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Centre des Arts d’Enghien-les-Bains

La faune informatique à l’assaut de la nature

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Paramétrer la nature, comme on programmerait un logiciel. C’est la curieuse proposition du Centre des Arts d’Enghien-les-Bains, où se joue la fiction post-nature la plus déjantée du moment. L’exposition « La nature reconfigurée » réunit les travaux des artistes néerlandais Nicky Assmann et Jan Robert Leegte dans un chassé-croisé d’installations sensorielles et immersives. Plongée virtuose dans un monde virtuel.
Jan Robert Leegte, Performing a Landscape (détail)
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Jan Robert Leegte, Performing a Landscape (détail), 2020

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Installation vidéo sur 9 canaux • © Jan Robert Leegte/Courtesy UpStream gallery.

L’idée est insolite : réunir deux artistes dont les registres sont à priori opposés l’un à l’autre. Au cœur de la pratique de Nicky Assmann, on trouve le dévoilement des processus chimiques et physiques de la matière. Des écrans de savon qui éclatent sous nos yeux et des tableaux de cuivre oxydés se mêlent dans une forme d’expérience cinématographique. Le travail de Jan Robert Leegte (né en 1973), lui, tente de brouiller les frontières entre les espaces virtuels d’Internet et la nature. Sculpteur du numérique, il crée des œuvres autour du vocabulaire des datas et du langage informatique. Pas grand-chose en commun à priori, si ce n’est la fascination qu’ils vouent tous deux aux forces du vivant. Et pourtant, lorsque leurs œuvres viennent se croiser, c’est tout le logiciel de la nature qui se déploie.

Nicky Assmann, Radiant
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Nicky Assmann, Radiant, 2015

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Plaques de plexiglas, films plastiques, moteurs, contrôleurs de moteur et d’éclairage, spots de théâtre, éclairage LED, séquence cinétique • Dimensions variables • © Nicky Assmann.

« Reconfigurer la nature suppose de se rendre compte de tous les artifices que nous projetons dans cette notion, des interprétations ou des fantasmes qu’elle génère. » Pour Dominique Roland, directeur du Centre des Arts d’Enghien-les-Bains, la technique et la technologie peuvent servir à imaginer des nouvelles configurations du vivant. Nicky Assmann le prend au mot : son œuvre célèbre le mariage ultime entre l’art et la science dans le but de « créer des réalités parallèles ». On lève les yeux à l’entrée de l’exposition : un jeu d’ombres portées colorées se dessine sur les murs. Sa sculpture cinétique Radiant révèle les différentes couleurs du spectre lumineux, générant tout un monde invisible.

Jan Robert Leegte, À gauche, vue de l’exposition “Performing a Landscape” (2020) et à droite, “Google Maps as a sculpture” (2017)
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Jan Robert Leegte, À gauche, vue de l’exposition “Performing a Landscape” (2020) et à droite, “Google Maps as a sculpture” (2017)

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Installation vidéo sur 9 canaux. Impressions d'archives et acrylique sur dibond. • © Jan Robert Leegte/Courtesy UpStream gallery.

Plus technologique, l’œuvre de Jan Robert Leegte abolit les frontières entre la fiction et la réalité. Le fil rouge de son travail ? Des questions brûlantes telles que le réchauffement climatique, qu’il aborde avec détachement et humour. Le charme opère devant Google Maps as a sculpture, un cube en 3D recouvert d’images satellites de Google Maps, rendu inutile dans l’espace d’exposition. Plus immersive, son installation Performing a landscape nous entraîne dans un tourbillon d’images de tempêtes et d’inondations. Les vues de paysages houleux projetées sur les murs et le sol de l’espace ont la particularité d’être générées par des ordinateurs. Ode à la beauté bizarre du numérique, son œuvre rappelle que si la technologie est contrôlable, les forces non-humaines sont imprévisibles et turbulentes.

Nicky Assmann, The Abysses of the scorching sun
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Nicky Assmann, The Abysses of the scorching sun, 2018

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Sculpture lumineuse cinétique • © Nicky Assmann.

« La nature reconfigurée » jaillit dans un contexte où les préoccupations écologiques occupent une place toujours plus importante dans les débats publics. Ce n’est pas un hasard si la dernière décennie signe l’arrivée en force de l’« écologie profonde » dans le champ de l’art contemporain. Ce mouvement forgé dans les années 1970 par le philosophe Arne Næss marque le rejet de l’anthropocentrisme, qui fait de l’être humain le centre du monde. Suivant cette idée, l’exposition nous force à reconsidérer le monde qui nous entoure, dans un désir de fusionner avec lui. Factice ou bien réel, peu importe : l’heure est au ravissement des yeux et des oreilles pour quiconque se prête au jeu du décodage du vivant.

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La nature reconfigurée

Du 7 octobre 2020 au 20 décembre 2020

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