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VILLENEUVE-D’ASCQ

La fantaisie de Laure Prouvost à la rencontre de l’art brut

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Publié le , mis à jour le
La folie douce de Laure Prouvost s’est faufilée au sein des collections d’art brut du LaM ! Tapisserie, fontaine surréaliste, animaux en verre soufflé et autres objets étranges échoués sur des bancs de sable gravitent autour d’un road-movie fantaisiste. Un vent de fraîcheur pour échapper à la grisaille actuelle…
Laure Prouvost, From the Drawer, Growing
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Laure Prouvost, From the Drawer, Growing, 2019

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Huile sur papier • 21 x 29, 7 cm • © Photo N. Dewitte / LaM / © Adagp Paris, 2021

« Je suis comme un petit chat. » Drôle, touchante, déconcertante, Laure Prouvost nous réserve, au LaM, un accueil aussi décalé que ses œuvres. « Vous pouvez accrocher vos affaires ici. » Cheveux blonds coupés à la garçonne, rieuse dans sa veste-gilet bariolée, l’artiste nous montre un porte-manteau surréaliste fait d’un alignement de mains en verre, installé à l’entrée. « C’est ma façon de vous dire : laissez là vos bagages, vos aprioris, et laissez-vous porter ! ».

Portrait de Laure Prouvost avec masque
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Portrait de Laure Prouvost avec masque

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© Photo Gene Pittman / Courtesy Walker Art Center, Minneapolis

Nul n’a pu oublier sa glorieuse fontaine de seins exposée au Palais de Tokyo en 2018. Symboles de la fraîcheur du corps féminin, source du fluide vital qui nous relie tous, ces joyeuses mamelles d’où jaillissent de l’eau ou du lait – ses fameux « boobs », éléments signature de son œuvre au même titre que les Nanas de Niki de Saint Phalle – se retrouvent forcément çà et là dans cette version revisitée de son installation présentée au pavillon français de la Biennale de Venise en 2019.

En son cœur, une vidéo emporte le visiteur dans un road-trip hallucinatoire, de Nanterre à Venise en passant par Roubaix et les calanques marseillaises. Une succession de séquences très courtes, comme des flashes, forment un patchwork de moments suspendus au sommet d’un terril de charbon ou dans les recoins mystiques du Palais Idéal du Facteur Cheval (1879–1912), chef-d’œuvre d’architecture naïve érigé à Hauterives, dans la Drôme.

« Nous sommes comme des oiseaux sans nationalité volant au-dessus de tout, des créatures marines flottant dans les profondeurs de la mer… ». « Suivons la lumière. » « Je ne suis que de l’eau qui marche. » « Je suis toi, tu es moi. » Au rythme de phrases hypnotiques où l’anglais se mêle au français, Laure Prouvost (première artiste française à avoir décroché le Turner Prize en 2013) nous transporte dans un état flottant. Un univers liquide et absurde où tout se mélange, où les fleurs poussent des fesses des cyclistes, et où l’encre des poulpes sert à écrire des romans !

Laure Prouvost, Deep See Blue Surrounding You / Vois ce bleu profond te fondre
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Laure Prouvost, Deep See Blue Surrounding You / Vois ce bleu profond te fondre, 2019

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Fontaine • Pavillon français à la 58e Biennale d’art de Venise, 2019 • © Photo Giacomo Cosua / Courtesy galerie Nathalie Obadia, Paris, carlier|gebauer, Berlin et Lisson Gallery, Londres / © Adagp Paris, 2021

« La société de consommation et le capitalisme débridé ont fait qu’on est en train de détruire la nature et l’humanité. »

Laure Prouvost

Pour recruter les personnages de son voyage, l’artiste a arpenté les rues en quête de profils, d’âges et d’origines variés : une charmante vieille dame, productrice de radio à la retraite, un nudiste, le magicien roubaisien Kader Bueno, une jeune danseuse, un rappeur, un raconteur d’histoires, un orchestre de fanfare… « L’idée était d’apprendre à mieux nous connaître, en recréant une communauté par le voyage, le dialogue, la musique… explique Laure. Les réseaux sociaux nous font du mal. Le film représente une sorte de voyage vers un futur idéal où on serait plus connectés physiquement. »

