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Latifa Echakhch, The Concert
Photo Jean-Michel Pancin
Uffe Isolotto, We Walked the Earth
Uffe Isolotto : sensation gore
Sans doute pas le meilleur pavillon, mais certainement le plus instagramé ! Qu’est-il arrivé à cette étrange famille de centaures ? Le mâle s’est pendu ; la femelle git au sol, semblant saisie en plein accouchement, le visage couvert d’étranges cicatrices… Jonchée de foin noir et attaquée par le pourrissement, leur idyllique ferme a tourné au cauchemar. Entre la fantasy gore et l’hyperréalisme décalé, l’artiste Uffe Isolotto a fait sensation, mais son œuvre ne restera peut-être pas dans les annales de la biennale.
Photo Jean-Michel Pancin
Zineb Sedira, Les rêves n’ont pas de titre
Zineb Sedira : comme au cinéma
Zineb Sedira nous invite dans son monde d’images à travers une mise en scène très cinégénique : s’ouvrant sur une salle de bal qui évoque Le Bal d’Ettore Scola, et que traversent parfois deux danseurs de tango, elle se poursuit avec la reconstitution de son salon londonien, truffé de souvenirs, et se clôt avec un moyen-métrage. L’artiste y dévoile une autobiographie toute en mises en abyme, au fil de laquelle elle retrace sa relation intime au cinéma, notamment celui de l’Algérie indépendante. Un point de vue enjoué sur les problématiques post-coloniales, qui a reçu une mention spéciale du jury de la biennale.
Photo Jean-Michel Pancin
Jakob Lena Knebl et Ashley Hans Scheirl, Invitation of the Soft Machine and Her Angry Body Parts
Jakob Lena Knebl et Ashley Hans Scheirl : fantaisie queer
On s’attendait à un sacré spectacle, et on n’a pas été déçu ! Jakob Lena Knebl et Ashley Hans Scheirl ont tout osé : la perruque à frange sur un mutant laqué de vert, la tapisserie cosmique, les divans seventies, et même la (fausse) flaque de pipi au sol, qui jaillit d’un tuyau orné de plumes d’autruche. Une théâtralité ultrakitsch, mais qui a le bon goût de dédramatiser sans verbiage les questions queer.
Photo Jean-Michel Pancin
Gian Maria Tosatti, Storia della notte e destino delle comete
Le voyage dans le temps de Gian Maria Tosatti
Silence exigé : cette immense installation se visite sans un bruit, comme on remonterait le temps à pas feutrés. Une usine désaffectée, abandonnée par ses ouvriers ; puis deux antichambres à la lumière glauque, qui donnent en surplomb sur un atelier de couture. Là encore, nul travailleur, juste les outils sans objets. Puis un immense bassin, plongé dans le noir, mais furtivement animé de quelques lucioles. Difficile de cerner exactement l’ambition de Gian Maria Tosatti, qui nous plonge dans l’Italie industrieuse d’antan. Mais, à mi-chemin entre Kabakov et Pasolini, l’expérience immersive qu’il propose ne saurait laisser indifférent.
Photo Jean-Michel Pancin
Małgorzata Mirga-Tas, Re-enchanting the World
Małgorzata Mirga-Tas : splendeur et fierté du peuple rom
S’il y avait un lion d’or du public, ce serait celui-ci! Une fresque pleine de tendresse et d’humanité, dédiée à l’histoire et au quotidien du peuple rom. La Polonaise Małgorzata Mirga-Tas est fière de sa culture et de ses origines : elle lui redonne sa fierté à travers cet incroyable patchwork. Dans la structure, il reprend la fresque du cycle des mois du palais Schifanoia de Ferrare ; dans le dessin, il s’inspire de gravure de Jacques Callot décrivant le peuple voyageur, avec tous les clichés de son temps. Les personnages qu’infiltre l’artiste rom dans cette grille ont, eux, retrouvé leur superbe et leur fierté. Un modèle de réécriture de l’histoire, qui entre parfaitement en écho avec l’état d’esprit de cette biennale 2022.
Photo Jean-Michel Pancin
Katharina Fritsch au pavillon central
Katharina Fritsch : les femmes d’abord
La lionne d’or a donné naissance à une éléphante : et attention, le genre n’est pas anodin ! Aux yeux de Cecilia Alemani, directrice artistique de la biennale, cette sculpture rappelle que les pachydermes composent une société matriarcale. En installant cette monumentale sculpture sous la coupole qui ouvre le pavillon central où se déploie un des deux pans de son exposition, « The Milk of Dream », elle fait de ce prélude le manifeste de l’événement, riche à plus de 80% d’artistes femmes. Au-delà de la déclaration d’intention, Katharina Fritsch a plus que mérité son lion d’or, dont elle a été honorée dès début mars, à l’instar de la Chilienne Cécilia Vicuna.
