Arsenale
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Felipe Baeza à Arsenale

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Felipe Baeza en pleine nature

Assurément l’une des plus réjouissantes découvertes de l’Arsenale ! Mexicain de New York, Felipe Baeza imagine dans ses peintures complexes, combinées de gravures et collages, des êtres hybrides qui illustrent à merveille la démonstration de la commissaire de la biennale : homme devenant fleur, ou végétaux fusionnant avec l’animal, ses créatures réinventent d’autres liens avec le monde. Le rêve d’une nature où l’humain ne serait plus qu’un habitant à niveau de millions d’autres, et non plus un maître dominateur.

Photo Jean-Michel Pancin

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59e Biennale de Venise

Du 23 avril 2022 au 27 novembre 2022

www.labiennale.org

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