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Peter Paul Rubens et Frans Snijders, La Tête de la Méduse, 1617-1618
huile sur bois • 60,6 x 112,4 cm • Coll. huile sur bois • © Moravian Gallery, Brno
Artiste anonyme, Life-cast of an entwined snake, lizard, frog and mouse, 1500-1600
Moulage virtuose
Au XVIe siècle, les artistes se mettent à réaliser des moulages de plâtre ou d’argile à même le corps d’animaux vivants, puis versent à l’intérieur du métal en fusion pour obtenir des répliques parfaites de ces créatures, sous la forme de surprenantes sculptures naturalistes. De la triche ? Pas vraiment, car cette technique, maniée avec dextérité par des orfèvres réputés, était si difficile à maîtriser qu’il aurait été plus simple de réaliser une sculpture classique. Cette scène de combat impliquant un serpent, un lézard, une grenouille et une souris entrelacés constitue donc un véritable exploit technique !
bronze • 23,7 x 15,8 cm • Coll. Rijksmuseum, Amsterdam • © Photo Carola van Wijk / Rijksmuseum, Amsterdam
Albrecht Dürer, Lucane, 1505
Lucane pionnier
C’est le joyau de l’exposition : ce dessin à l’aquarelle et gouache d’un lucane, réalisé en 1505 avec une finesse inouïe par le peintre et graveur allemand Albrecht Dürer, n’est autre que la toute première œuvre connue de l’histoire de l’art à se concentrer uniquement sur un insecte ! Si le travail des ombres projetées par les pattes sur le papier le rend particulièrement vivant, on remarque que l’artiste a choisi de diviser le corps en trois parties séparées par de fins espaces blancs, comme pour tenter de disséquer le coléoptère.
aquarelle et gouache sur papier • 14,1 x 11,4 cm • Coll. J. Paul Getty Museum, Los Angeles • © J. Paul Getty Museum, Los Angeles
Balthasar van der Ast, Nature morte avec fruits et fleurs, 1620-1621
Nature morte fourmillante
On pourrait scruter cette nature morte néerlandaise durant des heures. Raisins appétissants, jolies fleurs et coquillages y sont traités avec la même minutie que les divers insectes disséminés un peu partout. Des sauterelles, un papillon, une chenille, une libellule, une araignée suspendue à une feuille par un fil de soie… Chaque élément témoigne de la beauté complexe de la création divine, mais aussi de son caractère éphémère : des taches apparaissent sur un fruit, certaines fleurs piquent du nez, et des fourmis tractent le corps d’une mouche morte… Quoi de mieux que de frêles insectes à la vie courte pour exprimer l’impermanence de la vie ?
huile sur bois • 39,2 x 69,8 cm • Coll. Rijksmuseum, Amsterdam • © Photo Rik Klein Gotink / Rijksmuseum, Amsterdam
Ambrosius Bosschaert II, Grenouille morte avec mouches, 1635-1639
Décès tragique
Cette étonnante petite huile sur cuivre du peintre néerlandais Ambrosius Bosschaert met en scène une grenouille morte entourée de mouches, mise en valeur sur un fond neutre qui accentue son importance. Si l’œuvre symbolise la fragilité de la vie, elle est surtout une représentation particulièrement touchante et sensible de ces bestioles longtemps diabolisées. Couchée sur le dos dans une posture dramatique, la grenouille n’y apparaît pas bien différente d’un être humain foudroyé par la mort !
12,5 x 17,5 cm • Coll. Fondation Custodia, Frits Lugt Collection • © Photo Pascal Faligot
Maria Sibylla Merian, Pomelo et Urania à bande vertes, 1702-1703
Agrume habité
En 1699, la naturaliste et peintre d’origine germano-suisse Maria Sibylla Merian se rend au Suriname pour étudier et dessiner les insectes. En 1705, elle publie Metamorphosis insectorum Surinamensium. Pionnier dans ce domaine, cet ouvrage scientifique est également un livre d’art gorgé de magnifiques illustrations (comme celle-ci, où elle détaille autour d’un pomelo différents stades de développement du papillon Urania, avec sa chrysalide et sa chenille) représentant les bestioles sur des branches chargées de fleurs ou de fruits. Œuvres dont elle vendra ensuite des copies luxueuses sur vélin réalisées dans son atelier d’Amsterdam.