Photo Jean-Michel Pancin
Pavillon central
Alexandra Pirici et Louise Lawler au pavillon central
Les hybridations cosmiques d’Alexandra Pirici et Louise Lawler
Voilà une des mises en scène les plus saisissantes de la biennale, à l’étage du pavillon central. La salle est entièrement recouverte d’un spectaculaire papier peint composé par Louise Lawler. On connaît les vues d’expositions et d’œuvres d’art de la photographe new-yorkaise. Mais elle les fait vriller ici, en usant des distorsions que permet le numérique. Au cœur de l’espace, la Roumaine Alexandra Pirici a mis en scène une performance au cours de laquelle les corps se font tour à tour plantes, robots, animaux, intelligences artificielles.
Photo Jean-Michel Pancin
Rosemarie Trockel et Andra Ursuta au pavillon central
Rosemarie Trockel et Andra Ursuţa, de fil et de verre
Des sculptures de verre à Venise ? Rien de surprenant, dira-t-on… Mais les créatures engendrées par Andra Ursuta sont à mille lieues de Murano : des êtres hybrides qui oscillent entre la sphinge, la méduse, l’informe, la paysanne… Leurs moirures subtiles dialoguent en ouverture du pavillon central avec les tricotages abstraits de Rosemarie Trockel : de vastes panneaux violets, jaunes ou bleus, qui réinventent l’histoire de l’art abstrait au féminin.
Photo Jean-Michel Pancin
Ruth Asawa à Arsenale
Les bijoux suspendus de Ruth Asawa
La première invention de l’homme fut l’arme, disent les anthropologues. Et si c’était, plutôt, l’idée de contenir, de recevoir, propose Cecilia Alemani ? Autour de cette idée, elle a imaginé une magnifique Time Capsule (une de ces salles qui forment des parenthèses remontant dans le temps au fil de la biennale) : cette digression de céramique, de papier mâché, de dessin, capturant l’idée de contenant, sont emportées par le précieux display de sculptures en suspens de l’Américaine Ruth Asawa. Des bijoux tricotés de fils de fer, mais aussi de leurs ombres, datés des années 1960.
Photo Jean-Michel Pancin
Ugo Rondinone, Burn Shine Fly
L’envolée mystique Ugo Rondinone
« Une réflexion sur les merveilles et les mystères de la nature »… Ugo Rondinone voit grand, avec son installation en trois actes dans la somptueuse Scuola gothique. Sur la piazzetta, son fameux cercle d’or donne le la : il s’agit ici de chatouiller le sublime. C’est cet idéal que tente d’atteindre la flopée d’anges féminins et masculins qui montent au ciel de la nef. Leur épiderme peint de ciel bleu et de nuages leur fait frôler le kitsch, mais il y a quelque chose d’enchanteur dans cette drôle d’ascension.
Photo Jean-Michel Pancin
Scuola grande di san giovanni evangelista
Sestiere San Polo 2454, 30125 • Venise, Italie
Simone Leigh à Arsenale
Sa majesté Simone Leigh
Elles ont longtemps été invisibles : est-ce le sens du visage aveugle qu’a sculpté Simone Leigh ? Toute entière dédiée à la célébration des femmes noires, à leur histoire longtemps réduite au silence, la première Afro-Américaine à représenter son pays à Venise offre à l’Arsenale une ouverture en majesté. Entourée des dessins magiques de Belkis Ayon, cette immense sculpture lui a valu un lion d’or.
Photo Jean-Michel Pancin
Felipe Baeza à Arsenale
Felipe Baeza en pleine nature
Assurément l’une des plus réjouissantes découvertes de l’Arsenale ! Mexicain de New York, Felipe Baeza imagine dans ses peintures complexes, combinées de gravures et collages, des êtres hybrides qui illustrent à merveille la démonstration de la commissaire de la biennale : homme devenant fleur, ou végétaux fusionnant avec l’animal, ses créatures réinventent d’autres liens avec le monde. Le rêve d’une nature où l’humain ne serait plus qu’un habitant à niveau de millions d’autres, et non plus un maître dominateur.
Photo Jean-Michel Pancin
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La poétique des ruines de Latifa Echakhch
Qu’est-ce qui a provoqué cette ruine ? Quel feu s’en est pris au paysage du pavillon suisse ? Aucun indice n’est donné au visiteur par Latifa Echakhch. À lui de s’inventer les histoires qui peuvent relier les décombres et les immenses et fragiles têtes qui s’y sont endormies. Dans la dernière salle, des flash de lumière orange viennent en rythme les sortir de la totale pénombre. Telles les ruines d’une civilisation oubliée : la nôtre ?