Laure Prouvost, Deep See Blue Surrounding You / Vois ce bleu profond te fondre
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Laure Prouvost, Deep See Blue Surrounding You / Vois ce bleu profond te fondre, 2019

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Fauteuils, techniques mixtes • © Photo N. Dewitte / LaM / © Adagp Paris, 2021

Pollution, disparition des espèces, réchauffement climatique… Hanté par ces questions, le film apparaît aussi comme une bouffée d’air, un moyen de s’échapper, par le rêve et nos sens, d’un monde qui coule. « La société de consommation et le capitalisme débridé ont fait qu’on est en train de détruire la nature et l’humanité, déplore l’artiste. Ce road-movie part en quête d’une autre façon, plus simple, de vivre. »

Sur une table de café, un smartphone fondu tutoie une cigarette qui tourne toute seule dans un cendrier en lévitation. Sable, plantes séchées, poisson lumineux… Autour de la vidéo gravitent œuvres et installations dispersées au sein des collections du LaM : une balade où l’on retrouve des éléments du film, comme des souvenirs échoués en bord de mer. Parmi eux, une tapisserie représentant différents personnages et objets du road-movie (tissée avec l’aide de sa grand-mère et d’amis pour « représenter les liens humains noués au cours de l’aventure »), des sculptures en ciment inspirées du Palais Idéal d’Hauterives, et des objets en verre réalisés dans une petite usine de Murano d’après des dessins de l’artiste : un pigeon avec une clope au bec, une chaussure rejetée par l’écume, un poulpe avalant une endive… « La pieuvre et ses tentacules représentent cette connexion animale et physique que l’on a perdue, ce qui nous relie les uns aux autres. »

Vue de l’exposition de Laure Prouvost, Deep See Blue Surrounding You Vois ce bleu profond te fondre, au LaM
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Vue de l’exposition de Laure Prouvost, Deep See Blue Surrounding You Vois ce bleu profond te fondre, au LaM

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© Photo N. Dewitte / LaM / © Adagp Paris, 2021

À deux pas d’un bouquet peint par l’autodidacte Séraphine de Senlis (1864–1942), Laure Prouvost a installé un dispositif imaginaire contre le réchauffement climatique : une coupe bleue d’où jaillissent, comme les jets d’eau d’une fontaine, des fleurs en verre soufflé ! Née dans la région, l’artiste connaît le LaM depuis son enfance. La poésie surréaliste de l’art brut a toujours nourri son univers. D’où ses dialogues féconds avec différentes pièces du musée : une cape de Jeanne Laporte-Fromage, brodée pour rejoindre son mari dans l’au-delà, les poupées de voyage de Michel Nedjar, un dessin de Gaston Chaissac, ou encore un étonnant couvre-chef éducatif de Victor Ruiz-Huidobro, professeur de maternelle à la retraite qui a participé au road-trip.

« Je me sens très proche de ces œuvres que je trouve très pures, très directes, souvent échappées d’une sorte de subconscient, de pur désir de créer, explique Laure. Pas pour donner une réponse au monde mais pour sortir de soi, imaginer de nouveaux langages. » Ce qu’elle-même adore faire, en truffant ses œuvres de jeux de mots et de fausses traductions basées sur des associations d’idées ou de sonorités. « J’aime les traductions décalées parce que rien n’est une seule chose. On a tendance à penser qu’un mot imprimé, c’est la vérité, mais il y a des fake news. L’objet peut être plus vrai, plus sûr que les mots, qui sont pour moi une matière aussi malléable que la terre, un lieu de jeu, de mixages, de connexions. Habitant à Londres, je passe régulièrement de l’anglais au français. Des confusions et des mélanges se produisent : tout devient poétique et peut être réinventé. » Et au diable les conventions !

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Laure Prouvost. Deep See Blue Surrounding You / Vois ce bleu profond te fondre

Du 17 octobre 2020 au 3 octobre 2021

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