aquarelle sur vélin • 36,7 x 28,9 cm • © Royal Collection Trust
Robert Hooke, Flea, 1665
Puce effrayante
Dans les années 1600, un outil révolutionnaire, le microscope, permet enfin d’observer de près les minuscules détails des insectes, auparavant invisibles à l’œil nu. Sur cette gravure sur cuivre illustrant son ouvrage Micrographia (1665), immense succès en librairie, le jeune scientifique anglais Robert Hooke représente une puce en grand format, dont il soigne les pattes hérissées de poils semblables à des épines de porc-épic. Ainsi dévoilé, le parasite (qui ne mesure en général qu’entre 2 et 6 millimètres de long) apparaît sous les traits d’une effrayante créature fantastique digne de la saga Alien !
in Robert Hooke, Micrographia, Londres, 1665, p.210 • Coll. University of Amsterdam
Otto Marseus van Schrieck, The Large Thistle, vers 1670
Forêt enchantée
Au XVIIe siècle, le peintre néerlandais Otto Marseus van Schrieck recherche constamment de petits animaux pour les mettre dans ses terrariums et les prendre comme modèles pour ses étranges et sombres scènes forestières peuplées de regroupements irréels de reptiles, insectes, batraciens et petits mammifères. Composée autour d’un énorme chardon autour duquel s’enroulent des fleurs de liseron bleu, celle-ci comprend entre autres un écureuil, une tortue, un serpent, une grenouille, un lézard et une nuée de papillons. Si ces derniers apparaissent aujourd’hui un peu délavés, c’est parce que l’artiste avait apposé sur la toile encore humide de vraies ailes de coléoptères, un effet chatoyant qui a mal survécu au passage du temps. Parfaitement capable de peindre ces papillons sans tricher, van Schrieck souhaitait ainsi mettre sur le même plan son art et celui de la nature !
huile sur toile • 132,6 x 93,5 cm • Coll. Alte Pinakothek, Munich • © Photo bpk / Bayerische Staatsgemäldesammlungen
Tomás Saraceno, Gravitational solitary semi-social solitary solitary Choreography LHS 477, 2019
Toiles hypnotiques
En exposant dans des pièces obscures d’immenses toiles d’araignées, éclairées grâce à des spots qui mettent en valeur leur beauté et leur complexité, les donnant ainsi à voir comme de fascinantes œuvres d’art et non comme des signes de saleté à balayer, l’artiste contemporain argentin Tomás Saraceno témoigne du changement de notre regard sur les insectes, dont on a peu à peu découvert le rôle primordial, malgré leur petite taille, dans la survie du vivant dans son ensemble. À sa demande, le musée a également prié ses équipes de nettoyage d’épargner les toiles d’araignées. À côté de l’une de ces discrètes manifestations de vie, l’artiste expose une Lettre ouverte pour les droits des invertébrés. Une démarche touchante qui nous invite à être plus attentif aux créatures les plus frêles !
toiles d'arignées • 160 x 260 x 115 cm • Courtesy of the artists and Arachnophilia, Andersen’s, Copenhagen ; Ruth Benzacar, Buenos Aires ; Tanya Bonakdar Gallery, New York/Los Angeles, Pink Summer Contemporary Art, Genoa; neugerriemschneider, Berlin. Photo: Olivier Middendorp
Bestioles
Du 15 septembre 2022 au 30 janvier 2023
Rijksmuseum • 1, Museumstraat • 1071 XX Amsterdam
www.rijksmuseum.nl
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Méduse grouillante
Rubens signe ici une scène glaçante. La tête décapitée de Méduse, les yeux encore écarquillés de terreur, gît sur le sol. Ses cheveux sont formés d’un spectaculaire enchevêtrement de serpents luisants aux écailles soigneusement détaillées, dont certains tentent de s’étrangler mutuellement. Des créatures rampantes semblent s’échapper du sang répandu, expressions d’une vieille croyance (persistante jusqu’à la fin du XVIIe siècle) selon laquelle ces animaux, considérés comme faisant partie de l’empire du Diable, naissaient ex nihilo des corps en putréfaction… Au premier plan, d’autres créatures sont finement représentées : un scorpion, des araignées et une salamandre qui avance fièrement vers le spectateur.