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La difficile résistance des femmes afghanes à l’honneur du Prix Carmignac 2024

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Kiana Hayeri, Jalalabad, Nangarhar, Afghanistan
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Kiana Hayeri, Jalalabad, Nangarhar, Afghanistan, 12 février 2024

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Une famille, récemment expulsée du Pakistan, s’est temporairement installée dans un quartier de la banlieue de Jalalabad, dans l’est de l’Afghanistan. Des centaines de milliers d’Afghans ont été forcés de quitter le Pakistan à la suite de la répression en cours contre les étrangers illégaux, certains après des décennies de vie au Pakistan. Les femmes et les filles sont les plus touchées par les conséquences du déplacement forcé, avec par exemple des taux élevés de mariages d’enfants.

© Kiana Hayeri pour Fondation Carmignac

Parcourir l’Afghanistan pour enquêter sur les conditions de vie des femmes… Un projet impossible à entreprendre aujourd’hui, à l’heure où le régime taliban n’en finit plus de réduire les femmes au silence (elles ont désormais interdiction de se parler entre elles). C’est en tout cas la conviction profonde de la chercheuse française Mélissa Cornet et de la photojournaliste canado-iranienne Kiana Hayeri, qui ont pourtant accompli cet exploit il y a quatre mois à peine…

Lauréates de la 14e édition du prix Carmignac du photojournalisme, les deux femmes exposent leur reportage photo, intitulé « No Woman’s Land » dans un double accrochage à Paris : l’un au Réfectoire des Cordeliers jusqu’au 18 novembre, et l’autre à l’extérieur, sur le port de Solférino, face au musée d’Orsay, jusqu’au 18 décembre.

Une centaine d’Afghanes rencontrées dans tout le pays

« Nous voulons montrer la force de ces femmes qui résistent. »

Grâce à une bourse de la fondation Carmignac, qui soutient chaque année « la production d’un reportage photographique et journalistique d’investigation sur les violations des droits humains dans le monde », le duo est parti de janvier à juin 2024 à la rencontre de plus de 100 Afghanes dans sept provinces du pays. À travers les photos de Kiana Hayeri, mais aussi des dessins, des vidéos et des œuvres d’art créées en collaboration avec des adolescentes afghanes, elles racontent de manière très immersive la réalité de ces vies cadenassées par le pouvoir en place.

Kiana Hayeri, Kaboul, Kaboul, Afghanistan
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Kiana Hayeri, Kaboul, Kaboul, Afghanistan, 29 février 2024

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Des journalistes féminines travaillent dans le bureau d’un média axé sur les femmes. Depuis l’arrivée au pouvoir des talibans en août 2021, le paysage médiatique afghan a été décimé. Selon Reporters sans frontières, dans les trois mois qui ont suivi la prise de pouvoir des talibans, 43 % des médias afghans ont disparu. Depuis, plus des deux tiers des 12 000 journalistes présents dans le pays en 2021 ont quitté la profession. Pour les femmes journalistes, la situation est bien pire : obligées de se couvrir le visage, de voyager avec un chaperon, interdites d’interviewer des officiels, soumises au harcèlement et aux menaces, plus de 80 % d’entre elles ont cessé de travailler entre août 2021 et août 2023, selon Amnesty International. Sans reporters féminines, il devient de plus en plus difficile de rendre compte de la situation des femmes afghanes dans une société où les hommes sont rarement autorisés à les interviewer. Les sujets concernant les droits des femmes sont particulièrement sensibles, et la pression exercée sur les médias et les journalistes a fait de
l’autocensure la nouvelle norme pour les reportages.

© Kiana Hayeri pour Fondation Carmignac

À Kaboul, des jeunes filles suivent un cours dans un atelier d’art clandestin. Dans le district de Zebak, une vieille tisserande travaille dans un atelier soutenu par des associations féministes locales. À Fayzabad, Lailouma a créé un atelier de sculpture sur pierre après avoir été forcée d’abandonner ses études. « Nous voulons montrer la force de ces femmes qui résistent », explique Mélissa Cornet, qui a interviewé des journalistes, des activistes, des étudiantes… Toutes continuent de travailler, danser ou étudier, à leurs risques et périls.

Des femmes privées de vie extérieure

Kiana Hayeri, Kaboul, Kaboul, Afghanistan
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Kiana Hayeri, Kaboul, Kaboul, Afghanistan, 17 février 2024

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Un institut privé dans l’ouest de Kaboul où les filles suivent le programme américain en anglais, mais ne peuvent obtenir aucun certificat officiel d’éducation afghan, ni aller à l’université en Afghanistan, fermée aux femmes. C’est un cas rare où l’école a réussi à obtenir l’approbation locale des talibans pour fermer les yeux sur ses activités avec des adolescentes. 700 lycéennes étudient chaque jour dans cet institut sous des mesures de sécurité strictes, tandis que deux gardes armés de la communauté surveillent la porte et que les filles entrent et sortent une par une, laissant leurs sacs à dos à l’entrée. Malgré les attaques de kamikazes survenues avant la prise de pouvoir, l’institut reste plein de filles dont les rêves sont désormais de quitter le pays pour poursuivre leurs études à l’étranger.
Malgré les promesses des talibans, les lycées pour filles n’ont jamais rouvert après la chute. À ce jour, les filles ne sont autorisées à étudier que jusqu’à la 6e année et sont interdites de fréquenter les lycées et les universités. Cependant, des écoles clandestines installées dans des maisons, des mosquées ou des espaces alternatifs continuent d’éduquer les filles, au prix d’un risque élevé.

© Kiana Hayeri pour Fondation Carmignac

Au Réfectoire des Cordeliers, la scénographie place le spectateur du point de vue des femmes confinées à l’intérieur des foyers, qui ne peuvent plus qu’observer le monde extérieur depuis leurs fenêtres. Dans ses portraits, la photographe Kiana Hayeri a intégré des lumières de néons à l’arrière-plan, recréant ainsi l’ambiance si particulière des rues afghanes, auxquelles femmes et filles n’ont (presque) plus accès.

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No Woman’s Land

Du 25 octobre 2024 au 18 novembre 2024
Du lundi au dimanche, 11h-19h
Entrée libre

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